--Tâchez, de me tirer mes bottes, dit Martin se jetant sur une chaise. Je suis brisé '....je suis mort, Mark!

--Vous chanterez sur un autre ton demain matin, reprit Mark, et même ce soir; goûtez-moi seulement un peu de cela!»

Il lui présenta un immense gobelet, rempli jusqu'aux bords de glaçons transparents, au travers desquels une ou deux minces tranches de citron nageants dans un liquide doré, d'un aspect délectable, se montraient à l'œil ravi.

«Qu'est cela?» demanda Martin.

Mark, sans répondre, plongea un roseau dans ce mélange, produisant un agréable tumulte dans tous ces fragments de glace, et il indiqua, par un geste expressif, que le tout devait être aspiré à travers ce canal par le buveur enchanté.

Martin prit le verre, appliqua ses lèvres au roseau, leva ses yeux en extase, et ne s'arrêta plus que le liquide un fût absorbé jusqu'à la dernière goutte.

Colonie d'Enfants pauvres.

PETIT-BOURG; (SEINE-ET-OISE).

Il y a peu de temps, tout en tendant hommage, dans ce même journal, aux généreux efforts, à la rare persévérance, et, nous sommes heureux de pouvoir l'ajouter, tout en constatant les succès manifestes des hommes courageux et dévoués qui ont fondé des colonies agricoles pour les jeunes détenus, nous exprimions le regret que rien d'analogue n'eût été fait encore pour les enfants pauvres, qui n'avaient point, eux, encouru les sévérités de la justice; nous ne dissimulions pas la crainte que la nécessité d'un baptême en police correctionnelle, pour être admis dans les seuls établissements fondés jusque-là, ne fût envisagée par le pauvre comme une injustice, et ne devint même, une bien involontaire provocation au crime. Nous savions bien que l'on faisait valoir que le nombre des jeunes détenus, dans la France entière, est assez, limité, tandis que le nombre des enfants pauvres est considérable, puisque dans la seule ville de Paris, d'après le relevé du dernier exercice dont les comptes aient été publiés par l'administration des hospices, l'exercice 1841, 12,628 garçons et 12,660 filles, au-dessous de douze ans, avaient été secourus par les bureaux de bienfaisante, et que ce chiffre total de 25,288 indigents déclarés pourrait facilement être doublé, si l'on y ajoutait les enfants indigents qui ne sont pas secourus, parce qu'ils ont dépassé cet âge, et ceux dont les parents n'ont pu se résigner à afficher leur misère et celle des leurs. Nous savions bien que l'on croyait trouver dans ces chiffres effrayants, et dans celui de 1,850,000 qui représente à peu près le nombre total des indigents en France, une excuse pour ne pas oser aborder une lutte corps à corps avec la misère, tandis que la réformation de la situation morale et matérielle des jeunes condamnés, dont le nombre est beaucoup plus restreint, n'avait rien qui décourageât une généreuse et philanthropique ardeur. Nous connaissions tous ces motifs allégués; mais (le dirons-nous) ils étaient bien loin de nous paraître plausibles. Ne pas tenter, parce qu'il est difficile de faire, est un déplorable parti; et ne secourir que le vice, parce qu'il est beaucoup plus long de venir en aide à l'effort une honnête, est le plus mal entendu de tous les calculs.

Ce sentiment a été heureusement partagé par des hommes dévoués et pratiques. Sous la présidence de M. le comte Portalis, et par les soins d'un homme actif et entreprenant pour le bien, M. Allier, s'est formée pour le département de la Sein, qui renferme tout à la fois les misères qui lui sont propres et celles que les autres départements lui expédient en grand nombre, une Société pour le patronage dans les ateliers, et la fondation de colonies agricoles en faveur des jeunes garçons pauvres. Ce projet est d'une mise à exécution toute récente. Conçu il y a quelque temps, il a été différé parce qu'on a estimé, en apprenant les désastres de la Guadeloupe, qu'il fallu il laisser la bienfaisance publique s'exercer d'abord en faveur d'infortunes auxquelles toutes les autres devaient momentanément céder le pas. Aujourd'hui que les listes de souscription en faveur des malheureux de la Pointe-à-Pitre ont dépassé toutes les espérances, et qu'elles paraissent avoir à peu près atteint leur chiffre définitif, les auteurs de ce projet ont pensé qu'il n'y avait plus, pour eux, de scrupule à avoir de faire à leur tour appel à l'humanité et à la générosité publiques pour venir en aide aux misères de la mère-patrie. Toutefois ils ont voulu que la bienfaisance fût mise à même, par un commencement d'exécution, d'apprécier l'œuvre pour laquelle elle allait être sollicitée. Le 8 juillet dernier, à l'aide de dons recueillis en silence, ils sont entrés dans la voie où le succès et la reconnaissance nationale les attendent; le 26 août suivant, ils installaient le cadre d'un établissement qui deviendra immense; et, au moment où nous écrivons, vingt-deux orphelins pauvres ou enfants d'indigents ont été réunis par leurs soins, et sont élevés sous leurs yeux.