M Cousin, présentant le livre du M. Franck à l'Académie des Sciences morales et politiques, disait: «C'est un travail entièrement nouveau. II n'existe en Europe aucun ouvrage sur la Kabbale qui soit digne de faire autorité en France; on n'avait rien écrit jusqu'alors sur cette mystérieuse philosophie. L'un des premiers historiens de la philosophie, Tennemann, faute de connaître les langues hébraïques et syriaques, a été obligé de s'en rapporter à des renseignements quelque peu infidèles M. Franck, qui est israélite, et à qui ces deux langues sont parfaitement familières, a pu étudier dans ces sources le système métaphysique désigné sous le nom de Kabbale...»
L'ouvrage le plus important qui ait été écrit sur la Kabbale, avant celui de M. Franck, la Cabala denudata du baron de Rosenroth, était une œuvre respectable par les travaux et les fatigues qu'elle avait coûtées, utile par les renseignements qu'elle présente, mais bien imparfaite encore. L'auteur se bornait à établir les principes de la doctrine; mais la Kabbale et ses livres ayant été, jusqu'à nos jours, chargés de commentaires, et d'amplifications souvent confondus avec des doctrines étrangères, et enfin faussement interprétés par les dystiques religieux, il y avait à faire un travail d'éclaircissement que la critique encore n'avait point entrepris. On chercherait vainement dans les historiens de la philosophie, Brucker, Tennemann et les autres, des données plus exactes et plus complètes que celles du baron Rosenroth.
Il faut donc reconnaître que, sur ce point obscur et intéressant de l'histoire de la pensée philosophique, il existait une grande lacune, et nous devons remercier M. Franck de l'avoir si bien comblée. Cette sûreté de méthode et de critique, cette clarté et cette régularité d'exposition qu'on chercherait en vain dans tous les travaux qu'a déjà suscités la Kabbale, se rencontrent ici au plus haut degré. M. Franck a puisé aux sources les plus pures, et il examine en détail les deux livres, qui sont les monuments les plus authentiques de la Kabbale, c'est-à-dire le Sepher ietzirah (livre de la Genèse) et le Zohar la lumière. Après avoir discuté l'authenticité de ces livres, l'auteur nous en donne de longues et lumineuses analyses, et, par là, nous fait connaître la doctrine kabbalistique dans tout ce qu'elle a d'essentiel et d'original.--Telles sont les parties les plus importantes du travail de M. Franck. Mais le savant historien ne s'est pas borné là: à ces deux premières parties, il en a ajouté une troisième sur l'origine et l'influence de la Kabbale aux diverses époques qu'elle a traversées. Nous y trouvons cette doctrine comparée successivement aux systèmes antérieurs et contemporains qui ont avec elle quelques points communs; d'abord la religion des Chaldéens et des Perses, puis la philosophie de Platon, celle des alexandrins, et enfin les doctrines religieuses du christianisme.
«Donc d'un esprit éminemment critique, d'une grande intelligence dans les matières de philosophie, M. Franck a pu discuter l'authenticité des pages qu'il déchiffrât, rechercher l'origine des opinions dont il s'est fait l'interprète, et en apprécier la valeur philosophique.» Nous n'ajouterons rien à cet éloge que M. Cousin a donné à l'auteur du livre sur la Kabbale. M. Franck ne pouvait en espérer un qui fût plus flatteur pour son livre et pour lui.
L'Académie des Sciences morales et politiques avait entendu déjà, sous la forme de mémoire, les deux premières parties du travail de M. Franck. Elle avait donc pu apprécier par elle-même la valeur et la science de l'auteur; et, lorsqu'une place s'est trouvée vacante dans son sein, elle a fait un acte de justice en y appelant M Franck, dont la réputation de savant est déjà populaire, et dont le nom va s'attacher à l'importante publication de l'Histoire des Sciences philosophiques. O.G.
Les Duranti par M. LEROYER DE CHANTEPIE. 2 vol. in-8.
Hippolyte Souverain, éditeur, rue des Beaux-Arts, 5.
Le titre de ces volumes n'indique pas ce qu'ils contiennent. Les Duranti sont un petit roman qui n'occupe que la moitié du tome premier. Cinq autres nouvelles complètent les deux volumes; en voici les titres: Zinetta, Karl Sand, les Deux Sœurs, Leona, Rose et Gatien. On ne sait pas le motif qui a pu engager l'auteur à dissimuler la variété de cette publication, à moins qu'il n'attache à ce titre de Duranti une valeur commerciale supérieure à celle des titres que nous venons de citer. C'est un calcul bien profond; nous avons aujourd'hui des libraires qui feraient des hommes d'état incomparables. Il serait à souhaiter que toute cette habileté ne se dépensât point uniquement à composer deux volumes de romans variés, n'ayant aucun rapport entre eux, sous un titre aussi piquant que Les Duranti. Un peu de cette habileté ménagée pour la surveillance de leurs épreuves et la correction des bévues grammaticales des imprimeurs au rabais qui fabriquent des livres aux environs de Paris, serait un service à rendre aux auteurs et au public, même à ce public peu grammairien qui s'abonne aux cabinets de lecture. L'auteur des deux volumes que nous annonçons ne peut être rendu responsable des fautes qui déparent son ouvrage. Ce n'est pas lui, assurément, qui écrit tant qu'à, au lieu de quant à. Son style est correct et annonce un écrivain qui sait sa langue, comme ses nouvelles attestent en lui de l'invention, de l'esprit, et tout ce qui donne de l'intérêt à ce genre de composition, si abondant et à la fois si stérile dans le temps présent.O.
Le Journal des Économistes, revue mensuelle de l'économie publique des questions agricoles, manufacturières et commerciales. 3e année, n. I.--Paris, décembre 1843. Guillemin, 30 fr. par un.
Le Journal des Économistes commence sa troisième année avec le mois de décembre 1843. Le nouveau recueil mensuel a tenu les promesses, de l'introduction de son premier numéro. Il s'est mêlé à toutes les discussions des questions agricoles, manufacturières et commerciales qui ont agité le pays et les chambres; il a pris un rang distingué dans la presse parisienne. Le numéro de décembre, 1er de la 3e année, contenant outre une introduction, un bulletin économique, un bulletin bibliographique, et une revue des travaux de l'Académie des Sciences morales et politiques, les articles suivants. Formation d'un projet de loi relatif aux brevets d'invention, par M. Renouard..............