L'empire franc de Constantinople ne dura que cinquante-neuf ans. Le royaume de Salonique fut détruit même avant lui; mais la principauté française de Morée ou d'Achaïe eut une plus longue existence. Gouvernée par une suite de souverains braves et habiles de la famille Ville-Hardoin de Champagne, et rattachée à la fois par des liens de famille et de féodalité à la dynastie angevine des Deux-Siciles, elle continua à se maintenir, plus ou moins déchirée, plus ou moins puissante, mais toujours française et toujours indépendante et guerrière, jusqu'à la conquête turque, à la fin du quinzième siècle.

M. J.-A. Buchon a entrepris d'écrire l'histoire de cette partie importante de nos conquêtes étrangères. Mais, avant d'en publier les résultats, il a voulu aller terminer et compléter sur les lieux ses longues recherches; aujourd'hui il présente seulement au public le récit du voyage qu'il a entrepris, dans le but de contempler à la fois cette jeune société européenne que la liberté avait agrégée aux vieux États occidentaux, et les débris des monuments et des souvenirs de l'antique domination des nôtres, monuments et souvenirs dispersés partout sur cette terre conquise et dominée par eux pendant plus de deux siècles, à la suite de la quatrième croisade.»

Ce nouvel ouvrage de M. J. A. Buchon se divise, comme son titre l'indique, en deux parties: la Grèce continentale et la Morée. M. A. Buchon visite successivement, dans la Grèce continentale: Athènes, Daphni, Eleusis, l'Hymette. Marathon, Thèbes, Cheronée, Delphes, les Thermopyles, Poursos; dans la Morée, Epidaure, Nauplie. Mycènes. Argas, Sparte, Messèe, Navarin. Mégalopolis, Olympie, Patras, Égire, Corinthe. Cytheron, Eleuthère, etc. Il donne, sur l'état actuel de tous ces lieux célèbres et des contrées intermédiaires, une foule de renseignements curieux. Les événements dont la Grèce est actuellement le théâtre ajoute un nouveau degré d'intérêt à cette relation de voyage de M. J.-A Buchon.

Histoire universelle, par César Cantu; soigneusement remaniée par l'auteur, et traduite sous ses yeux par Eugène Arden, ancien député, et Piersilvestro Leopardi, Tome I. in-8. Paris, 1843. Firmin Didot. 6 fr.

Le premier volume de l'Histoire universelle de M. César Cantu, dont nous avions, il y a plusieurs mois, annoncé la publication prochaine, a paru cette semaine à la librairie Didot. Nous ne reviendrons pas maintenant sur ce que nous avions dit alors de cet ouvrage, qui a obtenu un si grand succès en Italie.--Ce premier volume commence par une longue introduction, dans laquelle M. César Cantu expose sa méthode, et divise l'Histoire universelle en dix-sept époques principales. Viennent ensuite les deux premières époques; la première a pour titre de la création à la dispersion des hommes, elle se subdivise en cinq chapitres: la Genèse, l'antiquité du monde, l'origine de l'espèce humaine, les premiers pays habités, et les premières sociétés; la deuxième est intitulée: de la dispersion des peuples aux olympiades. L'Asie, les Hébreux, les Indiens, les Égyptiens, les Phéniciens et les Grecs, tels sont les sujets de ses trente chapitres.

«Ayant beaucoup appris à l'école des écrivains français, dit M. César Cantu en terminant l'avertissement qu'il a mis en tête de cette traduction de son Histoire universelle, nous avons profité librement de tout ce qui nous a paru convenir à notre sujet. Ainsi, nous croyons nous acquitter d'une dette de reconnaissance en rendant à la France ce que nous avons en grande partie emprunté d'elle; heureux si elle trouve que nous en avons parfois su faire un bon usage! heureux si, en proclamant avec franchise ce que nous avons médité avec conscience, notre voix ne se perd pas tout à fait au milieu de tant d'autres plus puissantes! Pour oser l'espérer, il faut bien que nous comptions sur les sympathies d'un pays qui s'offre aux étrangers comme une seconde patrie, et que tous considèrent comme tel dès qu'ils ont pu le connaître. La France a su réaliser, dans les temps modernes, cette grande idée de nationalité conçue par l'Italie dans les temps anciens. Puisse notre ouvrage contribuer à resserrer les liens qui unissent les deux pays! puisse-t-il ranimer pour notre chère patrie, plus souvent jugée qu'étudiée, ce noble intérêt auquel lui donnent droit même ses malheurs!»

