Théâtres

THÉÂTRE-FRANÇAIS; Un Ménage parisien, comédie en cinq actes et en vers, de M. BAYARD.--VARIÉTÉS: Marjolaine.--VAUDEVILLE: Paris bloqué.

M. Bayard est un de nos producteurs dramatiques les plus féconds, et, comme on dit, un de nos vaudevillistes les plus distingués; mais enfin, jusqu'ici, M. Bayard n'avait obtenu que des succès de théâtres secondaires: le Gymnase, le Palais-Royal surtout, le théâtre des Variétés et le théâtre du Vaudeville avaient été ses seuls champs de bataille; deux ou trois comédies tentées à l'Odéon, il y a quelque quinze ou vingt ans, au début de le carrière de M. Bayard, ne peuvent être comptées que pour des coups d'essai. En revanche, M. Bayard occupe depuis longtemps toutes les avenues du Vaudeville: il y est un des plus heureux, et à part M. Scribe, qui les domine tous, il n'en est guère qu'on puisse lui comparer.

On se lasse de tout cependant, même de réussir toujours: M. Bayard, au rebours de la maxime de César, semble donc s'être lassé d'être le premier dans un village; voici qu'il tente de le devenir à Rome; ce n'est plus d'un vaudeville qu'il s'agit avec lui, mais d'une comédie en cinq actes et en vers. Le sujet en est grave, comme on va le voir, et tient par plus d'un côté aux intérêts moraux de la société et de la famille.

La comédie nous conduit d'abord chez M. et madame Vernange: M. Vernange est un homme honorable, jeune encore, spirituel, mais légèrement enclin à la dissipation et au plaisir; madame Vernange a toutes les qualités d'une amiable femme; veuve d'un premier mari, elle a épousé Vernange en secondes noces, du moins le monde le croit ainsi, et c'est là le point important de la comédie. Le fils du premier lit, Arthur, jeune officier de marine, est la joie et l'orgueil de sa mère; Vernange, tout beau-père qu'il est, a, de son côté, pour Arthur une véritable affection.

Les choses vont ainsi quand M. Bernais et sa sœur, mademoiselle Bernais, amis et voisin? des Vernange, viennent leur rendre visite: il s'agit d'un bal que Bernais donne le lendemain même; une querelle s'est élevée, au sujet de la liste des invitations, entre la vieille demoiselle Bernais et son respectable frère: mademoiselle, qui a des principes, ne vent pas inscrire sur cette liste une certaine dame Vernillac; monsieur insiste au contraire pour qu'elle soit invitée. Mais pourquoi n'inviterait-on pas madame Vernillac? C'est que l'union de madame Vernillac et de M. Vernillac est d'une légitimité plus que suspecte. «Qu'y manque-t-il? s'écrie Bernais.--Presque rien, réplique la sœur: l'église et la mairie!»

A ces mots Vernange se trouble, et madame Vernange pâlit. Quoi donc! seraient-ils tous deux dans une situation analogue? Précisément! Vernange et madame Vernange ne sont époux qu'aux yeux du monde; en réalité ils ne sont qu'amants. Nous allons indiquer les principales conséquences de cette situation équivoque.

Le bal de Bernais a lieu: on cause, on danse, on joue, on médit. Parmi les médisants se trouve un jeune homme qui a trouvé, dans une lettre tombée entre ses mains, le secret de Vernange et de sa maîtresse. Tout en raillant, à droite et à gauche, la vertu et l'honnêteté des assistants, il en vient à ce fait, que madame Vernange n'est pas madame Vernange. Arthur est là qui entend tout; Arthur, qui aime et vénère sa mère; Arthur, qui n'a jamais soupçonné la faute où un moment d'entraînement l'a conduite. «C'est une infâme imposture! s'écrie-t-il en s'adressant au conteur indiscret, une lâche calomnie, et vous m'en rendrez raison.--Soit! dit l'autre. A demain?--A demain,» répond Arthur.

Bientôt le bruit de cette querelle arrive aux oreilles de la mère; c'est Bernais qui la lui annonce. Jugez de ses terreurs. Quoi! son fils va se battre! «Vous empêcherez aisément ce malheur, dit le bonhomme Bernais.--Comment!--En prouvant à ce jeune étourdi qui vous a outragée qu'il s'est trompé, et que vous n'êtes pas ce qu'il pense.» Alors la pauvre femme est obligée de tout avouer, et de se confier à l'honnêteté de Bernais. Non, elle n'est pas la femme de Vernange: aveuglée par un penchant irrésistible, séduite par des promesses toujours différées, elle s'est mise dans cette situation coupable dont elle commence à comprendre tous les dangers.