--Pardi! je crois bien; vous allez en bateau. Et pourquoi ne venez-vous pas en fiacre?
--Mais vous avouerez, mon cher, que peu d'hommes sont assez forts pour faire ce métier-là.
--Parce qu'ils ont peur, et voilà tout. Essayez, et vous ne vous en porterez que mieux. Tenez, dans ce moment, j'ai un appétit de loup. Allons, la fille, apporte-moi du pain, un gigot, du fromage, du vin, et du bon.
--Ce qui m'étonne, c'est qu'après cette immersion de sept heures, vous avez encore la voix claire.
--Et voilà le mal: car, entre nous, j'espérais gagner un bon rhume.
--A propos, vous me l'aviez déjà dit. Je serais curieux de savoir pourquoi vous désirez si fort un rhume. Bien des gens ne sont pas de votre avis, car lorsqu'ils en ont un, ils ne demandent qu'à s'en débarrasser.
--Parce que cela les gêne; mais moi, c'est tout le contraire; j'ai besoin d'un rhume dans ce moment, et je ne puis pas me le donner.
--Je ne comprends pas.
--Voici la chose: Je suis chantre de la cathédrale de Versailles; je chante les dessus, et c'est mal payé. A peine si je gagne pour acheter mon plomb et ma poudre. Heureusement que je tue assez de canards pour vivre. La basse-taille vient de mourir; j'ai demandé sa place, qui vaut trois fois plus que la mienne; mais le curé, mais l'évêque disent que j'ai la voix trop claire.
--J'y suis. Vous voulez vous enrhumer pour perdre votre voix de ténor.