G. DE LA LANDELLE.

(La suite à un prochain numéro.)

De la Chasse et du Braconnage.

Que de choses ont existé autrefois, et ne vivent plus pour ainsi dire aujourd'hui que dans les souvenirs du l'histoire! Grâce à la mode, qui les a quelquefois été chercher dans les limbes où elles étaient ensevelies, et couvertes de son éphémère protection, quelques unes ont surnagé: d'autres, moins favorisées, ont disparu... sans retour peut-être.

Au nombre de ces dernières il nous faut compter la chasse. La véritable chasse est passée à l'état de mythe; quelques esprits même la regardent comme un anachronisme au sein de notre société. Enfin le chasseur, comme une foule d'individualités plus ou moins célèbres, et qui ont eu leur époque de gloire et d'illustration, le chasseur, lui aussi, a disparu.

Mais comme au fond rien ne périt dans ce monde, le chasseur a été remplacé par qui? par le braconnier.

Le braconnier occupe dans notre hiérarchie sociale une place éminemment respectable, en effet, il n'a su rien moins qu'élever un délit à l'état d'industrie, on pourrait même dire de monopole, car, la plupart du temps, il n'y a de gibier que pour lui. Personne, du reste, ne connaît mieux que lui, dans un canton, l'existence de tous les terriers, ne sait mieux reconnaître le passage d'un lièvre; il sait à point nommé où remise telle compagnie de perdrix. C'est un homme universel; en fait de topographie, il n'y a pas d'ingénieur du cadastre ou d'arpenteur juré qui soit capable de lutter avec lui.

Le soir, vous le voyez dans le cabaret du village, causant de la pluie et du beau temps, se plaignant de ses fatigues et annonçant à haute voix qu'il va retourner se reposer à son logis. Mais n'en croyez rien: il sait que dans une heure la lune va se lever; aussi il arrange son fusil, fait sa provision et, quelques instants après, vous pouvez le voir se glisser derrière les habitations; il se dirige vers les bois qui sont à peu de distance du village, et là il attend, caché dans un fourré, au bord d'une allée ou d'une petite clairière, que quelque imprudent lapin vienne y prendre ses ébats et se placer au bout de son fusil. La proximité de sa proie et la clarté de la lune, qui, dans l'intervalle, s'est levée, et lui vient en aide, lui permettant d'ajuster avec certitude. Aussi lut arrive-t-il rarement de manquer son coup; plus d'un lapin périt ainsi victime du sa jeunesse et de son imprévoyance.

L'affût.