Les concerts vont commencer. Selon son habitude, M. Berlioz a ouvert la marche. Son premier concert avait rempli la salle du Conservatoire, et plusieurs des morceaux qui formaient son programme ont provoqué des applaudissements unanimes. Son second concert aura lien le 27 janvier.

En attendant, les productions musicales éclosent de tous côtés et s'étalent aux vitres de tous les marchands, fraîches, brillantes et en grande toilette, c'est-à-dire ornées de lithographies plus ou moins correctes, plus ou moins enluminées. Chaque compositeur de salon a fait son album Jamais il n'y avait eu autant d'albums que cette année, et nous aurions grand peine à les désigner tous. Parlons seulement des plus remarquables. Celui de mademoiselle Loisa Puget se recommande, comme toujours, par des mélodies simples, faciles, communes quelquefois, souvent aussi pleines de charme et de grâce. Un professeur d'harmonie y trouverait bien par-ci, par-là quelques peccadilles à reprendre, mais Dieu nous préserve d'avoir rien de commun avec les professeurs d'harmonie!

En revanche, rien n'est plus correct que les compositions de M. A. Thys; son style est pur, sa phrase claire et limpide, sa pensée naturelle est toujours d'une fraîcheur remarquable. Son album renferme neuf romances, parmi lesquelles nous citerons particulièrement: Pourquoi?--Berthe aux pieds nus,--Fiez-vous donc aux fleurs;--du Côté du Clocher,--et la Promenade sur l'eau, charmant petit duo où les deux voix sont agencées avec beaucoup de grâce.

Il y a plus d'imagination encore, plus de force, plus d'ampleur dans l'album de M. Labarre. Les idées de cet artiste sont souvent d'un ordre très-élevé, et ont quelque peine à tenir dans ce cadre rétréci de la romance; son chant est large et expressif, son harmonie riche, étoffée, pleine d'habiles modulations et de piquantes surprises. Le Fil d'or, le Cœur perdu, sont deux charmantes chansonnettes qui donnent un grand prix au recueil qu'il a publié cette année et auxquelles on ne saurait préférer que la Fille du soldat et l'Écho.

Pourquoi madame Hérault ne fait-elle pas de romances? elle y réussirait sans doute à merveille, car elle a tout ce qu'il faut pour cela: la faculté de créer des chants nouveaux et le sentiment des effets harmoniques. Mais madame Hérault est pianiste, et elle écrit pour son instrument. La grande valse en mi bémol qu'elle vient de publier chez l'éditeur Pacini est un morceau très-brillant, et qui atteste à la fois une imagination et une habileté remarquable.

Les petites industries en plein vent.

L'industrie est la reine du dix-neuvième siècle; elle trône dans les splendides magasins de la capitale, véritables palais féeriques où l'aristocratie de l'or, la seule aujourd'hui, vient lui faire sa cour. Mais dans l'enivrement de son règne, Sa Majesté a eu le bon esprit de ne point oublier son origine roturière; elle est bonne princesse et ne dédaigne pas de fouler de son pied royal l'asphalte de nos trottoirs ou le pavé de bois de nos rues.

Comme le soleil, l'industrie luit pour tout le monde; mais pour quelques privilégiés qui se carrent largement à la resplendissante chaleur de l'astre, combien de plus petits ou de moins habiles n'ont qu'un terne reflet ou qu'un pauvre rayon!

Au matin de la vie, chacun part, avec son bagage d'espérance, pour cette périlleuse course au clocher dont le but est parfois la renommée, et toujours la fortune. Quelques-uns arrivent... mais le plus grand nombre reste en chemin.

Voici d'abord un de ces malheureux petits exilés que la Savoie, le Piémont, le duché de Parme, envoient tous les hivers sous notre ciel brumeux, eux, pauvres enfants éclos sans le soleil du Midi.