A onze heures et demie, un nouveau coup de baguette annonce la fin du repas; les hommes, qui, pendant toute sa durée, ont gardé le silence, se lèvent, sortent en ordre et vont au préau à la récréation; là encore ils sont suivis par ces conseillers muets qu'une bienveillante prévoyance a multipliés autour d'eux; des inscriptions ingénieusement choisies mettent sans cesse sous leurs yeux des avis résumés en phrases courtes et qui frappent l'esprit en se fixant dans la mémoire. Dans leurs ateliers, si un moment de découragement a ralenti leur ardeur, en levant la tête, ils ont lu:

LE TRAVAIL DU CORPS DÉLIVRE DES PEINES DE L'ESPRIT.

Dans ces inscriptions ils trouvent même une protection; si un maître d'atelier ou un surveillant oubliait les recommandations du règlement, l'ouvrier peut lui montrer sur la muraille:

REPRENDS TON PROCHAIN AVANT DE LE MENACER.

Dans les préaux, il n'a pas suffi de défendre les mauvais propos et les jeux de hasard; il a fallu mettre ces hommes en garde contre l'entraînement de la colère ou de leurs courts loisirs; ils lisent ici:

POINT DE PROBITÉ POSSIBLE AVEC LA PASSION DU JEU; ON COMMENCE PAR ÊTRE DUPE, ON FINIT PAR ÊTRE FRIPON.

et là:

DANS UN COEUR PERVERS, LA PASSION DU JEU MÈNE À L'ÉCHAFAUD: DANS UNE ÂME ENCORE HONNÊTE, ELLE CONDUIT AU SUICIDE.

Toutes ces pensées sont salutaires, utiles; mais nous ne pouvons nous refuser à en citer deux encore qui nous ont surtout frappé. En entrant au pénitencier, le condamné trouve sa sentence justifiée par la morale quand il aperçoit devant lui, dans la première cour, ces mots:

QUICONQUE ENFREINT LA LOI N'EST PAS DIGNE D'ÊTRE LIBRE.