Si ce ne sont ses paroles expresses,

C'en est le sens.

Bientôt, en effet, elle devient libre, et elle fait comme elle a dit; après quoi Dom Sébastien, qui ne veut pas se montrer moins délicat qu'une bayadère, annule l'arrêt de proscription lancé contre le poète, ôte solennellement devant lui son chapeau à plumes, et le proclame l'honneur et la gloire du Portugal, ce qui, de sa part, est d'autant plus beau que la Lasiade n'est pas encore sortie du portefeuille de Camoens.

Tout cela forme un petit acte assez agréablement tourné, et orné d'un certain nombre de morceaux de musique qui ne font aucune peine à entendre. Il pourrait s'y trouver plus de verve sans doute, plus d'entraînement et de chaleur. C'est de la musique fraîche et calme comme une matinée d'avril. Cela ne fera pas révolution dans l'art,--et à quoi bon les révolutions?--Mais aussi cela ne fatigue pas l'attention et ne fait point mal aux oreilles, rare et précieuse qualité par le temps qui court!

C'est, du reste, le début, sur la scène de l'Opéra-Comique, de M. Flotow, jeune et gracieux compositeur dont les abonnés de l'Illustration connaissent déjà la musique.

Epuisé des efforts qu'il avait faits pour mettre au monde ce frêle et délicat enfant, l'Opéra-Comique s'est endormi. Ne troublons pas son sommeil.

A l'Opéra, Dom Sébastien poursuit glorieusement sa carrière, et l'on applaudit toujours avec fureur le beau cortège funèbre du troisième acte et les magnifiques harmonies du quatrième. M. Duprez chante maintenant comme dans ses meilleurs jours. Nous croyons que la sage modération avec laquelle M. Donizetti a mit le rôle de Dom Sébastien est pour beaucoup dans ce retour de jeunesse.

L'Opéra-Italien ne ressemble point à ses deux aînés. Il n'a pas plus tôt obtenu un succès qu'il en convoite un autre. L'ambitieux! Après Maria di Rohan le Fantasma était venu se mettre en ligne; après le Fantasma, Anna Bolena s'est présentée. Cette première tentative n'a encore qu'à moitié réussi: M. Salvi, indisposé, n'a pas complètement répondu à l'attente des dilettanti, que le souvenir de Rubini a rendus difficiles. Mademoiselle Nissen et madame Brambilla ont dignement rempli les rôles du page amoureux et de Jeanne Seymour; madame Grisi, dans celui d'Anna Boleyn, a déployé toutes les grâces de sa personne, tous les charmes de son regard et de son sourire, toutes les richesses de sa voix; elle a eu d'admirables mouvements de passion; elle s'est montrée grande cantatrice et grande tragédienne; mais tout cela n'a pas suffi pour alléger le fardeau que M. Fornasari avait à porter. Ce fardeau, trop lourd, hélas! c'était le souvenir de Lablache. Et pourtant M. Fornasari a de robustes épaules. Qui pourra jamais remplacer Lablache? Et pourquoi le remplacer, puisque le voilà revenu.

Il est revenu, il a reparu dans Don Pasquale, avec sa robe de chambre de bazin et son bonnet à fontange, avec sa belle perruque rousse, ses bottes vernies, son habit vert-pomme et son camélia triomphant. Dieu sait comme on lui a fait fête, et de quels applaudissements on l'a salué, et de quelles acclamations, et de quels rires francs et joyeux! A côté de lui figurait M. Ronconi, qui a remplacé Tamburini dans le rôle du docteur Malatesta. Sa voix n'a pas autant de volume que celle de son devancier, ni même autant d'agilité; mais, en revanche, comme son chant est expressif! comme sa gaieté est spirituelle! Comme son regard est fin et narquois! et que cet accord parfait du chanteur et de l'acteur se rencontre rarement au théâtre!

Le succès de M. Ronconi a été complet. Son triomphe a été plus brillant encore, ces jours derniers, dans le Barbier de Séville, ou il a pris le rôle de Figaro. Jamais, depuis Pellegrini, nous n'avions vu un Figaro si léger, si sémillant, si spirituel, si malin. M. Ranconi est évidemment l'un des plus charmants chanteurs bouffe d'aujourd'hui.