parent du grand-duc, ému de cette politesse, sans seulement mettre le nez à la portière, envoya, par le ministère de ses roues et de ses deux alezans, une énorme gratification de boue et de crotte au visage de l'estimable particulier; son pantalon en fut zébré et son visage moucheté. Remarquez bien que si le jour de l'an n'avait pas lui, notre homme ne serait pas venu dans la rue Saint-Honoré, il n'aurait pas rencontre le proche parent du grand-duc allant porter au potentat susnommé son bonjour et son bon an, et nous n'aurions pas sous les yeux le tableau humiliant d'un citoyen français crotté comme ne le fut jamais Colletet, qui cependant, au dire de Boileau, le fut jusqu'à l'échine!

Le décrotteur a été inventé pour cette situation; sans l'homme crotté, certainement le décrotteur n'existerait pas; il est donc logique que le crotté, dans sa détresse, se réfugie chez le décrotteur, lui demande aide et protection avec un coup de brosse. La victime du proche parent du grand-duc n'en fait pas d'autre; il entre dans la boutique du l'artiste et se hisse sur la banquette dans l'attitude peu gracieuse d'un mortel qui n'a pas à se louer du destin.

L'artiste fait son office en conscience frotte, brosse, émonde, prodigue le cirage, et remet le malheureux dans un état moins affligeant. Le crotté est décrotté. Il entrevoit un horizon plus serein. Mais où le jour de l'an ne va-t-il pas se nicher? il s'était, là-haut, glissé dans un cornet de pralines; il se présente ici sous la forme d'une tirelire: l'artiste décrotteur l'a déposée, cette tirelire maudite, aux pieds de son client, comme pour placer la récompense à côté du bienfait; et comme tout décrotteur a de la littérature pour avoir ciré les bottes de M. Ligier, de M. Bocage ou de M. Victor Hugo, le nôtre, à l'appui de sa pétition pour étrennes, entonne et détonne une harangue en vers, et de vrais alexandrins!--Le décrotté, hors de lui, se soulève sur ses deux poings, et attend le moment du prendre la fuite, en brûlant la politesse à la tirelire; le grossier!

Le malheur instruit les hommes. «Puisqu'on est éclaboussé quand ou va à pied comme un ignoble barbet, dit-il, en prenant un cabriolet, j'éclabousserai les autres!» Sublime réflexion! assaisonnée d'une légère dose de fiel; car le cœur humain n'est pas bon quand il s'y met. Il s'élance donc, d'un air de prince héréditaire, dans un cabriolet régie. Arrive le tambour-major et ce qui s'ensuit, donnant l'aubade au colonel; le cheval se dresse, le cabriolet roule, et notre homme va mesurer le pavé; là, il prononce ces mots d'une moralité profonde: «A pied, du moins, on ne risque pas de tomber de voiture!» Tandis que le chirurgien du coin est occupé de le panser, reprenons haleine.

CINQUIÈME ACTE.

Le cocher, à la rigueur, aurait bien pu relever le pauvre diable après sa chute; dans un autre temps, il se serait fait un vrai plaisir de commettre cette bonne action et de prodiguer les consolations à l'affligé: le cocher est naturellement sensible dans tout le courant de l'année; mais, au jour de l'an, il est plus dur que le cuir de ses chevaux. Vous vous étalez de vos quatre membres, dans ce bienheureux jour, le cocher vous laisse faire, et, s'inclinant, la casquette à la main, vous souhaite une bonne année. Quel affreux calembour! Enfin, le voilà encore debout: il s'en trouve quitte pour la peur. Redevenu piéton, le pauvre hère chemine, un mitron se trouve à sa rencontre; le mitron porte un souper fin à un lion et à une biche de l'Opéra qui