Après avoir examiné attentivement les animaux admis au concours, le jury a décerné les primes pour la race bovine. Sur quinze bœufs présentés, huit ont été primés.
Le jury a déclaré qu'il n'y avait pas lieu à donner de prime; pour la seconde classe, attendu que le poids des animaux se trouvait au-dessous de celui fixé par le programme.
Indépendamment des primes, des médailles d'or et d'argent ont été également décernées, soit aux propriétaires des animaux, soit aux personnes qui les ont fait naître. Le jury s'est transporte sur le marché immédiatement après ce premier jugement, et a désigné pour le bœuf gras un bœuf de robe blanche, du poids de l,370 kilog., appartenant à M. Cornet, qui a été acheté par MM. Rolland, au prix de 4,000 fr.
Certes, nous avons vu là des animaux magnifiques, d'une taille énorme, parfaitement engraissés et faisant honneur à l'éleveur qui les fournit; mais, et c'est une chose assez pénible à dire, cela ne prouve presque rien en faveur de l'industrie agricole de la France, parce que ces bœufs de choix ne représentent jamais une race, mais un individu isolé, ayant acquis, par des circonstances particulières, de grandes dimensions.
Je ne prétends point, dans cet article, rehausser le mérite de l'agriculture anglaise aux dépens de la notre; je m'abstiens tout à fait de juger une question d'un si haut intérêt, et qui d'ailleurs enchaînerait à des discussions qui ne seraient point ici à leur place. Je me bornerai donc à citer quelques faits relatifs à l'éducation des animaux domestiques, et nos lecteurs en tireront les conséquences qu'ils jugeront à propos. Je ne puis cependant m'empêcher d'ajouter que la France, grâce à la fertilité de son sol, à son climat et à l'industrie de ses habitants, peut devenir le pays agricole le plus riche du monde, à partir du jour où notre législation voudra s'occuper sérieusement de l'agriculture.
Parmi tous les animaux domestiques, le bœuf commun (bos taurus Lin.), est sans contredit le plus utile, puisqu'à lui seul il peut suppléer à tous les autres. Il présente deux variétés très-tranchées, et chaque variété a fourni un certain nombre de races résultant du climat et de l'éducation.
La première variété est celle du zébu, appartenant à l'Asie et à l'Afrique. Elle se distingue de notre bœuf d'Europe à une ou deux loupes graisseuses, en forme de bosse, qu'elle a sur le garrot, et à sa taille généralement plus petite, quoique cependant le zébu de Madagascar, qui n'a qu'une bosse, atteigne souvent de très-grandes dimensions. Du reste, nous n'avons pas à nous en occuper ici.
La seconde variété est celle du bœuf d'Europe, et, quoi qu'on en dise, c'est la plus belle et la plus utile. Son histoire, qui serait fort difficile à faire, offrirait un grand intérêt, parce qu'elle ne serait réellement, si on la faisait bien, qu'un chapitre de l'histoire générale de l'industrie humaine. Après le mouton, il n'est pas un animal qui ait été autant travaillé par l'homme, et qui porte plus ostensiblement le sceau de son antique servitude. Les circonstances de sa domesticité ont également affecté son moral et son physique, en raison du but d'utilité qu'on s'est proposé de tirer de ce précieux animal. Pour que nous puissions juger en connaissance de cause des modifications que les Anglais ont fait éprouver à cette espèce, il faut d'abord que nous sachions ce qui constitue sa beauté, car, quoique l'on ne mette pas la même importance aux belles formes des bœufs qu'à celles des chevaux, elles doivent cependant être prises en considération, puisqu'elles décident des services que l'on peut en attendre.
Les bœufs les plus recherchés sont ceux qui ont la tête courte et ramassée; le front large; les oreilles grandes, bien velues et bien unies; les cornes fortes, luisantes et de moyenne grandeur; les yeux gros et noirs; le mufle gros et camus; les naseaux bien ouverts; les dents blanches et égales; les lèvres noires; le cou charnu, court et gros; les épaules grosses; la poitrine large; le fanon pendant sur les genoux: les reins larges; les flancs grands; les hanches longues; la croupe épaisse; les jambes et les cuisses grosses, courtes, nerveuses; le dos droit et plein; la queue descendant jusqu'à terre, et garnie de poils touffus, luisants et fins; les pieds fermes; le cuir épais et maniai le; les ongles courts et larges. On reconnaît qu'un bœuf est d'une mauvaise constitution à son poil hérissé, rude et terne.
Quant à la vache, il lui faut d'autres qualités: elle doit être, eu égard à sa race, d'un grand corsage. Elle doit avoir le ventre gros; l'espace compris entre la dernière fausse-côte et les os du bassin un peu long; le front large; les yeux noirs, ouverts et vifs; la tête ramassée; le poitrail et les épaules charnus; les jambes grosses et tendineuses; les cornes belles, polies et brunes; les oreilles velues; les mâchoires serrées; le fanon pendant; la queue longue et garnie de poils; la corne du pied petite et d'un bien jaune; les jambes courtes; le pis gros et grand; les mamelons ou trayons gros et longs.