Ouverture des Chambres.--Cortège du roi.
C'est sous Louis le Gros que les assemblées, composées des évêques, des abbés et des hauts barons, commencèrent à prendre le nom de Parlement, parliementum, lieu où l'on parle. Saint Louis commença à donner quelque considération aux bourgeois nouvellement affranchis, et quelques députés des villes parurent dans un Parlement que ce prince assembla en 1241. Philippe le Bel, dont l'esprit était novateur, fit de plus grands changements: il forma les États-Généraux. Une lutte curieuse en amena la convocation. Le pape Boniface VIII, jaloux d'être reconnu maître du temporel, comme il l'était du spirituel, avait envoyé à Paris Jacques des Normands, archidiacre de Narbonne, sommer le roi de reconnaître qu'il tenait du pape la souveraineté de la France. Il avait même écrit à de roi ces paroles mémorables: «Sachez que vous nous êtes soumis dans le temporel comme dans le spirituel, et que nous tenons pour hérétiques tous ceux qui pensent différemment.» Le roi lui avait répondu: «Que votre très-grande fatuité sache que, pour le temporel, nous ne sommes soumis à personne, et que nous tenons pour des faquins et pour des fous ceux qui pensent autrement.» Et il avait fait conduire hors du royaume l'archidiacre Jacques des Normands. Le pape convoqua un concile à Rome; le roi convoqua à Paris son clergé, sa noblesse et les députés des villes de son royaume. Il prit le parti ferme et résolu de faire condamner le pape par la nation même.
Ces trois ordres s'assemblèrent dans la cathédrale de Paris. Le roi y présida, siégeant sur son trône. Son frère, le comte d'Evreux, était auprès de lui; son cousin, le comte d'Artois; les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Lorraine; les comtes de Hainaut, de Hollande, de Luxembourg, de Saint-Pol, de Dreux, de la Manche, de Bologne, de Nevers, y assistèrent avec quelques évêques dont ou ignore les noms. Les députés des villes y occupaient un des côtés de l'église.
Le discours d'ouverture fut prononcé, pour le roi, par le garde des sceaux ou chancelier Pierre Flotte. Il se plaignit, dans un discours véhément, des vexations du pape, qui prétendait que «le roi devait tenir sa couronne à foi et hommage de la majesté papale.» Ce discours fit jeter par l'assemblée des cris d'indignation contre Boni face VIII. On protesta tumultueusement qu'on ne reconnaissait que le roi pour seigneur du temporel.--Le comte d'Artois porta la parole pour la noblesse, et assura le roi que tous les gentilshommes sacrifieraient leur vie et leur fortune pour la liberté du royaume; qu'aucun d'eux ne reconnaissait que le roi pour seigneur du temporel.--Le clergé n'était pas de cet avis. Il essaya d'excuser le pape. Il demanda la permission d'aller au concile convoqué à Rome. Le roi et les barons lui refusèrent cette permission, et le pressèrent de s'expliquer, il répondit enfin que plusieurs évêques et abbés, possédant des duchés, des comtés et des baronnies, ne pouvaient se dispenser de servir le roi, et qu'ils le serviraient tous, même ceux qu'aucun titre semblable n'y obligeait.--Les députés des villes, gardant moins de ménagements, prièrent Philippe, par une requête que nous avons encore en langage du temps, de garder la souveraine franchise de son royaume, dans lequel il ne devait reconnaître, pour le temporel, aucun autre souverain que Dieu. «C'est grande abomination, disaient-ils, d'ouïr que ce Boniface entende nullement cette parole d'espiritualité; Ce que tu lieras en terre sera lié au ciel; comme si cela signifiait que Dieu emprisonne dans le ciel ceux que le pape met en prison sur la terre.»
C'était la première fois que les députés du peuple se trouvaient admis dans une telle assemblée, avec ceux de la noblesse et du clergé. On suivit l'ancienne forme. Les assemblées jusqu'alors avaient été composées de deux ordres; on ne fit qu'en ajouter un troisième. Chaque ordre parla par l'organe d'un seul de ses membres. Chaque ordre eut sa volonté particulière. Le moins nombreux eut autant de poids que l'ordre qui l'était davantage. On ne prit aucune précaution pour connaître la volonté générale. Dans cette circonstance il était impossible qu'elle ne s'accordât pas avec celle du roi, et que tous les Français, hors les ecclésiastiques, ne fussent pas d'accord pour soutenir l'indépendance du royaume. Ainsi, en cette occasion, la forme importait peu; mais une fois adoptée, ou la suivit toujours.
L'année suivante, le 15 juin 1303, la querelle avec Rome n'ayant fait que s'envenimer, et Boniface ayant excommunié Philippe le Bel, et par la même bulle déclare qu'il donnait le royaume de France à Albert d'Autriche, qui ne jugea pas prudent de venir prendre possession de ce présent, Philippe réunit de nouveau les États-Généraux. L'assemblée, cette fois, se tint au Louvre. Les trois ordres s'y rendirent; mais le ton de la discussion et la nature des allégations contre la moralité du pape devinrent tels que le clergé se retira, déclarant ne pouvoir prendre part à une assemblée où l'on délibérait contre le souverain pontife. Nous devons dire que la grave question agitée fut traitée en invectives et en facéties ordurières, et que la liberté naturelle, le droit politique et le droit des nations, furent les seules considérations que l'on ne fit pas valoir pour la résoudre.
Après avoir eu affaire au pape, dont il secoua le joug temporel, après avoir eu affaire aux juifs, qu'il chassa du royaume et dont il pilla les biens, Philippe le Bel voulut se défaire des templiers, et convoqua à Tours, en 1309, des États-Généraux sur lesquels les détails manquent complètement, mais où fut résolue l'extinction de cet ordre, consommée peu après par d'affreux supplices.
Le même monarque ayant compromis le crédit public et les finances de l'État par l'altération des monnaies, fut amené de nouveau à assembler les États-Généraux pour réparer le désordre causé et obtenir, du consentement du peuple, un argent dont il avait besoin et qui lui coûtait trop à arracher par la force des armes. Ce fut à Paris, dans la grand'salle du Palais, qu'ils se tinrent en octobre 1314. Le roi y présida, monté sur une espèce de théâtre avec les députés des nobles et du clergé; ceux des villes étaient au pied de ce théâtre. Le célèbre et malheureux Enguerrand de Mariguy leur représenta les besoins de l'État; on lit plusieurs règlements pour avoir de bonne monnaie, on accorda des impôts; mais le roi mourut le mois suivant, et rien de ce qui avait été arrêté ne fut exécuté; car, sous aucune des trois races, nulle assemblée ne prit la moindre précaution pour faire observer ce qu'elle avait résolu.
Philippe V, dit le Long, convoqua des États-Généraux à Paris, en 1317, par lesquels il fit prononcer l'exclusion des femmes du trône de France.