Atelier des Graveurs de l'Illustration pendant le jour.

La gravure en relief a sur la gravure en taille-douce l'immense avantage de pouvoir se tirer en même temps et de la même manière que des caractères d'imprimerie, mais, pour en obtenir un pareil résultat, il est nécessaire de lui faire subir préalablement une assez longue préparation: d'abord, on met à un niveau parfait les gravures et les caractères, puis on procède à la mise en train proprement dite. Cette opération préliminaire est plus importante qu'on ne le croit en général, car de sa mise en train dépend entièrement l'effet d'une gravure: le chef-d'oeuvre de MM. Andrew, Best et Leloir, mal tiré, serait regardé, même par les connaisseurs, comme l'ébauche grossière d'un inhabile apprenti.

Le graveur sur bois n'a pas les mêmes ressources que le graveur sur cuivre; il ne produit, à l'aide de son burin, que des blancs et des noirs uniformes; des demi-teintes, il n'en peut pas faire. Pour donner une certaine couleur à une gravure sur bois, il faut absolument teinter à divers degrés les parties noires, c'est le travail du metteur en train, travail long et difficile. Le metteur en train tire, sur un carton léger, une épreuve de la gravure qu'il s'agit d'imprimer: puis, à l'aide d'un instrument tranchant, il enlève sur ce carton les parties de la gravure qui ne doivent pas être complètement noires; plus des teintes vont s'affaiblissant, plus il creuse profondément. Cette espèce de découpage ou de gravure achevée, le carton est collé solidement à la partie de la mécanique qui presse la feuille de papier sur les formes composées des gravures et des caractères d'imprimerie. Dès lors on conçoit aisément qu'une gravure correspondant exactement à son carton découpé recevra une pression plus ou moins forte, et par conséquent se colorera de teintes plus ou moins vives, selon que le carton a été plus ou moins profondément entaillé. Souvent ce premier travail ne suffit pas; il faut, pendant plusieurs heures, coller des morceaux de papier sur les parties du carton qui ne sont pas assez saillantes, et creuser encore celles qui le sont trop.

Atelier des Graveurs de l'Illustration pendant la nuit.

Cependant la mise en train est terminée, les dernières corrections sont faites: à un signal donné, la mécanique se met en mouvement, et à chaque tour de roue un numéro de l'Illustration vient de lui-même se placer tout imprimé entre les deux cylindres. Cette belle et curieuse machine, dont nous vous donnerons un jour un portrait ressemblant, fait à elle seule plus de besogne que vingt hommes. Sans elle, tous les abonnés actuels de l'Illustration ne pourraient pas être servis dans la même journée, et que deviendrions-nous dans quelques mois? Elle imprime 600 numéros par heure, et huit ouvriers ne pourraient, dans le même espace de temps, en imprimer, à la presse à la main, que 200.

Au fur et à mesure qu'ils sont imprimés, les numéros (le samedi matin) sont transportés dans l'atelier des brocheurs, ou plus de cinquante personnes sont occupées à les plier, à les mettre sous bande. De là les uns partent pour la poste, les autres sont immédiatement enlevés par les porteurs chargés de les remettre dans Paris à leurs souscripteurs. Un certain nombre revient rue de Seine, nº 33, au bureau d'abonnement, où ils se vendent séparément, par collections mensuelles ou en volumes. Puis, imprimeurs, brocheurs, porteurs, etc., se reposent pendant quelques jours de leurs fatigues ou passent à d'autres exercices en attendant que le numéro suivant réclame l'emploi de leur temps.

Seuls, le comité de rédaction et les graveurs ne se reposent jamais. On n'a plus à s'occuper du présent, il faut songer à l'avenir. Je ne vous révélerai pas le mystère des projets que vous devez voir se réaliser pendant l'année qui commence: ce serait vous ôter votre plus grand plaisir, celui de la surprise, et je vous aime trop, ô mes chers abonnés! pour vous jouer un si vilain tour. Soyez sûrs cependant que vous serez encore plus émerveillés et plus heureux en 1844 que vous n'avez dû l'être en 1843.

Bureau de Rédaction de l'Illustration.