Ici Jacques Ferrand joue une de ces horribles scènes d'hypocrisie auxquelles il est habitué: il prête cinq cents francs à Morel. Le brave homme! s'écrie-t-on. Oui, mais, attendez: Morel a signé une obligation à trois mois déchéance; dans trois mois il ne paiera pas, et Jacques te philanthrope le fera mettre en prison. N'a-t-il pas besoin de se défaire de ce pauvre Morel, qui a, sans le savoir, entre les mains, la preuve, d'un assassinat autrefois commis par Penaud.

En public, Jacques Ferrand joue admirablement l'homme de bien, mais, seul, il jette le masque. Voyez-le comptant son or d'un œil cupide et sanglant; entendez-le raillant ses victimes et supputent les épouvantables bénéfices que lui rapportent ses crimes: puis, quand il a enfoui sa cassette, Jacques reprend son air bénin, sa voix de sainte nitouche, et fait venir Fleur-de-Marie. Mais comme sa voix tremble! comme la passion perce sous ce masque d'hypocrisie! Fleur-de-Marie commence à éprouver de funestes pressentiments! Il ne faut rien moins qu'une seconde intervention du Chourineur et de Rodolphe pour la sauver encore de la concupiscence de Jacques et de la férocité du Maître-d'École.

Pénétrez maintenant dans cette épouvantable mansarde. Une femme livide, des enfants malades, une folle, un malheureux désespéré; c'est l'intérieur de la famille Morel. Germain, le bon Germain, apporte mille francs à cette misère pour l'arracher aux poursuites des huissiers. Le protêt, en effet, vient disputer à cette famille affamée ce grabat qui lui reste et ce dernier morceau du pain. Le protêt, c'est Jacques Ferrand qui l'envoie; et quand Germain offre ses mille francs, «Monsieur, je vous arrête, dit Jacques Ferrand; vous avez volé cela dans ma caisse!» Germain proteste de son innocence, Rigolette défend Germain, Morel se désespère; mais qu'importe! on traîne Morel et Germain en prison, et Jacques Ferrand, profilant de ce désordre, fait disparaître cette preuve d'un de ses forfaits qu'il poursuivait dans Morel.

Ainsi le drame s'engage dans tous les noirs mystères, dans toutes les douleurs, dans tous les crimes du roman.

Fleur-de-Marie, sauvée par Rodolphe, s'est retirée à la campagne dans un pays charmant; là elle est heureuse, là elle recouvre la santé et la paix de l'âme. Les beaux sites, ces vertes pelouses la ravissent; tout le monde l'aime, tout le monde la bénit, tout le momie la respecte. C'est un ange, dit-on, mais le Maître-d'École et Jacques Ferrand ne sont-ils pas toujours sur ses traces? Le Maître-d'École la retrouve, l'épie et n'attend que l'heure de la ressaisir; c'est peu! La pauvre Fleur-de-Marie est reconnue par une fermière dont le mari a été assassiné dans la rue aux Fèves; elle a vu Fleur-de-Marie parmi les bandits et la croit leur complice. «La voilà! s'écrie t-elle, c'est la Goualeuse!» Et Fleur-de-Marie est chassée honteusement par ces honnêtes villageois qui tout à l'heure l'adoraient et la bénissaient.

Elle s'enfuit; le Maître-d'École, qui la guette, la happe au passage. L'infortunée retombe entre ses horribles mains; et d'ailleurs Jacques Ferrand n'est pas loin. O Rodolphe! ô mon brave Chourineur! que faites-vous? Venez, il est temps; venez au secours de Fleur-de-Marie!

Rodolphe ne vient pas, et le Chourineur est en prison. Le brave homme s'est fait mettre à la Force pour un crime imaginaire, afin de veiller sur le malheureux Germain. Ceci nous procure l'occasion d'assister à un intérieur de prison: les visages féroces et repoussants, la violence, le crime, les haillons, les sombres et sanguinaires complots, rien n'y manque. Le Chourineur arrive à temps, en effet, pour sauver Germain de la fureur de ces horribles bandits qui veulent le tuer, attendu son honnêteté et son innocence; c'est un espion, pensent-ils. Sans le Chourineur, c'en serait fait de Germain; mais notre brave terrasse les plus vigoureux et fait peur aux plus hardis. Après quoi, on nous donne le spectacle d'une évasion de prisonniers; le Maître-d'École, qui s'est laissé prendre, est du nombre.

Fleur-de-Marie; Rodolphe: Rigolette:
mademoiselle Grave. M. Clarence mademoiselle Amant.