L'empio Adolfo, uccisor del duca Ansaldo
Se in Calabria si cela,
Morte avra chi occultar osa il ribaldo,
Premio chi lo rivela.
En attendant, le duc Ernest ne néglige rien pour faire tourner à son profit les malheurs de sa famille. Herminie ne peut plus décemment songer à épouser l'assassin de son père. Pourquoi n'épouserait-elle pas son cousin Hermann? Par ce mariage, le fief passerait de la branche aînée à la branche cadette, ce qui serait pour lui, Ernest, une grande consolation. Herminie, après quelques façons, s'y résigne. C'est une fille bien élevée, pleine de courage et de bons sentiments. Mais, ô fortune ennemie! comme elle se dispose à marcher à l'autel, Adolphe paraît tout à coup, et lui rappelle sa promesse, en jurant ses grands dieux qu'il n'est point coupable, et que, si l'on s'obstine à l'accuser, il est prêt à purger sa contumace. Ou le saisit, on l'enchaîne, et il paraît bientôt devant le tribunal.
Ce tribunal est assez étrangement composé, et d'ailleurs il suit une procédure qui ne serait de mise dans aucun pays civilisé. C'est le duc qui accuse, et c'est le duc qui condamne. Il lui en coûte pourtant de prononcer la sentence de mort. Il s'arrête, il hésite, il prend sa tête à deux mains, et, comme ses assesseurs lui demandent s'il a la migraine, il leur répond naïvement: Lasciatemi in preda al mio terror. Là-dessus, tous ensemble prennent la parole à la fois, et chantent un bel adagio. Quand l'adagio est fini, la terreur du duc se trouve dissipée, et il condamne Adolphe sans miséricorde. Voilà un beau procédé, et d'invention toute neuve! Ne devrait-il pas s'en servir de temps en temps à l'endroit de messieurs les jurés, qui, lorsqu'on leur présente un fils qui a coupé son père en dix-sept morceaux, déclarent qu'il y a des circonstances atténuantes? Que ne leur fait-on chanter préalablement un adagio pour calmer leurs appréhensions?
Voilà Adolphe bien près de sa fin, et c'est dommage, car Adolphe est un beau jeune homme, fort élégamment tourné, porteur d'une magnifique chevelure noire, et doué d'une des plus charmantes voix de ténor que l'on puisse entendre... Rassurez-vous, lecteur pitoyable; n'ayez aucune crainte, sensible lectrice; le ciel veille sur l'innocence, et Adolphe est innocent.
La nuit vient, et le fantôme recommence sa promenade habituelle. Le voyez-vous, enveloppé d'un vaste manteau, qui glisse à pas silencieux derrière ces sveltes colonnes? Il s'approche: le voilà devant vous; le reconnaissez-vous à présent? O surprise! ce n'est point un mort, mais un vivant! ce n'est point Ansaldo, c'est Ernest lui-même! Ernest est somnambule, et le mystère est pénétré. Il n'est pas seulement somnambule, il est somniloque. Il ouvre la bouche, et que dit-il? Il exprime éloquemment le remords qui le tourmente, et l'horreur que ses crimes lui inspirent. C'est lui qui a tué son frère, et il décrit toutes les circonstances de l'attentat. Or, il n'est pas seul: sa nièce, son fils, Rodolphe, et vingt autres témoins l'entourent et pèsent ses paroles. Que devient-il à son réveil? Il veut se poignarder, mais on retient son bras. «Arrête! les remords t'ont assez puni. Prions tous ensemble le Dieu tout-puissant; puisse-t-il te pardonner, et rendre la paix à ton âme!»
Voilà ce qu'on lui chante en chœur, et le plus harmonieusement du monde. Après quoi chacun va se coucher, et les spectateurs en font autant.
Si cette histoire n'est pas très-amusante; elle est du moins très-morale, et c'est beaucoup. Et puis, comptez-vous pour rien la musique de M. Persiani et le chant de madame Persiani?