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Théâtres.

Le Laird de Dumbicky, drame en cinq actes, de M. Aexandre Dumas.--André Chénier, de M. Daillière.-Le Médecin de son Honneur, de M. Hippolyte Lucas.--Paris dans la Comète.--Gérolstein.--Une idée de Médecin, de M. Dartois.

Le Second-Théâtre-Français a donné trois drames coup sur coup, les trois drames dont les noms précèdent; M. Dumas, M. Lucas, M. Daillière, sont les pères avoués et reconnus de ces trois enfants; deux sont ornés de rimes et d'alexandrins; le troisième est en simple prose; quand je dis simple, je me trompe: M. Alexandre Dumas ne fait rien simplement Par où commencerai-je? Evidemment par les gros bataillons, c'est-à-dire par M. Dumas et sa prose en cinq actes; MM. Lucas et Daillière, plus légèrement armés, viendront à leur tour. C'est donc le Laird de Dumbicky à qui reviennent les honneurs du pas; ne lui enviez pas cette consolation! Le pauvre. Laird vient d'éprouver tant de malheurs! le parterre s'est montré pour lui si rude et si implacable!

Son nom est Mac-Allan; vous devinez tout de suite que nous avons affaire à un Écossais, et vous devinez juste. Mac-Allan a un oncle, sir David, grand partisan des Stuarts; après la bataille de Worcester, qui ruina complètement la cause royale, lu fidèle sir David recueillit le jeune prince, depuis Charles II, et l'aida à se mettre en sûreté; ceci valut à sir David la haine de Cromwell et la confiscation du ses biens.

La Restauration venue, et Charles II ayant repris possession du trône paternel, sir David songe à obtenir sa réintégration dans sa fortune et dans son autorité; pour réveiller la mémoire du roi Charles, qui l'oublie, il envoie à Londres son neveu Mac-Allan, laird du Dumbicky. A son arrivée, Mac-Allan, trouve qu'au lieu de s'occuper de récompenser la fidélité de ses vieux serviteurs et de songer aux affaires de l'État, Charles II n'a d'autre soin que celui d'une vie dissipée et frivole. Ceci blesse un peu l'honnêteté du noble Écossais. Patience, il en verra bien d'autres. Savez-vous en effet le rôle qu'on va faire jouer à ce brave laird, et quelle récompense on prépare, dans sa personne, au dévouement de son oncle?--Non pas vraiment.--Eh bien! je vais vous le dire. Le laird de Dumbicky, sans le savoir, devient le pivot d'une intrigue honteuse, qui se débat entre Nelly, la maîtresse en titre du roi Charles II, et le duc de Buckingham, son favori. Voici le mot de ce tripotage: Buckingham veut renverser la favorite Nelly, en lui substituant, dans l'autour du maître, une jeune et honnête fille nommée Sarah, que le roi désire; de son côté, Nelly prétend défendre son crédit et avoir raison de Sarah et de Buckingham.

Mac-Allan est choisi par le duc et par Nelly pour l'éditeur responsable de cette double combinaison; d'une part Buckingham lui fait épouser Sarah légitimement, afin de sauver les apparences et d'éviter au roi l'odieux d'une séduction exercée sur une innocente jeune fille. Le mariage couvre tout. D'autre part, Nelly avertit Mac-Allan de ce guet-apens infâme; ce n'est point par intérêt pour lui, mais par un sentiment de jalousie et pour empêcher Buckingham de réussir.

Le laird de Dumbicky, en sa qualité d'honnête homme et de mari sérieux, n'a évidemment qu'une chose à faire: de rendre l'honneur de sa femme et le sien contre les entreprises combinées de Buckingham et du roi! Or, il se met en garde avec d'autant plus de résolution qu'il est sur de la vertu de Sarah et qu'il l'aime sincèrement. Je ne suivrai pas Mac-Allan, Kelly, Buckingham, le roi et Sarah dans cette bataille; j'ai fait connaître le sujet du drame; on a pu voir que c'était une de ces intrigues passablement équivoques, vingt fois exploitées au théâtre, et tout récemment encore par M. Alexandre Dumas lui-même, à la Porte-Saint-Martin, sous le titre de Louise Bernard. Nos dramaturges ne font plus que ruminer. --Les détails ne sauvent pas la banalité du sujet; ce sont toujours les mêmes effets peu scrupuleux, les mêmes moyens effrontés: rendez-vous suspects, portes ouvertes, chambres à coucher, escalades, substitutions de personnes, toutes les vieilles brutalités du drame d'alcôve. Oui, vieilles est le terme, car elles ont fait leur temps et lassé l'honnêteté du public, qui n'en veut plus.--Il va sans dire que le roi et Buckingham sont vaincus par Mac-Allan, que Sarah leur échappe, et que Nelly reste souveraine maîtresse.