Une vie accidentée et remplie est celle du comte de Nassau, ex-roi de Hollande, qui vient de mourir à Berlin d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Guillaume-Frédéric, qui régna sous le titre de Guillaume Ier, était né à La Haye le 21 août 1772, et avait ainsi atteint sa soixante-onzième année. Il était fils de Guillaume V, prince d'Orange-Nassau, stathouder héréditaire, et d'une princesse de Prusse. A l'époque de la Révolution de France, des patriotes hollandais, mécontents des empiètements successifs du stathouder sur les anciennes libertés bataves, qui s'étaient réfugiés à Paris, firent entendre leurs doléances, et fournirent à la Convention nationale une occasion de déclarer la guerre au stathouder. Bientôt après Dumouriez avait établi son quartier général dans le Brabant. Dans la lutte de résistance, Guillaume déploya un courage personnel, un talent militaire, une aptitude stratégique, qui furent remarqués. Après des chances diverses, il fut obligé de fuir devant Pichegru et de s'embarquer avec son père à Scheveningue, le 18 janvier 1795, poursuivi par la population que le drapeau tricolore et les mots liberté et égalité avaient électrisée. Il fit, pour rentrer en Hollande, plusieurs vaines tentatives, promena son exil en Angleterre, puis en Prusse, où il perdit son père en 1806. Napoléon lui fit offrir d'entrer dans la confédération du Rhin; il refusa, et vit confisquer sa souveraineté. Il prit du service dans les armées alliées, se vit confier le commandement d'une division, fut fait prisonnier après la bataille d'Iéna, puis, remis en liberté, alla modestement vivre à Berlin. Les grandes guerres qui suivirent réveillèrent son ardeur; il assistait comme volontaire à la bataille de Wagram. Plus tard, après celle de Leipsick, des symptômes de mécontentement s'étant manifestés en Hollande contre l'ordre nouveau et ayant fini par amener une insurrection, le 29 novembre 1813, Guillaume vint aborder dans ce même port de Scheveningue, témoin de sa fuite dix-neuf années auparavant. Les huées s'étaient changées en cris d'allégresse que rendait plus vive encore la promesse d'une constitution. Enfin le congrès de Vienne décréta l'adjonction de la Belgique à la Hollande, et, le 16 mars 1815. Guillaume fut proclamé roi des Pays-Bas. Pendant les quinze premières années de son règne il ne sut rien faire pour rendre ultime l'union officielle des deux États. La commotion de 1830 amena leur déchirement, et de cette époque à 1838, Guillaume s'obstina et épuisa les finances de la Hollande à vouloir reconquérir les provinces qui s'étaient formées en royaume de Belgique. Pour qui a observé ce caractère opiniâtre jusqu'à un entêtement presque invincible, il est aisé de, comprendre tout ce qu'il dut souffrir quand il lui fallut se soumettre enfin à la décision de la majorité de la conférence de Londres. Cette nécessité, la perte qu'il avait faite, en 1837 de la reine, à laquelle il était fort attaché, les désagréments que lui attira un second mariage qu'il contracta avec une comtesse belge et catholique, madame d'Oultremont, alliance qui blessait toutes les susceptibilités néerlandaises; le désordre financier; l'irritation des États-Généraux, la demande d'une révision, dans le sens libéral, de la loi fondamentale, tout l'amena à prendre une détermination qui causa néanmoins une grande surprise: il abdiqua. L'irritation des Hollandais survécut à son règne, et force lui fut de renoncer au séjour de sa patrie pour celui de Berlin. Mais la Hollande lui était néanmoins toujours chère, il s'efforça de reconquérir la popularité qu'il avait perdue par la fondation de nombreux établissements de bienfaisance dotés par lui, d'églises et d'écoles destinées au culte protestant; et en dernier lieu, huit jours avant sa mort, il avait offert de venir au secours du trésor néerlandais obéré, en abandonnant des créances jusqu'à concurrence de 4 à 5 millions de florins, et en s'intéressant pour 10 millions dans un emprunt à conclure. Une des conditions principales qu'il y mettait, c'était son exemption d'impôts pendant sa vie. L'événement est venu prouver, mais un peu trop tôt, que le marché aurait été bon à conclure. Financier fort, habile, Guillaume avait su rétablir sa fortune particulière, fortement entamée par les événements politiques; il avait la passion des grandes conceptions industrielles et commerciales. Il laisse, dit-on, 177 millions de florins (le florin vaut 2 fr. 16 centimes). Cinq à six millions formeront, avec une grande propriété foncière, le douaire de sa veuve; le, surplus sera partagé en deux moitiés, dont l'une revient, au roi actuel de Hollande, et dont l'autre échoit au prince Frédéric et à la princesse Marianne, femme du prince Albert de Prusse, fille de Guillaume, dont les malheurs domestiques n'ont pas été un des chagrins les moins cuisante qui aient attristé les dernières années de la vie du comte de Nassau.

