M. Michelet a, qu'on nous permette cette expression, les défauts de ses qualités: il est parfois trop savant, trop poète et trop philosophe. Ici, il donne une importance exagérée à des détails qu'il devrait, sinon ignorer, du moins négliger; là, son esprit aventureux l'emporte hors des bornes de la raison et du bon goût; plus loin, il se laisse entraîner, par son désir de tout expliquer, dans d'incompréhensibles rêveries. Du reste, si bizarres que soient ses pensées, quelque forme étrange qu'elle revêtent, il ne cesse jamais de tenir son lecteur sous le charme fascinateur de son génie. On critique, mais on admire ces écarts extraordinaires qui dénotent un esprit vigoureux, doué des plus éminentes facultés. L'éloge suit toujours le blâme, et, la lecture achevée, le sentiment qu'elle ne peut manquer de faire naître est une admiration passionnée.

Le volume que vient de publier M. Michelet,--Louis XI et Charles le Téméraire,--le tome sixième de cette grande histoire de France en douze volumes qu'il a entreprise et qu'il terminera bientôt, nous semble d'ailleurs supérieur encore à ceux qui l'ont précédé. Parvenu à une époque mieux connue, M. Michelet ne peut plus se livrer aussi souvent à sa malheureuse passion pour les symboles; force lui est de croire à des faits dont l'authenticité ne saurait être sérieusement révoquée en doute. Le poète le plus hardi n'osera jamais métamorphoser en mythes Louis XI et Charles le Téméraire. Le style est aussi plus grave, plus égal, moins saccadé. Bien que certains chapitres y occupent peut-être une trop grande place, l'ensemble de ce volume paraît plus complet et mieux proportionné.

Cette lutte terrible de la royauté et de la féodalité, représentée, l'une par Louis XI, et l'autre par Charles le Téméraire, M. Michelet l'a admirablement comprise et racontée. On la lit, depuis l'avènement de Louis XI jusqu'à sa mort, avec tout l'intérêt d'un des plus beaux chefs-d'œuvre de Walter Scott. Que de péripéties imprévues et sanglantes viennent chaque année en retarder le dénoûment fatal! D'abord la Ligue du Bien public. Cette contre-révolution Féodale qui s'oppose à la révolution royale; puis la guerre des Roses, le sac de Dinant, l'entrevue de Péronne, la destruction de Liège, les exécutions de Jacques d'Armagnac, de Saint-Pol et de Nemours, l'empoisonnement du duc de Guienne, les sièges de Beauvais et «de Neuss, la descente anglaise, les batailles de Granson, de Morat et de Nancy, le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d'Autriche... M. Michelet résume, ainsi le dénoûment de ce grand drame:

«Tout allait bien pour Louis XI, il était comblé de la fortune; seulement il mourait. Il le voyait, et il semble qu'il se soit inquiété du jugement de l'avenir. Il se fit apporter les chroniques de Saint-Denis, les voulut lire, et sans doute y trouva peu de chose. Le moine chroniqueur pouvait encore moins que le roi, distinguer, parmi tant d'événements, les résultats du règne, ce qui en resterait.

«Une chose restait d'abord, et fort mauvaise, c'est que Louis VI, sans être pire que la plupart des rois de cette triste époque, avait porté une plus grave atteinte à la moralité du temps. Pourquoi? il réussit. On oublia ses longues humiliations, on se souvint des succès qui finirent; on confondit l'astuce et la sagesse. Il en resta pour longtemps l'admiration de la ruse et la religion du succès.

«Un autre mal très-grave, et qui faussa l'histoire, c'est que la féodalité, périssant sous une telle main, eut l'air de périr victime d'un guet-apens. Le dernier de chaque maison resta le bon duc, le bon Comte. La féodalité, ce Vieux tyran caduc, gagna fort à mourir de la main d'un tyran.

«Sous ce règne, il faut le dire, le royaume, jusque-là tout ouvert, acquit ses indispensables barrières, sa ceinture de Picardie, Bourgogne et Roussillon, Maine et Anjou. Il se ferma pour la première fois, et la paix perpétuelle fut fondée pour les provinces du centre.»

En mettant en vente ce sixième volume, l'éditeur des ouvrages de M. annonce que les tome VII et VI sont sous presse et qu'ils paraîtront prochainement.

M. J.

Encyclopédie des Chemins de Fer et des machines à vapeur, à l'usage des praticiens et des gens du monde; par Félix TOURNEUX, ingénieur, ancien élève de l'École Polytechnique. I vol--1844. Jules Renouard.