L'emploi des éléphants avait été abandonné en Occident vers la fin de la république romaine. Pendant longtemps ces animaux ne servirent que pour les spectacles du Cirque et de l'Amphithéâtre. Ce ne fut que quelques siècles plus tard, pendant la longue et sanglante querelle qui s'éleva entre la Perse et l'empire, qu'on les vit reparaître sur les champs de bataille avec les armées des rois sassanides. Ils prirent, durant cette nouvelle période, une part importante aux sièges des places fortes de la Mésopotamie et de la Colclude. Dans les deux premiers chapitres du livre troisième, M. Armandi a donné un récit sommaire de ces événements, et les documents nouveaux qu'il y a puisés lui ont permis de compléter encore ces premières recherches. «Une fois arrivé à l'époque où l'islamisme fit invasion dans l'Asie centrale j'aurais pu regarder ma tâche comme terminée, du M. Armandi car après la chute de la dynastie de Sassan, il ne fut plus question d'éléphants de guerre, ni en Europe, ni en Afrique, ni dans toute la partie de l'Asie qui s'étend en deçà de l'Indus. Mais, pour n'être point sortis des limites que la nature leur avait assignées, ces animaux n'en continuèrent pas moins à figurer dans les guerres de l'Inde, et ils ne cessèrent d'y jouer un rôle considérable dans tous les événements militaires, jusqu'à ce que l'usage des armes à feu, devenu commun, même à l'extrémité de l'Asie, les bannit définitivement des champs de bataille. Quoique les guerres, de cette période n'ajoutent pas beaucoup de lumières à celles que j'ai pu tirer des périodes précédentes, j'ai pensé que le lecteur ne serait pas fâché d'en connaître les épisodes les plus remarquables, et j'ai consacré un dernier chapitre à les raconter.
Ces différentes époques de l'histoire des éléphants embrassent une succession de plus de vingt siècles. En les passant en revue, M. Armandi s'est efforcé de ne rien avancer qui ne fût fondé sur des autorités positives, et il s'est toujours fait une loi de citer celles sur lesquelles il s'est appuyé. En outre, à la suite du troisième livre, il a réuni, sous le titre général de notes et d'appendices, une certaine masse de renseignements qui n'auraient pu entrer dans son récit sans nuire à l'ensemble, et qui servent en quelque sorte de supplément au texte: tels sont, entre autres, une comparaison de la légion avec la phalange, des notices sur la force et sur la justesse des armes des anciens, sur l'emploi des chameaux dans la guerre, sur les découvertes des Lagides dans l'intérieur de l'Afrique, sur la quantité prodigieuse d'animaux sauvages exposés par les Romains dans leurs spectacles, etc.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres avait écouté avec le plus vif intérêt la lecture des principaux passages de ce curieux ouvrage; nous ne doutons pas que le public ne ratifie son jugement. L'Histoire des Éléphants a sa place marquée d'avance dans toutes les bibliothèques publiques et dans un grand nombre de bibliothèques particulières. L'éloge le plus flatteur que nous puissions adresser à M. Armandi, c'est qu'il a su,--chose rare,--faire livre qui, avant lui, était, et qui maintenant n'est plus à faire.
Les Césars; par M. le comte Fr. de Champagny.--4 vol. in-8º. Au Comptoir des Imprimeurs-Unis.
L'histoire romaine sera, dans tous les temps, l'étude des esprits sérieux et élevés. Rien, en effet, dans les annales du monde ne peut entrer en comparaison avec l'histoire de cet empire qui, durant mille ans dans sa force et mille ans dans sa décadence, prend dans l'étendue des temps comme un tiers par sa durée, et la première place par son importance.
Et cependant, cette étude admirable d'un peuple qui, laborieusement arrive à une grandeur inouïe, a laissé dans le monde des racines si profondes; et si vivaces que le christianisme s'est comme greffé, au point de vue humain, sur elles, et a bâti son édifice sur ses ruines; cette étude, disons-nous, est comme réservée à quelques âmes d'élite. Peu d'ouvrages d'une véritable valeur ont répondu à sa hauteur, et en France notamment au-dessous des excellents travaux de Rollin et de Lenain de Tillemont et des pages rapides et brillantes de Montesquieu et de Michelet, on ne voit plus qu'une foule inconnue d'abrégés vulgaires, de livres médiocres, de tableaux sans couleur et sans vie.
Ainsi, chose étrange! le livre si remarquable de M le comte de Champagny sur les Césars, est une œuvre nouvelle, sans précédent, sans modèle, sur une matière qui semblait devoir être épuisée.
Mais c'est surtout par sa forme, par son style, par sa pensée, que cette œuvre est neuve.
Suetone a laissé, dans les habitudes de l'esprit, l'idée que les douze premiers Césars forment dans l'histoire comme une partie séparée, complète, et désormais consacrée.
C'est là une de ces idées fausses qui ont cours et vie. Suetone, s'il eût vécu plus tard eût inventé les quinze ou les vingt Césars, et ce chiffre fût resté désormais immuable dans l'esprit sans critique du vulgaire.