Nous ne garantirons pas le même bonheur au char de l'État espagnol, que la reine Isabelle, ou plutôt le général Narvaez, nous paraissent engager chaque jour dans une voie plus périlleuse. On fait revivre la loi de 1840 sur les municipalités, loi qui a achevé de dépopulariser la reine Christine, et dont la promulgation a amené la crise qui l'a fait sortir d'Espagne. On espère sans doute que ce qui a si fatalement porté malheur à la mère consolidera la fille.--Pour le royaume de toutes les Espagnes, où les choses et les hommes vont et se conduisent si inexplicablement, cela peut être au fait un raisonnement comme un autre.--Une capitulation provisoire a été arrêtée le 30 décembre entre le baron de Meer et Ameller pour la reddition du fort de Figuières. Un aide-de-camp du capitaine-général est parti pour aller la faire approuver à Madrid. La suspension provisoire d'hostilités était de dix jours.

Il y a peu d'entente en ce moment en Allemagne entre les sujets et leurs gouvernements. Une émeute vient d'éclater à Furth en Bavière. En Prusse les dispositions ne sont pas plus favorables. Jusqu'à présent on avait laissé aux journaux allemands assez de liberté sur les événements armés dans les pays étrangers, mais le cabinet prussien a pris à cet égard une résolution inattendue. Il vient d'être ordonné de ne plus donner de louanges à O'Connell. Plusieurs directeurs de journaux allemands avaient fait des arrangements pour être bien renseignés sur le procès qui va s'ouvrir à Dublin. Le gouvernement prussien se déclare contre les catholiques irlandais, par crainte de l'exemple qu'ils pourraient donner aux catholiques des provinces rhénanes.--Le roi de Hanovre poursuit sa tâche jusqu'aux conséquences les plus excessives. Par une ordonnance publiée, il y a quelques jours, il défend aux bibliothèques publiques et aux cabinets de lecture de tenir aucun livre s'il n'a été préalablement et de nouveau présenté à un censeur créé dans ce but. Les journaux littéraires de toute l'Allemagne seront également soumis à un censeur spécial. Il est défendu aux libraires de recueillir des souscriptions pour des livres populaires, bien que ces livres ne puissent paraître sans l' imprimatur des censeurs. Le roi anglais n'aime guère la littérature allemande, et il est plus que probable que ses censeurs feront éloigner des bibliothèques toutes les œuvres de Schiller, Goethe, Jean Paul, Lessing, Herder, Sehnbart, Ulric von Hotten, enfin tous les écrits qui porteront la moindre teinte de liberté et de nationalité.

Il règne à Athènes une grande agitation dans les esprits, et cette disposition a d'abord donné lieu à penser que le feu qui, le 19 décembre, a consumé en quelques heures l'hôtel des affaires étrangères, y avait été mis par la malveillance. Il est constant aujourd'hui qu'il a pris par hasard et que ce désastre ne se rattache pas par conséquent à la tentative criminelle d'incendie dont le palais de l'Assemblée nationale avait été lui-même l'objet dans la nuit du 11.

Les temps maudits paraissent être arrivés pour la gent animale. Nous avons parlé, il y a peu de temps, de ces repas de viande de cheval auxquels se livrent en grand nombre et avec grand appétit des gastronomes allemands pour lesquels nos pauvres coursiers vont devenir de la chair à pâté. Aujourd'hui, voilà les rats qu'un acte de société menace d'une destruction beaucoup plus complète que celle qu'ont jamais entreprise.

La nation des belettes,

Non plus que celle des Chats.

Une commandite vient de s'organiser pour cette grande œuvre. Voici un extrait de l'acte passé devant Me Baget, notaire à Nauphle-le-Château (Seine-et-Oise), le 17 décembre 1843, enregistré. «M. Charles-Adrien Paris, destructeur de rats, demeurant à Nauphle-le-Château, et M. Edmé Frégé, aussi destructeur de rats, demeurant à Paris, ont établi entre eux une société en nom collectif pour la destruction des rats et des souris, s'étendant à toute la France, La raison sociale est: Paris et Frégé, la durée est fixée à vingt ans, à compter du 17 décembre 1843. L'apport social est de 500,000 francs.» Ce n'est pas tout, et si M. le ministre des finances a pu récemment faire annoncer, par le discours de la couronne, que l'équilibre si désiré allait être rétabli dans nos limites, c'est, dit-on, aux dépens des chiens que ce problème, qui semblait et qui semble encore insoluble aux incrédules, aurait été trouvé. M. le ministre va, assure-t-on, au budget de 1844, proposer un impôt sur la race canine. Déjà, depuis longues années, plusieurs conseils généraux réclament à chaque session pour l'établissement de cette taxe. On se rendrait enfin à leurs instances, et le chien de l'aveugle, celui du berger et du garde-champêtre seraient seuls exempts. Les conseils de départements qui se sont occupés de cette question y ont vu non-seulement une source nouvelle du produits, mais aussi un moyen de rendre moins fréquents les cas d'hydrophobie; car cette maladie se manifeste le plus ordinairement chez les animaux errants et sans maître, ne trouvant et ne prenant qu'une nourriture insuffisante et insalubre. Or, comme il n'y aura plus que des chiens domiciliés et patentés, et que tous ceux qui ne seront pas en mesure de pouvoir représenter à la première réquisition leur quittance, du percepteur, pourront et devront même être abattus, les chances de rage se trouveront concentrées Entre les contribuables classe de chiens qui présentera des garanties. Une ordonnance du conseil provincial du Brabant, du 26 juillet 1837, a établi cet impôt dans une partie de la Belgique. Il est progressif d'après la race des quadrupèdes. Le lévrier paie 35 fr., ou, plus exactement, coûte 35 fr. par an à son maître; le chien de chasse, 5 fr.; le vulgaire de la race canine n'est imposé qu'à 2 fr.

