La vache peut produire en deux ans, mais si l'on veut en obtenir de beaux extraits il ne faut lui donner le taureau qu'à trois.

Bakewell, Fowler, Pagel et Princeps, ces fameux éleveurs qui ont excité l'admiration de l'Angleterre en donnant naissance à plusieurs races nouvelles et précieuses, n'ont point employé d'autres procédés que ceux que l'on peut déduire de ce que nous venons de dire. Pour obtenir une race de bétail à cornes d'une grande valeur pour la boucherie, et chez laquelle la chair et la graisse fussent en plus forte proportion, relativement aux os, que chez les races ordinaires, ils choisissaient le taureau ou la vache de grande taille, à jambes courtes et fines et à tête petite. Les sujets qui naissaient de cet accouplement étaient accouplés eux-mêmes avec des individus chez lesquels ces caractères se remarquaient d'une manière éminente; dans le cas où ils n'en trouvaient pas de tels, ils accouplaient les génisses et les veaux avec leur père et mère, et par suite les frères avec les sœurs. Si le hasard venait à leur présenter un animal étranger qui se rapprochât davantage du type qu'ils avaient en vue, ils l'accouplaient avec celui de leurs sujets qu'ils regardaient comme le plus parfait. De cette manière, avec le soin d'apporter l'attention la plus scrupuleuse dans le choix des sujets, ils obtenaient, après plusieurs générations, une race que l'on pouvait regarder connue tout à fait nouvelle, puisqu'elle ne ressemblait qu'en partie aux animaux dont elle tirait son origine.

Une variété nouvellement importée, ou produite depuis peu par le croisement ou les moyens indiqués plus haut, se perdrait bientôt si on négligeait la précaution de la maintenir en choisissant toujours, pour la reproduction, les individus les plus parfaits de cette race. Tant qu'on ne possède qu'un petit nombre d'individus, l'accouplement doit avoir lieu, comme le disent les éleveurs anglais, breeding in and in, c'est-à-dire toujours dans le même sang, en alliant les animaux de la plus proche parenté.

On a prétendu que les descendants des animaux produits par un accouplement entre pioches parents dégénéraient, c'est-à-dire perdaient les qualités distinctives de leur race. Je ne discuterai point cette opinion, mais quant à l'espèce du bœuf en particulier, elle ne me paraît qu'une hypothèse basée sur des observations vicieuses et incomplètes; l'expérience ne l'a jamais confirmée, et elle est en opposition avec un grand nombre de faits positifs. Nous pouvons montrer, par un exemple remarquable, la vérité de cette assertion. Au grand meeting de Derby en 1843, M. W. Barnard, Esq., présenta un taureau dont nous donnons ici le portrait scrupuleusement exact.

Ce bel animal, qui est devenu un véritable type de race, provient cependant de celle du Northumberland ou dutch breed des Anglais, sans croisement et par l'alliance de la plus proche parenté.

Aux méthodes que nous venons de décrire pour perfectionner leurs variétés de bestiaux, les Anglais joignent quelques soins particuliers que nous allons rapidement esquisser, et sans lesquels tous les autres moyens seraient superflus.

Taureau à cornes courtes, ou short horned bull.

Pendant la gestation, on ne fait travailler les vaches à aucuns travaux, on les traite doucement, et l'on évite de les laisser courir, sauter des fossés ou des haies; on les préserve du froid et des grandes pluies, et on les nourrit plus abondamment que de coutume. Le sol de l'écurie où elles reposent est horizontal et non incliné du côté de la croupe, ou, s'il l'est un peu pour favoriser l'écoulement des urines, on tient la litière plus haute de ce côté que de celui du train de devant; on donne de l'air à leur étable pour qu'elle ne soit pas trop chaude; elle doit être propre, sèche, bien aérée, au moyen de croisées que l'on tient ouvertes pendant la nuit en été. Quelques éleveurs parquent leurs vaches, portières et laitières, et les laissent dans le parc jour et nuit pendant toute la belle saison; mais il faut qu'il y ait des arbres pour les garantir des rayons du soleil, et de l'eau où elles puissent aller boire. Quelquefois, faute d'arbres, on leur élève un hangar ouvert à tous vents, et qui sert non-seulement à leur donner de l'ombrage, mais encore à les préserver de la pluie. Jamais ces animaux ne sont conduits dans des pâturages trop humides ou marécageux, et, si la nourriture qu'elles y trouvent est trop peu abondante, on y supplée chaque soir au moyen d'une ration de trèfle, de luzerne, de turneps, etc. Pendant l'hiver, on leur donne à l'écurie, outre du foin, du son, de la luzerne sèche ou du sainfoin. Enfin, en les faisant entrer et sortir de l'étable, on a soin qu'elles ne se froissent pas les unes les autres. Par ces moyens on prévient toujours l'avortement, et le fœtus prend un beau développement dans le sein de sa mère. En France, on est dans l'usage de traire une vache jusqu'à ce que son lait soit épuisé, ou on ne cesse de la traire que quinze jours avant qu'elle mette bas; en Angleterre on cesse trois mois avant, et on le fait peu à peu pour ne pas lui occasionner des engorgements.