Des lettres de Mayence et la Gazette de Cologne annoncent que M. de Haber, à l'occasion duquel eut lieu un duel qui a eu tant de retentissement, entre M. le baron de Gœler et M. de Verefkin, qui y succombèrent, vient d'être amené lui-même à se battre avec un ami du baron de Goder, M. Sarachaga. La seconde rencontre a eu une fin sanglante comme la première. Après quatre coups de pistolet tirés de part et d'autre, M. Sarachaga est tombé mort, frappé d'une balle dans la poitrine. Un préjugé religieux a donné naissance à toute cette affaire, à laquelle un double duel est venu prêter un épouvantable éclat. Y a-t-il donc en Allemagne des gens qui veuillent faire revivre les temps barbares?

C'est toujours en Suède qu'il faut revenir quand on veut trouver des juges ingénieux et une justice originale. Nous parlions il y a quelque temps d'un apothicaire de Stockholm, judiciairement autorisé à fabriquer du vin de Champagne. Aujourd'hui voici un marchand d'eau-de-vie que le tribunal de la même ville déclare le père Mathews de la Suède, parce qu'il a le soin de mettre de l'eau dans la liqueur qu'il débite. Le parquet s'était avisé de le poursuivre: mais le prévenu a plaidé, et les juges ont proclamé que, «dans l'état actuel des choses du peuple, c'est lui faire un grand bien que de le priver des occasions de s'enivrer.» Combien, à ce prix, Herey renferme de bienfaiteurs de l'humanité, sans s'en douter!--Toutefois nous trouvons infiniment plus innocente la manière dont un honnête Américain vient de faire fortune. Nous laissons parler les journaux des États-Unis: «Un nommé Dominique Von Malden, d'Halifax (Nouvelle-Écosse), reçut dernièrement l'avis qu'il héritait de 170,000 livres sterl. de revenu par an, d'un de ses parents mort en Europe. M. Von Malden est ouvrier; lorsqu'il reçut cette heureuse nouvelle, il était occupé à jeter, avec une pelle, une voiture de houille dans sa cave.» C'est un exercice que nous ne saurions trop recommander à ceux de nos lecteurs qui peuvent tenir à faire une grande fortune.

En faisant quelques réparations dans une des caves de l'Hôtel-de-Ville de Bourg, on a trouvé quatre pierres qui ont bien leur valeur historique. Ces pierres viennent d'un petit monument élevé après la mort de Marat, et en son honneur, sur la place d'armes et en face de la porte principale de l'église Notre-Dame. L'une du ces pierres porte ces mots graves en lettres d'or: Ici les sans-culottes ont rendu justice aux vertus de Marat. Les autres pierres portent les inscriptions suivantes; A Marat, l'ami du peuple. Les vertus chéries des républicains sont la probité, la justice et l'humanité.--Marat, l'ami du peuple, assassiné par les ennemis du peuple. Quand arrivèrent les jours de réaction, cette pyramide fut démolie et transportée sur la place de la Grenette; plus tard on se servit de ses débris pour élever, mais sur de plus grandes proportions, la pyramide consacrée à Joubert, que l'on voit encore sur la place de ce nom.

