Au centre est la bouche du cratère. Celle-ci n'occupe pas la partie la plus déclive de l'excavation, mais au contraire le sommet tronqué d'un cône qui se dresse comme une île au milieu de la lave, et dont la formation est facile à comprendre.
«Supposons une surface plane percée d'un trou. Des pierres sortent de ce trou par jets alternatifs et retombent les unes dans le trou, les autres autour. Ces dernières, s'entassant graduellement, finissent par figurer un cône ou pyramide, dont le conduit central se continue avec le trou d'émission. Vous diriez presque d'un tuyau de cheminée. Telle est, sur une plus grande échelle, la manière dont se forme et s'accroît la pyramide du volcan.
«En effet, le sommet de cette pyramide vomit des matières incandescentes. Des matières retombent les unes perpendiculairement dans la bombe du cratère, les autres sur son pourtour, d'autres enfin roulent jusqu'à la base ou bondissent, en se brisant sur les arêtes de la pyramide. A mesure qu'elles se refroidissent, elles passent par diverses nuances de coloration, dont on n'apprécie bien la teinte que pendant la nuit.
«Ces éruptions se succèdent toutes les huit ou dix secondes. Elles sont précédées d'un murmure profond, et la bouche du volcan paraît embrassée. Puis on entend une explosion pareille à un coup de pistolet, à un coup de canon ou même au roulement de la foudre. C'est la lave qui jaillit. La hauteur du jet dépasse rarement trente ou quarante pieds. Court moment de silence; puis un pétillement sec, à grains nombreux et gros, indique que la lave retombe en pluie sur la pyramide.
«La quantité et le volume des matières lancées ainsi par chaque éruption sont très-variables. Tantôt il n'y a que quelques scories de la grosseur du poing; d'autres fois, des fragments de roches fondues en nombre considérable.
«Je ne suis encore qu'à la moitié de mes explorations. Il s'agit maintenant de descendre dans le cratère.
«Il n'y a pas de chemin tracé. Les parois du cratère me rappelaient assez ces grandes falaises qui bordent le rivage de certaines côtes, excepte qu'au lieu d'être taillées à pic, elles représentent un plan incliné dont la surface est inégalement onduleuse. La pente est trop rapide pour qu'on puisse, suivre une ligne directe. Je marchais donc en biaisant, tantôt à droite, tantôt à gauche, revenant souvent sur mes pas, en un mot obéissant à tous les caprices du terrain. Le guide allait devant moi, sondant avec son bâton les endroits suspects. On ne peut pas se traîner sur les genoux, ni se cramponner avec les mains, car le sol n'est formé que de cendres et de roches brûlantes. Des roches sont de nature sulfureuse. Elles offrent, suivant leur degré plus ou moins avancé de combustion, toutes les nuances possibles de couleur, depuis le jaune safrané jusqu'au jaune paille.
«On rencontre à chaque pas des fumaroles. Ce sont autant de bouches de vapeur dont les émanations, semblables à celles du soufre qui brûle, provoquent la toux et oppressent. La température de ces fumaroles est d'environ 60 degrés. Quand on plonge le thermomètre dans les points d'où la fumée s'échappe, le mercure monte rapidement jusqu'à 90 et 95 degrés. Il faut retirer l'instrument, de peur que le tube n'éclate.
«J'arrive ainsi non sans peine, jusqu'au fond du cratère. Il est six heures. Nous avions mis près de quarante minutes à descendre.
«Pour bien comprendre l'endroit où je pose actuellement le pied, qu'on se figure un cirque, et au milieu de l'arène une pyramide. Il règne un espace libre entre la base de la pyramide et les premiers gradins du cirque. Or, c'est dans cet espace que me voici parvenu. La cheminée, du cratère représente la pyramide de l'arène, et le pourtour des parois les gradins du cirque.