Le titre d'encyclopédie, dans le sens académique du mot, est trop général pour l'ouvrage de M Félix Tourneux; aussi l'a-t-il restreint en indiquant qu'il ne traitait que des chemins de fer et des machines à vapeur. Acceptons-le donc dans ses limites, et voyons comment M. Tourneux s'est tiré de la tache immense s'était imposée. On n'attend pas de nous une analyse de cet ouvrage. En effet, si quelque chose se refuse à l'analyse, c'est un livre de cette forme, un dictionnaire où l'on peut aller chercher l'explication du terme qui embarrasse, du phénomène dont on ne s'explique pas les causes.
Les deux plus grandes inventions industrielles des temps modernes sont sans contredit la machine à vapeur comme agent, et la locomotion rapide comme effet. De la première datent les grands progrès dans toutes les branches manufacturières, dans l'exploitation des mines, dans l'alimentation et l'assainissement des villes. Les chemins de fer, qui ne sont encore qu'à leur aurore, ont déjà réalisé des merveilles, et l'esprit se perd à suivre jusque dans leurs dernières conséquences les résultats probables de leur emploi. Il était donc important de fixer dès à présent l'état de la science, de poser pour ainsi dire un jalon qui pût, par la suite, servir de terme de comparaison pour constater le progrès et l'amélioration. D'ailleurs, dans notre temps de paix, la langue industrielle, la langue des travaux publics doit être à la portée de tous, et rien ne pouvait être plus utile, pour la vulgariser, qu'un livre qui en donnât les éléments, et permît à chacun et à tous d'employer les termes propres en connaissance de cause. Vous dire si l'ouvrage est complet nous paraît impossible: l'auteur doit le savoir mieux que nous, et probablement il prépare déjà les matériaux d'une édition plus complète, si tant est qu'il ait omis quelque chose. Ce que nous pouvons dire, c'est que nous nous sommes imposé la tache de trouver l'auteur en défaut, que nous avons cherché tous les mots de la langue des travaux publics qui nous sont venus à l'esprit et toujours nous avons trouvé le mot cherché, et, avec ce mot, une explication claire, succincte et complète; une explication telle qu'aux praticiens elle rappelle en quelques lignes les notions qui peuvent les intéresser, et qu'aux gens du monde elle donne la définition limpide d'un terme technique trop souvent inintelligible pour eux, et la solution qu'ils auraient en vain cherchée ailleurs.
Vous ne pouvons mieux terminer qu'en transcrivant ce que dit l'auteur lui-même de l'esprit qui l'a guidé dans la rédaction de son livre: «L'auteur est du nombre de ceux qui pensent que jamais, et sur quoi que ce soit, l'humanité ne donnera son dernier mot. Peut-être la machine à vapeur et les chemins de fer ont-ils tracé à l'industrie une voie dans laquelle elle demeurera longtemps. Peut-être, au contraire, doivent-ils céder la place à d'autres agents de production et de mouvements plus énergiques encore inconnus à cette heure. Quel que soit leur avenir, ils auront contribué pour une forte part au progrès de la puissance morale et matérielle de l'homme dans la génération présente; ils auront été une manifestation nouvelle de la faculté que Dieu a mise en nous de développer et d'étendre à notre profit les œuvres, immortelles de sa création.»
P. T.
La France statistique; par M. Alfred LEGOYT, sous-chef du bureau de statistique au ministère de l'intérieur.--I vol. in-8. Guillaumin.
L'ouvrage qui fait l'objet de cet article se recommande principalement par son utilité pratique. «Les documents officiels, s'est dit l'auteur, ne reçoivent qu'une publicité très-restreinte, et souvent même ne sortent pas de l'administration qui les a recueillis. D'un autre côté, on ne saurait les étudier avec succès, sans avoir sur les matières qu'ils embrassent des connaissances préliminaires assez étendues; quelquefois ils laissent à désirer pour l'ordre et la clarté; enfin, ils ne se relient point entre eux, parce qu'ils ne sont pas le fruit d'une pensée commune et unitaire. Un livre qui présenterait une analyse suffisamment détaillée de ces documents, qui les disposerait méthodiquement et! les développerait par un texte explicatif et supplétif, ce livre rendrait certainement un service signalé à l'économiste, au publiciste, à l'homme politique et à l'administrateur.»
Tel est le but que s'est proposé M. Legoyt.
Son livre est divise en deux parties: les tableaux et le texte. Les tableaux, au nombre de vingt environ, embrassent tous les documents qui composent la statistique générale du royaume. Voici l'analyse succincte des plus importants:
1° Population du royaume d'après le recensement de 1811. Ce tableau comprend le chiffre des habitants par département, leur subdivision par sexe et par état civil et leur répartition en agglomérés et non agglomérés. Ces deux derniers renseignements sont complètement inédits. Tout en se référant au dénombrement de 1811, comme le plus récent, M. Legoyt émet des doutes qui nous paraissent fondés sur la sincérité des résultats qu'il a produits. On se rappelle, en effet, que cette importante mesure partagea la défaveur dont fut frappé, à tort ou à raison, le recensement prescrit par le ministère des finances. Il est certain, en effet, que l'augmentation de population constatée em 1811 est inférieure à celle qui a été constatée en 1826, 1834, 1836; et rien ne saurait justifier, dans l'état de paix et de prospérité où se trouve le pays, ce temps d'arrêt dans le mouvement de sa population, même en tenant compte des émigrations pour l'Algérie et l'Amérique du Sud, pertes largement compensées par de nombreuses immigrations d'étrangers venant apporter leurs capitaux, leurs bras et leur industrie en France.
2º Mouvement de la population. Naissances, décès, mariages. Naissances.--Sous ce titre. M. Legoyt donne le nombre moyen annuel des naissances légitimes, naturelles, la proportion de ces deux catégories de naissances pour 1,000 habitants, le rapport des sexes, et le chiffre des enfants trouvés et abandonnés. Ses calculs ont été faits sur la période décennale de 1831 à 1840.