Enterrement du Carnaval.
Ce personnage qui pleure à chaudes larmes sent bien que le mal est irrémédiable; c'est un garçon de café-restaurant: il est plus particulièrement frappé que d'autres par la mort du Mardi gras. Que de petits soupers il y perd, et que de pourboires! aussi voyez ses yeux se fondre en eau; est-il une plus belle oraison funèbre? et que ce Mardi gras est heureux d'ètre si tendrement regretté!--De profundis! de la part du petit Carême, fils de Mardi gras, qu'on élève secrètement au champagne-Darbo pour le fortifier et en faire le Mardi gras de l'année 1845.
Adieu, cher lecteur, et au revoir; j'espère que tu vas passer ton carême honnêtement et que tu rachèteras tes péchés petits ou gros du carnaval dernier.
Théâtre royal de l'Opéra-Comique.
CAGLIOSTRO, OPÉRA-COMIQUE EN TROIS ACTES, PAROLES DE MM. SCRIBE ET DE SAINT-GEORGES, MUSIQUE DE M. ADOLPHE ADAM.
On connaît l'histoire du grand Cagliostro, soi-disant fils d'un grand maître de Malte, élevé secrètement en Arabie par le sage Althotas, initié aux sciences occultes dans les pyramides d'Égypte, lequel prédisait l'avenir, guérissait toutes les maladies, prolongeait la vie indéfiniment et évoquait les morts. Le plus merveilleux n'est pas qu'un homme ait imaginé toutes ces absurdités, c'est qu'il soit parvenu à les faire croire, et cela à Paris, au dix-huitième siècle, vingt-cinq ans après la publication de l'Encyclopédie, huit ans après la mort de Voltaire, quatre ans avant la convocation des États-Généraux, qui furent l'Assemblée nationale. Et qui avait-il pour adeptes? des couturières, des blanchisseuses? Non pas, s'il vous plaît, mais de belles dames et de grands seigneurs, et à leur tête un archevêque, prince de l'Église, et longtemps ambassadeur du roi Très-Chrétien, le cardinal de Rohan!
Ce héros singulier vient d'avoir son tour auprès de la muse de M. Scribe, muse, comme on sait, d'humeur facile, et incapable de rebuter qui que ce soit.
M. Scribe a mis sur le théâtre le personnage, mais non son histoire, ou du moins aucun acte qui nous soit positivement connu. Mais si Cagliostro n'a pas fait ce que M. Scribe lui prête, du moins il a pu le faire. Que peut-on exiger de plus du drame en général et de l'opéra-comique en particulier?