Esquisse de la vie d'Artiste; par Paul Smith.--Paris, 1844. 2 vol. in-8°. Jules Labitte. 15 fr.

M. Paul Smith est un de mes amis intimes, un avocat fort distingué du barreau de Paris: il gagne toutes les causes qu'il plaide, au civil comme au criminel; mais je le soupçonne fort de n'être pas le père de ces deux volumes in-8. Si je ne me trompe, il a seulement prêté son prénom et son nom à un écrivain déjà connu dans la presse parisienne qui désirait se cacher, comme on dit, sous le voile de l'anonyme. Qu'il s'appelle réellement Paul Smith ou... mais m'est-il permis de trahir ce secret? Édouard M. on ne peut nier que l'auteur des Esquisses de la vie d'artiste n'ait beaucoup d'esprit de bon sens et de goût. Les divers essais critiques dont se composent ces deux volumes ont déjà, à l'instar de Joconde, d'heureuse mémoire, parcouru le monde et charmé tous les lecteurs assez favorisés du ciel pour avoir eu le bonheur de recevoir leur aimable visite, l'hiver au coin de leur feu, l'été sous un ombrage frais. Publiés par fragments dans divers journaux de la capitale de la France, la presse départementale s'est empressée de les reproduire: la Belgique les a même contrefaits. Réunis en volumes, ils obtiendront un accueil non moins cordial partout où ils se présenteront; et aucun de leurs hôtes futurs ne se repentira, nous en sommes sûr, de leur avoir accordé l'hospitalité. Partez donc, ô mes jeunes protégés quittez, le quai Voltaire, où M. Labitte ne vous retient pas, et allez prouver à l'univers entier que M. votre père, le faux Paul Smith, a vraiment droit à mes éloges.

D'ailleurs, le mérite de l'auteur mis de côté, le sujet de ce livre n'est-il pas merveilleusement choisi pour piquer la curiosité? A quelle époque l'univers entier, auquel j'adresse ces Esquisses, a-t-il donné plus de temps, d'argent et de marques extérieures de tendresse à cette race d'hommes ou de femmes qui, parce qu'elle chante sans fausser, ne fût-ce qu'une seule note, ou parce qu'elle joue avec une certaine habileté d'un instrument quelconque, se désigne elle-même à l'admiration, à la générosité et à l'affection publiques sous le titre d'artistes?--Le mensonge a trop longtemps trôné à côté de la vérité. Il est temps de dessiller les yeux de cette pauvre humanité, tant de fois trompée. L'ivraie ne doit plus rester mêlée au bon grain.--Tel est le but sérieux du livre de M. Paul Smith. Ce devoir rempli. M. Édouard M. raconte à ses lecteurs une foule d'anecdotes inédites sur les artistes grands ou petits, faux ou vrais, sots ou spirituels, rasés ou chevelus; il nous peint leurs mœurs, il nous révèle leurs habitudes, il nous initie aux plus secrets mystères de leur existence aventureuse. Ici, il nous conduit à de petites soirées musicales où viennent poser devant lui une foule d'originaux: là, il met sous nos yeux des fragments inédits de la correspondance réelle d'une danseuse, qu'un hasard heureux a fait tomber entre ses mains, En un mot, son livre,--toujours fidèle cependant au bon ton et au bon goût, toujours spirituel,--est tantôt grave, tantôt léger, comme la vie même des héros et des héroïnes dont il a voulu devenir l'Homère et dont il a, je ne dirai pas chanté, mais raconté en prose élégante les malheurs, les travers et les exploits.

Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789; par M. Henri Martin. Nouvelle édition entièrement revue et augmentée d'un nouveau travail sur les origines nationales (tome XI).