--Comment? demanda Juanita.
--Ne faisiez-vous pas à l'instant l'éloge des aventuriers et des corsaires? ne parliez-vous pas avec enthousiasme, il n'y a pas une heure, des exploits des frères de la Côte? n'avez-vous pas soupiré en disant: «Ah! si les Castillans d'aujourd'hui étaient gens de cœur, ils prendraient leur revanche, et ce serait leur tour d'écumer la mer aux dépens des ennemis!» Ces paroles, je vous jure, n'ont pas été perdues.
--Sérieusement? reprit la jeune fille d'un air moqueur.
--Sérieusement, Juana, comme je vous aime de l'amour le plus passionné!
--Silence donc! vous dépassez toutes les bornes ce soir; si vous continuez, je ne danserai plus avec vous.
--Mille pardons, senorita, poursuivit l'enseigne d'un ton dégagé; ne prenez pas votre mine boudeuse, vous savez que j'en raffole. Pour peu une vous fronciez encore ce sourcil de madone, il n'y a pas d'extravagances que je ne fasse... dût le seigneur don Barzon me couper en quatre quartiers comme une pastèque!
--Vous êtes bien toujours le même, répliqua la rieuse jeune fille en levant sur l'alférez ses grands yeux noirs; vous plaisantez quand vous devriez être confus et repentant.
--En âme et conscience, si nous n'étions pas entourés de monde, je me jetterais à vos pieds, j'implorerais à genoux mon pardon en portant à mes lèvres cette jolie main que vous n'osez me retirer, car c'est à nous d'aller en avant. Et, ma foi! j'aimerais encore mieux cette altitude que celle dont il faut bien me contenter à présent.
--C'en est trop! taisez-vous! je l'ordonne!
--Quand je serai capitaine corsaire, vous serez, j'espère, moins cruelle envers votre esclave.