ARRIVÉE A CONSTANTINE DE M. LE DUC D'AUMALE,
COMMANDANT SUPÉRIEUR DE LA PROVINCE.
Parti de Paris le 11 octobre pour aller prendre le commandement supérieur de la province de Constantine, en passant d'abord par l'Italie, M. le duc d'Aumale a successivement visité Turin, Gênes, Livourne, Florence, Rome, Naples et Malte, et est arrivé dans la nuit du 20 au 21 novembre à Alger sur la frégate à vapeur l'Asmodée. Le prince a été reçu avec les honneurs prescrits par le titre 5 du décret du 21 messidor an XII. Il y a eu, immédiatement après, réception au palais du gouvernement. Son séjour dans la capitale de nos possessions africaines a été marqué par un banquet que lui a offert, le 21, la population civile d'Alger dans les salons de l'Hôtel de la Régence. A ce banquet assistaient les principales autorités civiles et militaires de la cité. Parmi les nombreux toasts portés dans cette réunion, nous croyons devoir citer quelques paroles d'un discours de M. le gouverneur-général, comme l'expression de ses vues personnelles sur la colonisation de l'Algérie:
«L'armée ne peut être réduite, sans qu'au préalable on ait créé une force attachée au sol, qui puisse remplacer les troupes permanentes, qu'on supprimera. Cette force, à mon avis, vous ne pouvez la trouver suffisante que dans l'établissement de colonies militaires, en avant de la colonisation civile. Voilà, messieurs, suivant moi, où est la base de votre avenir. Songez-y bien, vous êtes en face d'un peuple belliqueux et fortement constitué pour la guerre. Pour jouer vis-à-vis d'une telle nation le rôle de peuple dominateur, il faut qu'au moins une partie de votre population soit constituée militairement, mieux encore que les indigènes.»
Arrivée du duc d'Aumale à Constantine.
M. le duc d'Aumale, reparti d'Alger le 28 novembre, est arrivé à Philippeville dans la nuit du 30. Le 2 décembre, il s'est mis en route pour Constantine, escorté par la gendarmerie et les spahis jusqu'au camp d'El-Arrouch, où la cavalerie de Constantine, et les principaux kaids de la province, à la tête de leurs goums, étaient venus le recevoir. S. A. R. a fait son entrée à Constantine le 4 décembre à une heure de l'après-midi. Dès neuf heures du matin, le lieutenant-général Baraguey-d'Hilliers était sorti de la ville, accompagné des autorités civiles et d'un brillant état-major pour aller au-devant du prince. Le cheikh el-Arab, Bou-Azis-ben-Ganah, le khalifah Ali et les kaïds des plus importantes tribus du Sahel, s'étaient jointes, au général, avec une multitude innombrable. de cavaliers, et formaient un magnifique collège. L'allégresse la plus vive régnait au milieu de la population indigène: malgré l'incertitude du temps, elle était accourue presque tout entière à la rencontre du fils du sultan, et elle s'était répandue sur les bords de la route en spirale qui conduit du gué du Rhummel au sommet du rocher.
Au moment où le prince franchissait la porte de la brèche, un ballon aux couleurs nationales fut lancé dans les airs; les cris de joie retentirent et se mêlèrent pendant longtemps aux fanfares militaires et au bruit du canon.
M. le duc d'Aumale a reçu, aussitôt son arrivée, les visites de corps et les députations du commerce européen et de la population indigène. Le soir, toutes les maisons européennes et les boutiques des marchands indigènes étaient illuminées. Un feu d'artifice a été tiré sur le Koudiat-Aly.