Caligula imita Auguste, et Claude suivit l'exemple de Tibère. A partir du règne de Claude, le peuple romain cessa donc de présenter des étrennes à ses empereurs; mais la coutume d'offrir des présents le premier jour de l'année n'en subsista pas moins; seulement ce furent désormais les supérieurs qui en donnèrent au lieu d'en recevoir.
«Voilà donc, s'écrie Spon, tout le fondement que nous avons de notre coutume; et ce fondement étant aussi léger que de la paille et du chaume, nous ne saurions être solidement fondés à conserver une superstition païenne à laquelle nous ne pouvons trouver aucun appui par l'autorité de l'Écriture Sainte ou des saints pères.» Les saints pères, en effet, protestèrent en vain contre cet usage qui avait passé du paganisme dans le christianisme; plusieurs conciles essayèrent même inutilement de le détruire.
Cependant quand les peuples chrétiens cessèrent, par la suite, de pratiquer les cérémonies païennes, c'est-à-dire d'offrir de la verveine et de certaines branches d'arbre, de chanter et de danser dans les rues, l'Église leur permit de s'embrasser et de se donner des cadeaux le premier jour de l'an. A dater de cette heureuse époque, l'espèce humaine a fait, sans scrupule et sans remords au renouvellement de chaque année, une effrayante consommation de baisers, de bonbons et de présents de toutes sortes et de toutes qualités.
Les Petits Bonheurs du Jour de l'An.
L'année finit. L'année renaît; tandis que la pauvre décrépite disparaît, comme dirait le Constitutionnel, dans l'abîme du passé la jeune année se montre souriante et parée; elle n'a pas vingt-quatre heures qu'elle est déjà grande demoiselle; il n'est pas besoin de songer à lui nommer un tuteur; un régent ne lui est pas nécessaire, et, dès sa première heure, elle est en pleine majorité; personne n'est obligé de l'appeler l'innocente Isabelle.
Au point du jour, le règne de la nouvelle année commence; son royaume est immense; il est si grand, si grand, et s'étend si loin, si loin, qu'il faudrait je ne sais combien de mètres de ruban rose pour en faire le tour: c'est, à proprement parler, l'empire universel que de très-grands conquérants ont tenté sans pouvoir y parvenir. La nouvelle année n'a pas besoin de faire autant de bruit que ces terribles fiers à bras pour établir sa domination: cela lui vient de soi-même.
Les nouveaux règnes et les avènements sont tout sucre et tout miel; le souverain est toujours charmant, le peuple (le bonhomme!) toujours content; on se passe et l'on se repasse des douceurs et des promesses; il n'est pas jusqu'au féroce Néron, il n'est pas jusqu'au méchant Christiern, qui n'aient eu plusieurs quarts d'heure d'amabilité au début de leur souveraineté.--Je ne suis pas fâché de vous glisser ce petit trait d'érudition en passant.
Mais la nouvelle année se distingue, entre toutes les reines et tous les rois frais éclos, par une grâce, une munificence, une affabilité qui n'ont pas d'égides. D'abord, elle n'est pas fière du tout; elle a des caresses, et des baisers, et des poignées de main pour tout le momie, du plus petit au plus grand; et puis, voyez là! contemplez en face cette excellente et très-aimable, majesté. Son sourcil, tant s'en faut, n'est point capable de faire trembler le monde comme celui de feu Jupiter; elle ne marche pas escortée de gardes farouches, et ne déguise pas sa personne sous un tas de crachats, de rubans et de croix. Oh! qu'elle est meilleure fille et bien plus philosophe que cela!
La bonne reine s'habille à la légère, taille souple et fin corsage; à gauche, du côté du cœur, elle porte un cornet de bonbons: c'est son cordon de la Légion-d'Honneur; Marquis, son grand-chancelier, l'en a décoré de sa propre main. Les deux bras étendus sur son peuple, elle laisse tomber une pluie de soieries et de douceurs. Cela fait venir l'eau à la bouche! Sa robe ample et flottante est brodée de boîtes pleines de chatteries. Le premier ministre de la nouvelle année, son président du conseil a toujours été un confiseur.
Au fronton de son palais, elle a fait inscrire ces mots pleins de sagesse: Aux petits bonheurs; et sur son caisson elle porte, cette devise inscrite: Sinite parvulos venire ad me; laissez venir à moi les petits garçons et les petites filles.