De cette situation prolongée il est résulté que, tandis que l'Université se bornait à élever quelques collèges communaux au titre de collège royal, il s'est formé à côté d'elle une sorte d'Université ecclésiastique, jouissant du privilège de ne pas payer le droit universitaire, auquel les élèves des collèges, internes et externes, sont tous tenus, et multipliant ses établissements grâce à cet avantage et à son activité. Il n'y a aujourd'hui, en France, que 46 collèges royaux et 312 collèges communaux, tandis que l'on compte 1,137 établissements particuliers et séminaires indépendants de l'Université. Les établissements de l'Université ne sont fréquentés que par 45,581 élèves, sur lesquels 25,000 sont externes, et soumis pour l'éducation morale à toute l'influence de la famille. Les établissements particuliers, au contraire, comptent 63,000 élèves.
On comprend que si la liberté de l'enseignement eût été réglementée en 1830, aussitôt que le principe fut proclamé, l'enseignement ecclésiastique, qui était à cette époque renfermé dans les limites tracées par les ordonnances de 1828, se fût montré de facile composition pour un état de choses qui serait venu rendre plus favorable sa situation. Mais quatorze années se sont passées depuis lors, quatorze aimées durant lesquelles la liberté promise par la Charte a été à peu près accordée dans le fait à cette nature d'établissements, et accordée par l'État, gardant pour les siens toute la charge dont il exemptait ses rivaux; le point de départ n'est plus le même, et les exigences ont changé comme lui.
Les prétentions aujourd'hui sont celles-ci:
Une partie du clergé, en demandant pour les établissements qu'il a fondés, et pour ceux qu'il serait maître de fonder encore, une complète liberté, semble vouloir se réserver une sorte de censure sur les établissements universitaires, en en retirant ou en y laissant à son gré les aumôniers.
Une autre partie se borne à réclamer la liberté, mais la liberté entière, c'est-à-dire le droit d'élever non-seulement les jeunes gens qui se destinent au culte, mais tous ceux qu'elle amènerait les parents à lui confier, et sans que ces jeunes gens, pour être reçus bacheliers ès-lettres, fussent tenus, comme le prescrivent les ordonnances de 1828, de se soumettre aux études et aux examens selon les règlements de l'Université.
L'opinion la plus générale demande au gouvernement de fixer les conditions auxquelles toute personne les remplissant pourra ouvrir un établissement d'éducation, mais de traiter chacun également, de n'accorder de privilège particulier et d'exemption de faveur à personne. De ce côté on est tout disposé à reconnaître l'action supérieure et la surveillance constante de l'État; on ne prétend point qu'elle ne doive s'exercer sur les maisons d'éducation que comme celle de la police s'exerce sur les lieux publics; on reconnaît qu'il est du droit, du devoir du gouvernement d'exiger des garanties particulières des établissements où se forment de jeunes citoyens, les intérêts de l'État et ceux des pères de famille ne sauraient, aux yeux des hommes éclairés et de bonne foi, être des intérêts opposés. On ne demande pas qu'on soumette les écoles ecclésiastiques à la rétribution universitaire, mais qu'on exempte toutes les institutions de cet impôt fort malentendu, fort lourd, et arbitrairement assis. On ne demande pas que les grades ne soient pas délivrés par l'État, et qu'il ne soit pas appelé à juger, par l'intervention de ses fonctionnaires, de la capacité de ceux qui se présentent pour les obtenir, mais que ce soit lui, désintéressé dans la question d'amour-propre, et non des hommes que leur situation de rivalité rend juges et parties, qui reconnaisse et proclame la capacité; en un mot, que le grand-maître de l'Université et le ministre de l'instruction publique soient deux fonctionnaires distincts, l'un dirigeant, sous les ordres de ce dernier, les établissements dont l'État aura pris le patronage spécial, et où il placera ses boursiers; l'autre surveillant et gouvernant tous les établissements, qu'ils dépendent de l'Université ou qu'ils soient dirigés par les hommes qui les auront ouverts à leur compte, après avoir rempli les formalités voulues et satisfait aux conditions imposées.
Voilà les exigences, les prétentions et les demandes en présence desquelles se trouve M. Villemain. Comment y a-t-il répondu, et quelle transaction a-t-il su trouver? C'est ce qui demandera de notre part ou de celle de l'historien de la Semaine un examen à part, et quelques développements nouveaux, quand le projet présenté arrivera à la discussion définitive, car nous ne sommes pas de ceux qui pensent que ce projet n'a été porté d'abord à Chambre des Pairs que pour qu'il ne revint pas, en temps utile, à la Chambre de Députés, et pour qu'une solution, difficile sans doute, se trouvât encore une fois différé. Mais, aujourd'hui, nous ne nous sommes proposé que d'exposer la question. Une autre fois nous examinerons de quelle façon on entreprend de la trancher.
Le Vésuve.
Nous empruntons à un ouvrage qui paraîtra prochainement quelques détails curieux sur le Vésuve. Quoique le sujet ait fourni la matière de beaucoup de volumes, chaque nouveau récit présente encore de l'intérêt, surtout quand il contient, comme les extraits suivants, les impressions et les expériences de deux savants tels que les docteurs Magendie et Constantin James, auxquels nous devons cette communication.
«Depuis le bas de la montagne jusqu'à l'Ermitage, les substances qui proviennent de la décomposition des cendres vomies par le cratère recouvrent la lave d'un terreau extrêmement fertile. C'est là qu'on récolte le fameux vin de Lacryma-Christi. Triste fécondité cependant que celle qui est achetée au prix d'incessantes alarmes!