Se tenir au courant de tout ce qui arrive dans le monde, chercher à prévoir tout ce qui doit arriver, faire concourir au but commun, pour la plus grande satisfaction des lecteurs, des activités diverses éparpillées aux quatre coins de la grande ville, telle est la tâche des membres du comité de rédaction, sorte d'aréopage qui siège en permanence, et devant lequel viennent se faire juger des articles sur toutes sortes de sujets, des nouvelles, des romans, des dessins, des gravures, des romances, etc.; ne me demandez pas leurs noms, ils persistent à rester cachés, comme on dit, sous le voile de l'anonyme. Dans les journaux politiques, dans les revues, ils ont le droit d'être des illustrations, mais ici ils sont l'Illustration..

Don Graviel l'Alferez.--Fantaisie maritime

(Suite.--Voir t. II, p. 393 et 406.)

III.

Cinquante déserteurs de la Santa-Fé, vingt négriers, restant de l'équipage du Caprichoso; le contre-maître Brimbollio, maître de manoeuvre; le garde-marine Fernando Riballosa, lieutenant, et l'enseigne de frégate don Graviel Badajoz, capitaine; en tout soixante-treize combattants, plus un cuisinier noir et quelques mousses, telle était la composition du personnel du brick-goélette contre lequel le gouverneur de la Havane déployait maintenant toutes ses forces de terre et de mer. L'on trouvera naturel que nous omettions dona Juanita de las Ermaduras, toujours renfermée dans la chambre d'honneur, tremblante, éplorée, en proie aux plus cruelles appréhensions.

La canonnière que Fernando maintenait au bout de sa ligne de mire coupait la route au Caprichoso.

«Capitaine, faut-il faire feu? demanda le pointeur.

--Garde-t'en bien, malheureux! répondit Graviel; s'il est nécessaire d'en venir là, ce qu'à Dieu ne plaise! au moins laissons-les commencer.

--Décidément, murmura le lieutenant, il veut nous voir une corde en cravate! Il serait si facile, avec une bonne décharge à mitraille, de balayer le pont de cette barque du diable!»

Attendu ses desseins ultérieurs, l'enseigne désirait vivement de ne pas livrer combat à ses compatriotes. Mais la canonnière rapprochait le brick acculé contre terre; elle se trouva bientôt à demi-portée de pistolet par bâbord devant. Déjà l'on distinguait les voix du capitaine Bertuzzi et de don Antonio Barzon, tous deux au comble de l'exaspération: l'un courait après son navire, l'autre après sa fille. Le premier avait été trouvé dans la chaloupe, on l'avait démarré, dégarrotté et débâillonné, ce qui lui permettait de gesticuler et de crier à son aise; il abusait de la permission. Le second, qui ne tempêtait pas moins, s'était jeté à bord de la canonnière avec sa garde et ses aides de camp. Tous les négriers débarqués du Caprichoso se trouvaient sur le même bâtiment; les bandits brûlaient de se venger, c'était à qui armerait les avirons, ils faisaient rage.