Que quoiqu'une femme complotte,
Un mari ne doit dire mot.
Et qu'assez souvent la plus sotte
Est habile pour faire un sot.
T.
Histoire militaire des Éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns des plus célèbres faits d'armes de l'antiquité; par le chevalier P. Armandi, ancien colonel d'artillerie, 1 gros volume in-8. Paris, 1843. Amyot, 7 fr. 50,
Cet ouvrage, publié en français par un Italien, «fruit de quelques années de loisir passées sur une terre hospitalière, patrie commune des lettres, des sciences et des arts,» a pour but de remplir une lacune importante dans l'histoire de l'art militaire des anciens. Jusqu'à ce jour, en effet, des gens de guerre ou des érudits s'étaient occupés de la composition des troupes, des différentes manières dont on les rangeait en bataille, des armes, des machines, de la castramétation et de la poliorcétique, mais ils avaient complètement négligé l'emploi des éléphants dans les armées. Et cependant de l'époque d'Alexandre à celle de César, c'est-à-dire pendant les trois siècles de l'antiquité les plus féconds en grands événements, il s'est livré peu de batailles, dans les contrées qui entourent le bassin de la Méditerranée, où les éléphants n'aient exercé une grande influence, soit comme moyen de victoire, soit comme cause de revers. «Frappé de ces considérations, excité d'ailleurs par la richesse et par l'attrait du sujet, dit M. le chevalier Armandi, j'ai essayé de réparer cette omission de l'archéologie militaire. Malheureusement, les anciens écrivains didactiques dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, ayant vécu à une époque où l'on avait renoncé (en Occident du moins) à l'usage des éléphants de guerre, ne fournissent sur ce service que des notions de peu d'importance. C'était donc dans l'histoire même, et seulement là que je pouvais espérer de puiser les matériaux de mon travail. C'est là, en effet, que j'ai été les chercher. J'ai étudié avec attention toutes les expéditions militaires, soit de l'antiquité, soit du Moyen-Age, auxquelles les éléphants ont pris une part quelconque, et je suis parvenu ainsi à réunir les données fondamentales de mon sujet. Je me suis ensuite efforcé de compléter ces données, à l'aide de renseignements recueillis dans les poètes, dans les naturalistes, dans les polygraphes, ou tirés des inscriptions, des médailles et des autres monuments de l'antiquité. Ces traits épars et isolés, dont jusqu'ici on n'avait point cherché à tirer parti, m'ont été souvent du plus grand secours, soit pour comprendre les faits, soit pour donner de l'autorité à mes déductions.»
L'Histoire militaire des Éléphants se divise en trois livres, suivis d'appendices et de notes. Le premier chapitre du livre premier forme une espèce d'introduction. Avant de commencer leur histoire militaire, M. Armandi a voulu présenter à ses lecteurs un résumé des notions les plus importantes que nous possédons sur l'histoire naturelle des éléphants, sur leur instinct, sur leurs aptitudes et sur les moyens que l'on emploie pour les prendre et pour les apprivoiser. Ces renseignements préliminaires complètes, il nous donne, dans le chapitre suivant, quelques considérations sur l'état des éléphants dans l'Inde avant Alexandre. Les annales des peuples orientaux renferment un trop grand nombre de fables et de mensonges, pour qu'il soit possible d'y découvrir la vérité. C'est l'expédition du conquérant macédonien qui forme le véritable point de départ de l'histoire militaire des éléphants; car c'est le premier événement bien constaté où ces animaux se soient montrés sur un champ de bataille, c'est la première occasion qu'aient eue les Grecs de les connaître et de les combattre.
Les successeurs d' Alexandre introduisirent les éléphants dans le monde occidental. Les Vagides, et surtout les Séleucides, en comptèrent un nombre considérable dans leurs armées. Antipater amena en Grèce les premiers qu'on y vit; Pyrrhus en transporta une certaine quantité en Italie, et habitua ainsi les Romains à triompher de ces nouveaux adversaires, qui allaient jouer un rôle si important dans leur lutte avec Carthage. Les rois de Numidie se servirent des éléphants à l'imitation des Carthaginois. Juguetha opposa vainement ses éléphants aux légions de Metellus; Juba ne fut pas plus heureux dans l'essai qu'il fit des siens contre César; enfin, les Romains voulurent, à leur tour, suivre l'exemple de ces peuples; mais ils n'attachèrent jamais qu'une faible importance à leurs éléphants, et ils ne tardèrent pas à y renoncer. Tel est le résume succinct des faits principaux dont le premier livre contient le développement.
Le second livre est entièrement didactique. M. Armandi y expose les règles que les anciens ont suivies dans l'organisation des éléphants de guerre et les moyens qu'ils ont employés pour les dresser, les armer et les conduire à l'ennemi. Il tâche de déterminer, à l'aide des documents consignés dans le livre précédent, quelle était leur place dans les camps, dans les marches et dans les combats; comment on en tirait parti pour le passade des rivières, pour l'attaque des postes, et même pour les sièges, opérations auxquelles ils étaient moins étrangers qu'on ne serait tenté de le supposer; puis, après avoir traité des expédients offensifs et défensifs imaginés contre eux, il examine en dernier lieu si les inconvénients de leur service ne l'emportaient pas sur les avantages qu'on pouvait en espérer. Chacune de ces questions forme le sujet d'un chapitre.