--Au-dessus de l'entablement de l'Hôtel de Cluny, du côté de la cour, est une balustrade en pierre, ciselée avec une délicatesse et un fini d'exécution admirables. Cette balustrade était plâtrée. Les ouvriers sont occupés à détruire cet horrible empâtement, et à mettre à jour cette espèce de bande de dentelle en pierre. Lorsque l'hôtel Cluny aura été restauré, ce sera un bel édifice historique. Il ne nous reste plus du Moyen-Age à Paris que trois hôtels: l'hôtel de Sens, l'hôtel Soubise et l'hôtel Cluny.--Tous les journaux ont annoncé que M. Fontaine, architecte de la Liste civile, traversant, un de ces derniers jours, la cour du Louvre pour se rendre de l'hôtel d'Angevillers aux Tuileries, a mis le pied dans un des nombreux trous que présente le pavé de cette cour, et est tombé sur le côté. Ce qu'ils n'ont pas ajouté, c'est que M. Fontaine, qui avait su précédemment éviter les trous du pavé de M. de Rambuteau, a dit en se relevant; «Ou n'est jamais trahi que par les siens.»

Cours de M. Raoul-Rochette, ouvert le 19 décembre,
à la Bibliothèque Royale.

M. Raoul Rochette a ouvert à la Bibliothèque du roi, mardi dernier, son cours d'archéologie. Les rangs de l'auditoire étaient serrés, et de nombreux applaudissements se sont fait entendre à la fin de cette première leçon; nous disons à la lin, car les usages des auditeurs des cours du la bibliothèque sont aussi différents des usages du Collège de France ou de la Faculté, que les lieux qui les reçoivent les uns et les autres sont dissemblables. Que M. Saint-Marc Girardin ou que M. Ouinet traverse la salle pour monter à sa chaire, l'auditoire rangé dans l'amphithéâtre salue son entrée par des bravos. A la Bibliothèque, pas d'amphithéâtre pour l'auditoire, une porte secrète, et pas de bravos pour le professeur. Mais si cette disposition ne porte pas tout d'abord à un enthousiasme de parterre, elle n'interdit nullement une approbation sentie, et M. Raoul Rochette l'a éprouvé mardi, à la fin de sa leçon. Sans son cours, il doit faire connaître les phases diverses de l'archéologie grecque. Il a très-nettement posé, dans cette première leçon, les divisions qu'il croit devoir établir et qu'il se propose de suivre. Par l'archéologie grecque, on est convenu d'entendre toutes les œuvres que l'art grec a enfantées, non-seulement dans la Grèce elle-même, qui n'en est pas le berceau, mais dans l'Asie-Mineure, dans l'Italie méridionale et dans la Sicile. Des œuvres d'architecture, il ne nous reste que des édifices publics, et surtout des édifices sacrés, dont la masse a résisté plus ou moins aux ravages du temps. En sculpture, le bois, le marbre, la pierre, les métaux, nous ont conservé quelques travaux. La numismatique est, de toutes les branches de la même division, celle qui nous a légué les plus nombreux et les plus précieux souvenirs. La peinture, qui n'arriva que la dernière, n'a jamais joué dans l'antiquité le rôle, important qu'elle remplit chez nous; elle a laissé peu de traces, et il serait difficile d'en trouver ailleurs que sur quelques vases antiques. M. Raoul Rochette a annoncé qu'il montrerait la gradation et la décadence de ces trois branches de l'art.--L'Académie des Sciences avait à pourvoir au remplacement, dans la section de mécanique, de M. Coriolis, dont nous avons annoncé la mort. Les concurrents étaient nombreux, et chacun d'eux avait des patrons dévoués. Il a fallu trois tours de scrutin pour obtenir un résultat, et M. Morin est sorti vainqueur de cette dernière épreuve.

La France a perdu Casimir Delavigne. Elle lui doit de longs regrets, et l'Illustration une notice spéciale qu'elle lui consacre aujourd'hui même.--M. Julien Gué, qui s'était fait un nom comme peintre de décorations, et qui avait su le conserver comme peintre de genre, vient de mourir à l'âge de cinquante-quatre ans. Il exposa aux derniers Salons le Calvaire et le Jugement dernier, ouvrages d'un bel effet et largement composés. Il était né à Bordeaux.--Le barreau de Paris vient de rendre les derniers devoirs à M. Wollis, dont l'oraison funèbre revenait naturellement au Courrier de Paris.

Algérie.