Descente de la Courtille.

Puisque Carême vient de naître, il est clair que Carnaval est trépassé. Le père n'a jamais pu vivre avec le fils. Et, en effet, Carnaval n'est plus, voici qu'on le fait porter en terre, non pas comme feu M. de Marlborough, «par quatre-z-officiers,» mais accompagné d'un cortège digne du défunt, et tout à fait de circonstance.

Un Sergent de Ville le
mercredi des cendres.

Le Mardi gras est couché sur le dos, comme il convient à un mort; on a eu soin de le revêtir de tous ses insignes, ordres de toute espèce et décorations. Tandis que le pauvre hère, tout à l'heure si tapageur et si bon vivant, garde cette position immobile, on voit à droite le Mercredi descendre de son échelle; Mercredi ne se décide pas à cet exercice sans quelque hésitation; il a peur du Mardi gras, tout mort qu'il paraît être; tels les héritiers du grand Alexandre ne pouvaient approcher de ses restes sans pâlir. Le Temps, qui n'entend pas raison sur cette question et veut que ses affaires marchent, le Temps pousse très-positivement Mercredi par derrière pour lui donner de l'audace et l'obliger à sauter le pas.

Mercredi mène à sa suite le cortège ordinaire et la cour de sa très-pâle et très-étique majesté Carême: poissons de mer et d'eau douce, œufs frais, panais, carottes, choux, salades, oignons, épinards, chicorées, toute l'insipide nation des légumes. Un peu plus loin, le dieu Mars survient absolument comme mars en carême.

L'Ami Carême, fils posthume
de Mardi Gras

L'apparition du Mercredi des cendres et la mort du Mardi gras produisent des émotions diverses: chacun, selon ses intérêts, fête l'avènement de l'un ou regrette le trépas de l'autre. Les sergents de ville, ces martyrs du carnaval, saluent avec joie l'arrivée de Mercredi, comme le signal du repos et de la délivrance; cependant au son de la cloche que Mercredi fait résonner dans ses mains, les débardeurs, effrayés, sentant leur fin prochaine, se dispersent avec effroi; c'est pour eux le tintement du jugement dernier. Quelques intrépides s'efforcent de faire bonne contenance et de défendre pied à pied l'empire du Mardi gras; ils forment un bataillon sacré et luttent jusqu'à la dernière extrémité, menaçant Mercredi du geste et de la parole. Vain courage! héroïsme inutile! qui peut arrêter le Temps? Mardi n'est plus; Mercredi s'empare invariablement de son domaine et règne à sa place, en attendant que Jeudi le détrône à son tour, et ainsi de suite jusqu'à la fin du monde et des calendriers.