«Connaissez-vous cet original qui chasse tout nu dans l'eau? dis-je au brave Germain, garde breveté de l'étang.
--Ah! ah! vous l'avez rencontré dans les joncs? Ce n'est Cas facile, je vous assure; il se cache comme un plongeon blessé.
--Si je ne l'avais pas vu, je ne pourrais pas croire que, par la gelée, un homme fît de pareils tours de force.
--C'est vrai. Quand je serais sûr de tuer tous les canards du monde, je ne voudrais pas imiter ce camarade-là.
--De quel pays est-il?
--De Versailles. Il chante à la cathédrale. Par le canal des curés il a obtenu la permission de chasser ici.»
Pendant que nous changions de linge et d'habits auprès d'un bon feu, nous vîmes arriver notre Fleuve. Il était proprement vêtu, gai, frais et dispos; il portait un ramier plein de canards, et sur ses épaules on en voyait encore une demi-douzaine qui n'avaient pas trouvé place dans le sac de cuir.
«Eh bien! lui dis-je, il paraît que la journée est bonne?
--Pas mauvaise; mais si vous ne m'aviez pas dérangé ce matin, j'aurais quatre ou cinq canards de plus. Avec votre maudit bateau, vous m'avez fait grand tort; c'est comme si vous m'aviez pris quatre ou cinq canards dans ma poche.
--Allons! allons! vous ne devez pas vous plaindre; car à vous seul vous avez tué plus que tous les autres chasseurs ensemble.