La commission, ou son ombre, a eu la bizarrerie de penser que tout ce qui s'est imprimé dans les journaux, à l'occasion de l'érection de la statue de Molière, ne devait pas l'empêcher de publier un recueil officiel des actes qui avaient précédé et marqué cette cérémonie. C'est encore un ridicule de sa part, car elle ne pouvait se flatter de trouver jamais d'aussi jolies choses que celles que ses critiques ont imprimées et lues eux-mêmes.
Est-ce elle qui aurait jamais trouvé, par exemple, qu'en 1673, Louis XIV, quoique vieilli, et tombé sous l'influence de madame de Maintenon, donna ordre qu'on conduisit les restes de l'auteur de Tartuffe au cimetière Saint-Joseph?» Cette pauvre commission aurait cru, comme beaucoup d'autres, qu'en 1673, Louis XIV, quoique vieilli, n'avait que trente-quatre ans, et que, quoique tombé sous l'influence de madame de Maintenon, il n'était encore que l'amant de madame de Montespan, avant de passer à mademoiselle de Fontanges, qui n'avait encore alors que douze ans. Mais le feuilleton a changé tout cela.
Est-ce elle qui aurait jamais songé à écrire la Vie de Molière après sa mort, ouvrage curieux, si nous en croyons son auteur qui nous l'annonce, et qui, pour nous donner un avant-goût du son exactitude historique, nous montre Boileau, Chapelle, Bernier et Ménage, vivant intimement entre eux et avec Molière, et suivant seuls son cercueil. La commission aurait à coup sûr pensé que si Ménage, le Vadius des Femmes savantes le détracteur acharné du Misanthrope, avait suivi le convoi de Molière, ce n'eût été que pour chercher à précipiter Boileau dans la même fosse. Mais les revues ont change tout cela.
On a dit à la pauvre commission qu'au lieu de s'amuser à écrire, elle aurait dû s'exercer à mieux lire, et, s'apercevoir, avant que la statue fût découverte, que dans la nomenclature gravée des pièces de Molière, le praticien de M. Pradier avait mis deux r à l'avare. Le critique a eu les yeux attirés sur la lettre coupable par le travail de l'ouvrier occupe à la faire disparaître le lendemain de l'inauguration. «Ce n'est cependant pas faute de lunettes,» a-t-il dit à la commission, avec plus de bon goût que d'exactitude. Les lunettes, il le sait bien, ne font pas toujours bien voir; et cela est si vrai que nous avons eu beau en mettre, nous n'avons pu trouver, dans la liste de souscription, le nom de tel auteur, connu, dit-on, au théâtre par des chefs-d'oeuvre, très-zélé, comme on le voit, pour la gloire de Molière, et qui, certainement, n'aura pas cru qu'il était injuste d'élever une statue à l'auteur du Misanthrope avant de songer à lui. Le pays est excusable: il a suivi l'ordre chronologique.
Nous imiterons l'exemple général, et nous adresserons, nous ausi, notre reproche à la commission, ou du moins à son secrétaire: pourquoi, dans sa Notice, a-t-on imprimé le mot Tartuffe avec un seul f! Nous savons bien que l'Académie, dont nous ignorons les raisons, l'orthographie ainsi; mais Molière ayant créé le mot, et lui en ayant toujours donné deux, il est naturel de penser que ses raisons valaient bien celles de l'Académie. Le besoin du vers a seul déterminé La Fontaine à écrire, dans sa fable du Chat et le Renard:
C'étaient deux vrais tartufs, deux archi-patelins.
Mais la poésie a des licences que ne comportent ni un dictionnaire ni une notice.
Le Roi et LL. AA. RR. madame la princesse Adelaide et madame la duchesse d'Orléans viennent de souscrire au Dictionnaire historique et administratif des Rues et Monuments de Paris, par MM. Félix et Louis, Lazare.