11e et dernier Tableau.--La Patte-d'Oie.
Le Chourineur sera-t-il rôti? Non pas: nous le retrouvons à la Patte-d'Oie, debout et ferme sur ses jarrets, attendant le passage de Rodolphe, qu'il veut sauver du poignard du Maître-d'École, et Ferrand, qu'il surveille pour le livrer à la justice; les gendarmes sont avertis et sur leurs gardes.
Tandis que tous ces événements s'accomplissaient, le prince Rodolphe retrouvait dans Fleur-de-Marie la fille qu'il avait perdue et qu'il croyait morte; maintenant le bonheur commence pour Fleur-de-Marie; elle a un père, un bon et généreux père! Et sa mère, l'ambitieuse Sarah Mac-Grégor? Sa mère vient d'expirer en demandant pardon au prince et à Fleur-de-Marie, que cette marâtre avait abandonnée; le poignard du Maître-d'École a mis fin à la vie et aux remords de Sarah.
Mais revenons à la Patte-d'Oie, c'est là que le drame se dénoue. Nous avons encore à louer ici un admirable décor de M. Philastre et Cambon, dignes associés de M. Devoir; une forêt, des allées à perte de vue, de longues haies d'arbres se perdant à l'horizon, un ciel chargé d'azur et de nuages légers; l'effet est superbe et au-dessus de toute idée.
Jacques Ferrand et le Maître-d'École arrivent avec leurs complices; alors se passe une terrible scène; le Maître-d'École demande à Ferrand la moitié du trésor qu'il a enfoui dans la forêt; Ferrand refuse; furieux, le Maître-d'École l'entraîne dans une sombre cabane: on entend un cri; Ferrand sort à tâtons, et les yeux sanglants; le Maître-d'École l'a privé de la vue: il a appliqué à Ferrand le châtiment de l'aveuglement qu'il subit lui-même dans le roman de M. Sue. Dans cette atroce situation, le malheureux Ferrand gémit, se désespère, s'agenouille, demande pardon à Dieu; cependant, le Chourineur et les gendarmes le saisissent, lui, le Maître-d'École et les autres assassins, tandis que Fleur-de-Marie et Rodolphe passent dans une élégante calèche, escortés de Rigolette, de Germain, de Morel, et de tous les heureux qu'ils ont faits et qui les bénissent.
Tel est à peu près ce drame; nous disons à peu près, car il est impossible d'entrer dans tous les détails de cette monstrueuse pièce, dont la représentation a duré six heures. Maintenant qu'en dire? Que les auteurs ont besoin d'ôter le superflu des premiers actes, et que cette sage opération faite, les Mystères de Paris obtiendront, à la Porte-Saint-Martin, une longue vogue de curiosité due à la popularité du livre, à la singularité du drame, aux terreurs qu'il excite, à la magnificence des décors, qui sont d'une grande hardiesse, d'une grande nouveauté, et enfin, au talent de Frédéric Lemaître. N'oublions pas mademoiselle Grave, Rancourt, Clarence et Eugène Grailly.
Académie des Sciences.
COMPTE RENDU DES SECOND ET TROISIÈME TRIMESTRES DE 1843.
(Voir t. I, p. 247, 254, 258; t. II, p. 182, 198 et 346.)