Il ne faudrait pas trop s'y fier cependant; cet Océan est un Océan pour rire, et puisque le jour de l'an approche, nous allons livrer à nos lecteurs, en guise d'étrennes, le secret de cette mer ou tranquille ou furieuse.
Pour avoir une mer, au Cirque-Olympique, à l'Opéra ou ailleurs, vous prenez d'abord une vaste toile; sous cette toile vous jetez une douzaine de figurants mâles ou femelles, le sexe n'y fait rien, la mer n'y regarde, pas de si près. Cela fait, vous avez votre Océan au grand complet. Désirez-vous une mer orageuse? Le chef d'orchestre, se démène comme un diable et agite son archet en guise de trident; la musique aussitôt imite le mugissement des flots. A ce signal, nos figurants se mettent à l'œuvre: l'un se lève, l'autre se baisse; la toile suit le mouvement onduleux, et figure ainsi, par cette oscillation de haut en bas, un roulis parfait et une tempête de première qualité.
Êtes-vous las des orages? vous plaît-il de glisser tranquillement, sur une onde tranquille? Le chef d'orchestre s'incline, baisse la tête comme un Neptune vaincu, les violons jouent en decrescendo et les flots obéissants se jettent à plat ventre...
Eh! vogue ma nacelle!
Doux zéphyr, sois-moi fidèle!
Nous toucherons au port!
Le métier de flot est rude; aussi les traite-t-on en conséquence: dans les temps calmes, chaque flot recuit cinquante centimes par tête; si on leur demande, une tempête, ils obtiennent une haute paie d'un franc. Je ne parle pas des petites vagues qui sont des enfants de coulisses... Ceux là ont pour appointements des coups de pied où vous savez bien; dans la canicule, l'état de flot est particulièrement insupportable, ils sont en nage. Un jour, M. Franconi surprit, au milieu de la tempête, trois des plus gros flots qui buvaient une bouteille de bière. Il leur en fit un reproche: «Que voulez-vous, monsieur, lui répondit le premier flot, nous mourions de soif!»
Le calme de la mer.