--Ah! y songez-vous?
--Il le fait, il le faut! insista Robert avec un geste éperdu: mais pour vous prouver que je n'ai été conduit à vos pieds que par des intentions pures, je prierai en présence de votre camériste. Qu'elle demeure!» Marc Fournier.
(La fin à un prochain numéro.)
Inventions nouvelles.
SYSTÈME DE CHEMIN DE FER DE M. LE MARQUIS DE JOUFFROY.
Tout est encore nouveau dans les chemins de fer; à peine l'expérience de quelques années a-t-elle passé sur les moyens de locomotion rapide en usage aujourd'hui, que déjà de tous côtés les inventeurs s'élancent avec ardeur à la recherche des perfectionnements. S notre avis, peu ont encore réussi, et quoique le fatal accident du 8 mai 1842 ait fait germer dans bien des têtes des idées d'amélioration, nous devons le dire, ces idées, fort honorables pour leurs auteurs, sont en général beaucoup plus philanthropes que mécaniques, et la science n'a pas fait un pas, la sécurité des voyageurs n'a pas augmenté, les chemins de fer sont encore ce qu'ils étaient il y a quatre ans, nous dirions presque il y a dix ans. Un fait bien remarquable en effet, c'est que depuis l'invention de la chaudière tubulaire, invention dont l'honneur revient tout entier à un français, M. Séguin aîné, le système de locomotion n'a plus fait de progrès que dans les détails. On a augmenté le poids des rails parallèlement au poids de la locomotive, on a allongé le rayon des courbes, diminué les pentes: mais, en résumé, il n'y a pas eu transformation réelle.
Que conclure de là? Sommes-nous arrivés à la perfection, ou y a-t-il impuissance dans les esprits? Loin de nous une pareille pensée; mais les inventeurs ne doivent pas perdre de vue que dans cette matière les questions économiques ont leur importance, et que raisonner, abstraction faite des circonstances si multipliées de l'exploitation, c'est bâtir sur le sable, c'est s'exposer à substituer des rêveries bienveillantes à la réalité parfois rigoureuse. Et qu'on ne nous prête pas l'idée de vouloir subordonner la vie des hommes à une question d'économie dans le sens restreint du mot; on nous comprendrait bien mal. L'économie de l'exploitation d'un chemin de fer n'est pas seulement une question de chiffres; elle, est des plus complexes, et ceux qui se dévouent à l'étudier devraient être jugés bien rigoureusement si, pour eux, elle se réduisait à des proportions si mesquines. Jusqu'à ce jour, rien d'applicable n'a surgi avec un caractère d'évidence tel que les compagnies du chemins de fer aient dû, sous peine de félonie envers le public, l'adopter en renonçant au mode actuel.
Nous devons toutefois excepter de ces inventions le système atmosphérique dont nous avons entretenu, il y a quelques mois, nos lecteurs; mais, qu'un le remarque bien, dans ce système, tout ce qui constitue le pouvoir moteur est radicalement nouveau: la locomotive est supprimée, et, pour le dire en passant, les premiers essai du chemin de Kingstown à Darkley ont parfaitement réussi, et tout fait présager une nouvelle ère aux chemins de fer si le dernier terme du problème est susceptible d'une solution avantageuse. Nous voulons parler de la distance qui doit séparer deux machines fixes. Là, en effet, est la difficulté, et l'expérience seule, en dépit de la théorie, peut donner gain de cause au système ou le ranger dans la classe des brillantes illusions.
Aujourd'hui l'invention que nous devons enregistrer est l'œuvre de M. le marquis de Jouffroy, déjà connu dans le monde industriel, spéculait par l'invention des bateaux palmipèdes. M. de Jouffroy a touché à toutes les parties du système actuel; il n'a rien laissé sans modification: la voie, la locomotive, les wagons, les roues, les essieux, nous allions presque dire la vapeur, il a tout transformé, il a bâti avec les débris du système ancien un système complet qui marche, qui roule, qui gravit des pentes, circule dans des combes de quinze mètres de rayon, et tout cela au premier étage d'une maison de Paris. Rien de plus merveilleux que de voir une véritable petite locomotive, consommant du vrai coke et produisant réellement de la vapeur, entraînant après elle cinq à six wagons, et exécutant à volonté toutes les évolutions annoncées par l'auteur ou demandées par le public; rien de plus merveilleux, si ce n'est les évolutions du bateau palmipède dans le bassin d'un jardin. Cependant, quand on réfléchit que ces bateaux doivent traverser les mers, que les locomotives doivent sillonner la France, on se demande avec crainte si l'application en grand répondra à ces essais microscopiques. C'est encore là un des écueils que nous ne saurions trop signaler aux inventeurs. Qu'ils se méfient des essais en petit, car les mécomptes sont incalculables quand on en arrive à l'application réelle. Pour nous, ces petites constructions ne sont que joujoux d'enfant, qui peuvent tout au plus servir à fixer les idées de l'inventeur et lui fournir un modèle, mais dont il est impossible du rien conclure. Aussi en discutant le système de M. de Jouffroy, nous efforcerons-nous de nous placer toujours au point de vue de l'application en grand.
Quoi qu'il en soit, disons d'abord ce qu'est cette invention dont nous offrons quelques dessins à nos lecteurs.