Les statisticiens n'ont pas perdu leur temps; ils viennent de s'exercer sur les bagnes. Ils y ont trouvé, au 1er janvier 1843, 7,309 forçats, ce qui donne sur le 1er janvier 1842 un progrès croissant de 401 galériens. C'est fort consolant. Ces messieurs se trouvent classés par professions, et nous y trouvons 5 ecclésiastiques, 7 fonctionnaires publics, 6 notaires; ils sont partages en célibataires, en hommes mariés et en veufs, et le vox soli de l'Évangile se trouve justifié: le garçon y domine; ils sont rangés par nature de crimes, et c'est avec douleur qu'on en voit 5 figurer avec l'annotation suivante: crime politique; ils sont répartis par départements, et celui de la Seine y figure pour le plus fort du tous les contingents (199), comme celui des Basses-Alpes pour le plus faible (23). Enfin, ils sont divisés par religions, et MM. les statisticiens, après avoir attribué au catholicisme, au luthérianisme, au calvinisme, au judaïsme, au culte anglican, à celui de Mahomet et à la secte anabaptiste, ce qui revient à chacun dans cet honorable troupeau, déclarent qu'ils oui trouvé neuf forçats sans religion. Nous aurions cru, en vérité, qu'il y en avait un bien plus grand nombre.

La mémoire du Casimir Delavigne reçoit de tous côtés l'hommage qui est dû au talent élevé et à l'honorable caractère de ce poète national. Son jeune fils sera élevé, aux frais de l'État, au collège de Henri IV, et sa veuve vient d'être inscrite pour une somme annuelle de 3,000 francs sur les Fonds de pensions et d'encouragements littéraires des ministères de l'intérieur et de l'instruction publique. Toutes les fois qu'on accorde une de ces pensions qui honorent en même temps et celui qui l'a méritée et le ministre qui a la justice de récompenser le mérite, un donne à ces mesures la plus large publicité. N'est-ce pas, comme on l'a déjà dit, faire le procès aux pensions que l'on tient secrètes, et reconnaître qu'il serait mieux de supprimer ce qu'on trouve bon de cacher?--Le conseil municipal du Havre, ville natale de Casimir Delavigne, a décidé qu'une souscription y serait ouverte pour lui élever une statue. Il a été arrêté en même temps que le nom du poète serait donné à un des quais de ce port.--Enfin les comédiens français, réunis en assemblée générale, ont décidé que son buste, exécuté par un de nos premiers artistes, serait placé dans le foyer public du la comédie.

Les travaux de l'église de Saint-Denis seraient terminés depuis longtemps si l'on n'avait successivement à refaire toute la partie artistique de cette inintelligente restauration. Nous avons déjà eu à annoncer que le Comité Historique des Arts et Monuments avait obtenu tout récemment, par ses instances, que l'on enlevât les moustaches et la barbe en pierre que l'architecte restaurateur avait mise à une statue de Marie, qui occupe le tympan du grand portail. Aujourd'hui l'Univers réclame la rectification d'une erreur absolument différente, commise sur une autre statue de la même église. Dans la chapelle Saint-Eugène, sur le retable du quatorzième siècle qui domine l'autel, on voit Jésus crucifié entre sa mère et saint Jean l'évangéliste. On a fait de saint Jean, sainte Madeleine. Puisqu'on vient de faire droit à la réclamation relative à la vierge Marie convertie en homme, ou écoutera, il faut l'espérer, celle qui concerne un apôtre métamorphosé en femme. --Les archives et la bibliothèque de la ville de Cambrai ont déjà fourni aux Sulpiciens chargés de publier la dernière édition des œuvres de Fénelon des lettres et des documents inédits très-précieux; mais que communication récemment faite à la Commission historique du département du Nord annonce une correspondance volumineuse et inédite de cet auteur avec une princesse Albertine de Salin.