Furent présents Jean-Baptiste-Poquelin de Molière; damoiselle Claire-Gresinde Béjard, sa femme, de lui autorisée; damoiselle Madeleine Béjard, fille majeure; Edmé Villequin, sieur de Brie; damoiselle Catherine Leclerc, sa femme, de lui autorisée; demoiselle Geneviève-Béjard de La Villaubrun, demeurant place du Palais-Royal; Charles Varlet de La Grange, demeurant rue Saint-Honoré; Philibert-Cazeau, sieur Du Croisy, demeurant susdite rue; François-Lenoir, sieur de La Thorillière; et André Hubert, demeurant aussi rue Saint-Honoré, ès même paroisse Saint-Germain-Dauxerrois;
Tous faisant et composant le corps de la troupe du roi représentant dans la salle du Palais-Royal, rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache, d'une part;
Et Louis Béjard, ci-devant comédien en ladite troupe, demeurant rue Frementeau, d'autre part; Lesquelles parties ont accordé entre elles ce qui en suit: C'est à savoir qu'en conséquence de ce que ledit Louis Béjard se retire de ladite troupe, et que, pour ce faire, il la requiert de lui donner une pension viagère pour vivre avec honneur, sans pouvoir être saisie par qui que ce soit et lui être destinée pour ses aliments, ce que ladite troupe lui avait accordé et avait promis, comme elle promet par ces présentes, tant par eux que par celles qui la composent et la composeront, et qu'elle subsistera en ladite salle du Palais-Royal ou en autre lieu en cette ville de Paris, en cas d'accident ou de changement, de bailler et payer audit Louis Béjard, ce acceptant, mille livres de pension viagère payable aux quatre quartiers, le premier échéant au dernier juin prochain et continuer tant et si longuement que ladite troupe subsistera en la manière que dessus; laquelle pension lui servira d'aliments et ne pourra être saisie en façon quelconque par qui que ce soit, le tout à condition que ledit corps de troupe subsiste et qu'il ne se dissolve point; et rupture d'icelle arrivant sans se pouvoir réunir, ladite pension n'aura plus cours; et en cas que quelqu'un desdits acteurs ou actrices se retirent de ladite troupe, soit pour entrer dans une autre troupe ou pour quitter tout à fait ladite comédie, il sera entièrement déchargé de ladite pension viagère, de laquelle seront chargés ceux qui entreront en leurs places ou le reste de la troupe, en cas qu'il n'y en entre point. Et pour l'exécution des présentes, lesdites parties élisent leur domicile en la maison de ladite demoiselle Magdelaine Béjart, rue Saint-Honoré, sus déclarée, auquel lieu promettant, obligeant et renonçant.
Fait et passé audit Palais-Royal, l'an 1670, le seizième jour d'avril, et ont signé:
Le Bourgeois gentilhomme.--Nicolle.
Bulletin bibliographique.
Mémoires de R. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comité du salut public et de la Chambre des Représentants; publiés par MM. Hippolyte Carnot, membre de la chambre des Députés, et David (d'Anger) membre de l'Institut, précédé d'une Notice historique par H. Carnot. 4 vol. in-8.--Paris, Jules Labitte, libraire-éditeur, quai Voltaire, 5.
Bertrand Barère a été l'un des hommes que la Révolution française a mis le plus en relief, Avant 1789, simple avocat de province, membre des Académies de Montauban et de Toulouse, distingué seulement comme littérateur par quelques-uns de ces éloges, quelques-unes de ces dissertations alors à la mode, il fut enlevé, comme tant d'autres, à l'obscurité du barreau natal, et placé subitement au nombre des législateurs qui allaient changer la constitution du gouvernement français. Son rôle dans l'Assemblée nationale manqua pas d'importance; et, dès lors, grâce à une élocution facile, à la souplesse de son esprit, à l'aménité de ses manières, il fut investi par ses collègues de plusieurs missions délicates. C'est ainsi qu'il fit tour à tour partie du comité des lettres, de cachet, du comité des domaines et de féodalité; c'est encore ainsi que son nom se trouve mêlé à des résolutions importantes, telles que le décret qui supprima le droit d'aubaine, la première mesure pénale adoptée contre les émigrés, la qualité de citoyen accordée aux hommes de couleur, etc., etc. Barère, de plus, s'était fait journaliste, et sa feuille (le Point du Jour) fut la première à rendre compte des déliais législatifs, en leur conservant cette forme dramatique qui fait accepter au lecteur les discussions les plus abstraites et les plus arides. David, en retraçant la séance du Jeu de Paume, a fait allusion à cette circonstance de la vie de Barère, en le représentant occupé à sténographier sur son genou l'éloquente apostrophe de Mirabeau.
Les événements de cette époque marchaient vite, et l'esprit un peu timide de Barère avait peine à les suivre dans leur essor hardi. Aussi, quand la république décrétée d'enthousiasme dans la première séance de la Convention, le futur président de cette assemblée se plaignit de ce qu'un débat régulier n'avait point précédé cette grande mesure. Son hésitation à ce sujet est parfaitement critiquée dans la Notice historique dont un homme de cœur et de talent (M. Hippolyte Carnot, membre de la Chambre des Députés) a fait précéder les Mémoires de Barère:--«L'assemblée, dit-il, eut un sentiment plus juste de la situation. Ces résolutions capitales, par lesquelles un seul mot change la forme, d'un État, ne peuvent être l'objet d'un examen contradictoire, comme les articles de la constitution. Elles viennent chacun est pénétré de leur nécessité; mais il est important que leurs auteurs ne témoignent aucune hésitation, s'ils veulent assurer au nouveau pouvoir toute la force morale dont il a besoin.»