Opéra-Comique: Cagliostro 3e acte, scène du magnétisme.--Madame Anna Thillon, Corilla; madame Boulanger, la marquise Pottier, Cecilli; M. Chollet, Cagliostro; M. Henri, Caracoli; M. Mocker, le chevalier.
Au moment où commence la pièce, toutes les imaginations sont frappées des prodiges accomplis par Cagliostro, Paris et Versailles ont à la fois les yeux sur lui, et les journaux sont pleins de récits merveilleux dont il est le héros.
Parmi les personnes qui croient Cagliostro sur parole, il faut mettre en première ligne un prince bavarois tout récemment débarqué à Paris, et une certaine marquise de Volmérange, femme jadis à la mode, qui doit avoir été charmante du temps du cardinal de Fleury, et qui, j'en suis sûr, n'était pas encore trop mal en point sous le règne de madame la marquise de Pompadour. Elle a vu longtemps à ses pieds,--c'est elle qui le dit,--le roi Louis XV et toute sa cour; mais tout est bien changé depuis le nouveau règne. Ses beaux jours sont passés, ses honneurs sont détruits. Comment les faire renaître? comment remonter le cours des années? comment effacer les fâcheuses traces que cet insolent vieillard qu'on nomme le Temps a imprimées sur son visage? Assurément il faut toute la science et tout le pouvoir d'un Cagliostro pour cela.
Le Bavarois n'est guère moins embarrassé: il est amoureux, cet infortuné prince, amoureux d'une cantatrice appelée Corilla, artiste célèbre, qui, depuis trois ans, occupe tous les dilettanti et tous les badauds de l'Italie. Mais il a eu beau lui peindre sa passion dans les termes les plus pathétiques, et joindre à l'offre de sa fortune celle de sa main, il n'a pu rien obtenir, Corilla lui rit au nez toutes les fois qu'il entame le chapitre de son amour.--C'est donc une étrange bégueule, dites-vous, que cette Corilla?--Point du tout, lecteur; attendez la fin de mon récit, et ne faites pas de jugement téméraire.
«Monsieur le comte, dit le prince au charlatan, ne pourriez-vous me donner quelque secret, quelque philtre pour me faire aimer d'une cruelle?» Cagliostro, qui a vu jouer le Philtre à l'Académie royale de Musique, et qui sait son Scribe par cœur, répond sans hésiter:
--Dans notre état, nous en tenons beaucoup.
--Il serait vrai?
--Chaque jour j'en compose, car on en demande partout.
--Et vous en vendez?
--Oui.