Bride du Dromadaire.
Il existe deux variétés de dromadaires; les uns, très-grands, très-gros, très-forts à la marche pesante, sont destinés exclusivement au transport des marchandises; les autres, moins grands, de forme moins épaisse, sveltes et élancés, sont extrêmement agiles et servent spécialement de monture. Ils sont, à l'égard des premiers, comme des chevaux de selle auprès des chevaux de trait. Les dromadaires de la grosse espèce portent des poids énormes et jusqu'à cinq ou six cents kilogrammes. Comme ils sont très-hauts, ils sont dressés à s'accroupir pour recevoir les charges énormes que l'on met sur leur dos. Ce sont ceux que l'on a appelés avec raison les vaisseaux du désert, et qui le traversent avec les caravanes où on les compte souvent par centaines. Les seconds ne portent que les hommes; ils sont également dressés à s'accroupir sur les genoux, lorsqu'on veut les monter; le cavalier se place alors sur une espèce de bât creusé vers le milieu, et garni à chacun des arçons d'un morceau de bois arrondi, planté verticalement, qu'il saisit fortement avec les mains pour se tenir.
Les dromadaires ne sont pas conduits par le mors. Dans les villes, on leur passe aux narines, partie chez eux fort sensible, un anneau auquel on attache un bridon. Dans le désert, on se contente de les retenir par un licou, et on les frappe avec un kourbach (fouet) du côté où on veut les faire avancer. Leur plus grand mérite est d'avoir un trot allongé et doux. Leur allure pourtant, très-fatigante pour ceux qui n'y sont pas accoutumés, produit sur le cavalier l'effet du roulis.
Manœuvres de Dromadaires
Déjà, dans la célèbre expédition d'Égypte, les dromadaires furent enrégimentés avec succès. Les Arabes bédouins inquiétaient les derrières de l'armée, venaient jusque dans les faubourgs du Caire commettre des vols et des assassinats, et parvenaient presque toujours, grâce à la vitesse supérieure de leurs chevaux, à échapper aux poursuites de la cavalerie française. Le général Bonaparte, voulant mettre un terme à ces incursions, ordonna, par un arrêté du 9 janvier 1799, la formation d'un régiment de dromadaires, composé de deux escadrons à quatre compagnies de soixante hommes. Chaque dromadaire portait des vivres et de l'eau pour cinq ou six jours; il était monté par deux hommes places dos à dos et armés d'un fusil de dragon avec baïonnette et d'un sabre de hussard. Les officiers avaient des pistolets, et ils étaient munis de boussoles pour se diriger dans le désert. L'uniforme, dessiné par Kléber dans le goût oriental, était très-brillant. Lorsque, dans les engagements qui avaient lieu autour du Caire, une tribu arabe était parvenue à échapper à la cavalerie européenne, on dirigeait sur ses traces un détachement du corps des dromadaires, et il était rare qu'il ne parvint pas à l'atteindre. Les chameaux fléchissant alors le genou, les cavaliers descendaient avec leurs armes, entravaient leurs moulures, les pelotonnaient toutes ensemble, en laissant au milieu un espace vide pour placer quelques hommes chargés de les défendre; puis le reste, manœuvrant en dehors de ce groupe, engageait l'action avec les Arabes, déjà découragés par cette attaque inattendue, et ne tardant pas à les vaincre.
Au mois d'août 1843, M. le chef de bataillon Carluccia, du 33e de ligne, a obtenu, sur sa demande, du gouverneur-général, l'autorisation d'organiser à la Maison-Carrée un escadron de cent dromadaires, avec deux ceins hommes d'élite du 33e de ligne et du 6e bataillon de chasseurs d'Orléans. Il y a ainsi deux hommes pour un dromadaire: un seul monte, un autre conduit; ils se relayent à chaque halte; tous deux peuvent monter au besoin. C'est sur l'arriére du bât que le cavalier est assis; le devant est occupé par les deux sacs des soldats, par deux outres contenant de quatre à cinq litres d'eau chaque, ainsi que par un grand sac en toile renfermant pour un mois de vivres des deux soldats en biscuit, sel, sucre, café et riz.
Le bât se maintient au moyen d'une corde fortement sanglée. A l'extrémité d'une des traverses du bât, à laquelle s'attachent les bagages ci-dessus mentionnés, vient s'enrouler une double corde que traversent deux étriers en bois. Le cavalier est, de cette manière, libre de mettre ses pieds à la position qui lui convient le mieux, et de se servir des étriers pour monter et descendre.
Le licol est à la fois simple et ingénieux. Au moyen de deux anneaux fixés en dessus et en dessous du museau, on fait passer en sens contraire une double corde attachée à l'anneau supérieur. A l'aide de ces brides, on maîtrise le dromadaire le plus méchant et le plus rétif.
Le soldat monte habituellement sur le dromadaire en faisant agenouiller sa monture et en lui mettant le pied sur une des jambes de devant; pour descendre, il passe les deux jambes du même côté, et se laisse glisser au commandement à terre!