Découverte du cœur de saint Louis,
à la Sainte-Chapelle.
La boîte trouvée dans le chœur sous l'ancien autel de la Sainte-Chapelle a cette semaine donné naissance à une polémique nouvelle à laquelle sont venus prendre part des combattants nouveaux. De tout cela la seule chose incontestable et la seule que l'Illustration puisse constater, c'est la découverte de la boîte. A qui a appartenu le cœur qu'elle renfermait? Là s'ouvre le champ des conjectures, et chacun de faire la sienne. Pour M. Letronne, il n'en veut pas mais, mais en revanche il ne veut pas admettre sans preuves celles que les autres font, et adorer sur parole, comme relique d'un saint, ce qui n'est peut-être que la cendre d'un mécréant. Ainsi M. le baron Taylor a beau dire: «Mais j'arrive de Montereale, où l'on m'a envoyé, et je n'y ai pas trouvé le cœur saint Louis: donc il était à la Sainte-Chapelle.» M. Letronne, un peu plus logicien, n'admet pas cette conclusion comme très-rigoureuse, et répond: «Monsieur le baron, si vous ne l'avez, pas trouvé à Montereale, cela prouverait tout au plus qu'il n'y est pas, et rien de plus.» «Mais, dit M. le comte Horace de Vieilcastel, si l'on nommait une commission pour aller chercher le cœur de saint Louis dans les anciens inventaires de l'abbaye de Poissy? Poissy n'est pas si loin que Montereale, et une commission raisonnera mieux que M, Taylor.» «M. le comte, répond M. Letronne, ne dérangez, personne; l'abbaye de Poissy n'a jamais possédé que le cœur de Philippe le Bel, avec cette inscription; C'y deden (dedans) est le cœur du roi Philippe, qui fonda cette église, qui trépassa à Fontainebleau, la veille de saint André, 1314.» M. Letronne rapporte à cette occasion l'embarras où se trouvèrent des archéologues, dignes ancêtres du plus d'un de nos prétendus antiquaires, qui découvrirent dans l'église d'Avon, près de Fontainebleau, une autre inscription qu'ils lurent ainsi; Ici gist le kœur de notre sire le roi de France et de Navarre, et le kœur de Jehanne, reine de France, et de Navarre, qui trépassa, etc. Voyez-vous ces messieurs avec deux cœurs de Philippe le Bel sur les bras? Mais ils ne s'étaient pas aperçus qu'au lieu de kœur il fallait lire keux (queux); en sorte que la tombe était celle du cuisinier de Philippe le Bel et de la reine Jeanne, sa femme.
Presque tous les journaux viennent d'annoncer que le conseil municipal a décidé que tous les anciens ouvrages, mémoires, manuscrits, registres, collections, et surtout le Livre des Métiers, de Boyleau, relatifs à l'histoire, aux mœurs, aux usages, aux coutumes de la ville de Paris, seraient réimprimés aux frais du budget municipal. Nous croyons que cette annonce est plutôt une proposition faite au conseil, qu'une décision enregistrée. S'il agrée la proposition, qui est bonne en elle-même, et qui est peut-être, sous ce rapport, préférable au proposant, que nous n'avons pas l'honneur de connaître, il fera bien de ne confier le travail qu'à un paléographe sérieux. Celui-ci se fera un devoir de lui épargner les frais des réimpressions qui pourraient être inutiles et de le prévenir notamment que le livre d'Étienne Boyleau a été réimprimé en 1837 dans la Collection des documents inédits sur Histoire de France. Il est vrai qu'il y porte le titre de Règlements sur les arts et métiers de Paris au treizième siècle, et si M. l'aspirant paléographe du la ville ne lit pas plus loin que le titre d'un volume, l'erreur s'explique d'elle-même.
Le Patriote jurassien a rapporté l'anecdote suivante: «Louis-Denis-Catherin Grosset, né à Dole, le 25 décembre 1750, ancien administrateur, ancien président du tribunal de Lure (Haute-Saône), mort à Crisey, le 22 août 1817, avait eu dans sa jeunesse un goût très-vif pour faire des armes; aussi avait-il la réputation d'un bretteur. Un jour qu'il était à Auxonne, il se prit de querelle avec Bonaparte, et se battit en duel avec lui. Lorsque Bonaparte fut arrivé au pouvoir, Grosset lui demanda un emploi. Sa requête contenait un singulier passage; «Si tu ne me connais pas, tu te rappelleras du jeune Dolois qui t'a donné un coup d'épée sur le rempart d'Auxonne.» Bonaparte, au lieu de se fâcher, fit droit à la requête de Grosset, et le nomma procureur impérial à Béfort.»
Les deux fauteuils vacants de l'Académie Française sont toujours le point de mire d'une foule d'ambitions littéraires et autres. Casimir Delavigne avait eu pour prédécesseurs dans le sien Serizay, Pellisson, Fénelon, de Boze, Clermont, Du Belloy, Doras, Cambacérès et Ferrand. Quel sera son successeur? M. Vatout a, dit-on, ses raisons pour croire que ce ne sera ni M. Alfred de Vigny, ni M. Sainte-Beuve, ni aucun des concurrents de M. Saint-Marc-Girardin au fauteuil de M. Campenon.
Nous n'avons qu'une mort à enregistrer, c'est celle de Maria Stella, cette femme qui se disait la véritable fille du due d'Orléans, père du roi, et prétendait avoir été changée, au moment de sa naissance, contre celui-ci, qui avait reçu le jour d'un geôlier d'une ville d'Italie. Maria Stella publiait de fréquents mémoires pour revendiquer la succession qu'elle disait lui appartenir, il est probable qu'elle eût volontiers transigé sur ses droits; mais elle sera peut-être morte sans que l'idée lui en soit venue.
Ouverture des cours du Collège de France et de la Sorbonne.
L'ouverture des cours du Collège de France et de la Sorbonne est, chaque année, un événement pour la population studieuse du quartier latin et pour tous les lettrés de Paris, et la rentrée des professeurs aimés du public est impatiemment attendue par la foule de leurs auditeurs. Cette année surtout cette impatience se faisait encore plus vivement sentir que d'ordinaire: d'une part, les débats de l'Université et d'une partie du Clergé ont donné aux noms de MM. Michelet et Quinet une popularité qui leur assure un nombreux auditoire; d'autre part, le livre remarquable récemment publié par M. Saint-Marc-Girardin devait inspirer à chacun de ceux qui l'avaient eu le désir d'entendre le spirituel professeur continuer, dans sa chaire, ce brillant volume, qui n'est encore, pour ainsi dire, que la première pierre de l'édifice.