Le regalia, cigare du grand monde, a cru pouvoir profiter de cet immense succès pour se faire valoir; l'orgueil l'a gagné; il a prétendu se vendre autant qu'il s'estimait lui-même, et de vingt centimes se hausser à vingt-cinq; vous avez encore présents à la mémoire les détails de cette entreprise téméraire; les consommateurs jetèrent feu et flamme; une lutte s'engagea entre eux et le regalia, parmi des tourbillons de fumée; lutte terrible qui finit par la complète déconfiture; du regalia; il avait fait le renchéri, on le quitta pour le punir de son avarice; à vingt centimes il prospérait; tout le monde lui tendait la main, tout le monde le humait avec tendresse; à vingt-cinq centimes, il est tombé l'abandon et se dessèche, attendant, mais en vain, qu'une bouche complaisante s'intéresse à lui par hasard. Il y a là une profonde moralité; je la recommande aux maisons d'éducation, et si j'étais Ésope, La Fontaine ou M. de Florian, je la rimerais en apologue.

Voyez cependant quelle pauvre figure fait le cigare dans son bocal! Nul ne vient à lui, nul ne bat le briquet en son honneur. Si le cigare veut avoir du débit, il faudra bientôt qu'il se fume lui-même. Ce n'est pas tout: ses ennemis se réjouissent de sa disgrâce, et l'insulte par leur gaieté; et quel est le grand ennemi du cigare, si ce n'est la pipe? Or, la pipe est dans le délire, elle ne se contient plus; elle lance en signe de victoire, des tourbillons de fumée; quels feux de joie! On dédaignait la pipe; la pipe était abandonnée aux portiers, aux sergents en retraite et aux cochers de fiacre; la pipe maintenant trône sur les ruines du cigare; elle envahit la Chaussée-d'Autin, et se promènera bientôt au boulevard Italien, dans les mains du dandy.

Le jour de la déchéance du cigare, le gouvernement des pipes a donné un grand bal national; nous en offrons un fac similé: toutes les pipes y étaient, sans distinction de rang, d'âge ni de sexe, depuis la pipe de lettre jusqu'à la pipe d'écume de mer incrustée d'or et de diamants, pipes culottées et déculottées. La fête a fini par une ronde furieuse que les pipes ont dansée autour d'un malheureux paquet de cigares, délaissé de la nature entière.

Mais c'est assez nous occuper des hautes questions de politique intérieure; passons à la politique étrangère.

IRLANDE.

La situation de l'Irlande, en 1843, a continuée d'être ce que vous savez; l'Angleterre a joui d'une parfaite santé; du 1er janvier à la Saint-Sylvestre, elle s'est tous les jours assise à une table amplement fournie, arrosant son teint vermeil de porter, de chypre et de bordeaux; nourrissant son ventre énorme et ses grosses joues succulents reliefs, sauf, après boire, à rouler sous la table. Quant à l'Irlande, sa collation est claire; en deux mots, vous en connaissez le menu: l'Irlande dîne peu: son principal repas consiste depuis longtemps à se ronger les ongles; il en a été de même en 1843: la carte n'a pas changé pour elle. En revanche, si cette malheureuse Irlande est affamée, l'Angleterre s'engraisse à vue d'œil à ses dépens: L'Irlande met la poularde à la broche, et l'Angleterre la dévore. Dans ce pauvre diable de valet au ventre creux, à la mine piteuse, qui se tient debout, une assiette et une serviette sous le bras, jetant un regard suppliant sur un bifteck saignant, que son gros butor de maître engloutit à son nez, ne reconnaissez-vous pas l'Irlande? Et cet ogre sans pitié, qui sue l'abondance par tous les pores, n'est-ce pas l'Angleterre? Quand donc cette dévorante Angleterre donnera-t-elle à cette famélique Irlande un petit morceau de son bifteck?

LITTÉRATURE.

Après la politique, il est bon de faire une excursion dans la république des lettres, comme on disait du temps de la monarchie; cela repose. La politique est un verre de vitriol qui brûle les entrailles; la littérature une tasse de lait pur qui les rafraîchit; je parle surtout de la littérature mère de Han d'Islande et de Lucrèce Borgia; c'est, comme chacun sait, tout sucre et tout miel.