Et ce jour-là nous ne lûmes pas davantage,
par cette périphrase absurde: «Et nous laissâmes échapper le livre qui nous apprit le mystère de l'amour,» ou qui, désirant nous apprendre que Bidon «se tua par amour,» selon l'expression de Dante, s'écrierait avec emphase: «Elle coupa la trame amoureuse de sa vie.» Rendons-lui cette justice: non-seulement il a toujours compris les poésies de Goethe, mais il les a bien traduites. Sa prose ne dit ni plus ni moins que ce que disent les vers; les expressions difficiles à trouver sont heureusement choisies; en un mot, on sent, en comparant la copie à l'original, que cet ingrat et difficile travail a été fait avec conscience et avec esprit.
Benvenuto Cellini a eu le même bonheur pour ses Mémoires que Goethe pour ses Poésies. L'élégant et fidèle traducteur de Vasari, M. Leopold Laclanche, était plus capable qu'aucun autre écrivain de traduire cette curieuse autographie, qui ne manquera jamais de lecteurs tant que la langue italienne et maintenant la langue française continueront d'exister.
Un Courroux de Poète; par Constant Hilbey, ouvrier. 1 vol. in-18.--Paris, 1844, Martinon.
C'est avec une joie sincère que nous voyons la poésie pénétrer chaque jour plus avant dans le coeur du peuple: en y développant de légitimés espérances, elle y maintiendra, nous en sommes sûr, elle y exaltera l'amour du travail. Mais nous n'accordons cette pleine sympathie à la poésie des classes laborieuses que lorsqu'elle ne se dépouille pas volontairement de son austère simplicité pour revêtir nous ne savons quelles formes banales, quelles couleurs vulgaires empruntées aux albums ou aux almanachs. Ainsi nous avouons franchement à M. Hilbey que nous n'aimons guère à voir un ouvrier se mettre en coquetterie déclarée avec sa muse, l'appeler traîtresse, et jouer avec elle une des scènes du Mariage enfantin. Ces choses-là ne sont pas de celles qui pourraient nous émouvoir; les ouvriers-poètes ont d'autres secrets à nous révéler. Que M. Hilbey lise le dernier volume de M Poney, la belle ode adressée aux maçons, ses camarades, et il comprendra peut-être quelles cordes il faut faire vibrer pour nous rendre attentifs.
Nous pourrions encore reprocher à l'auteur d'Un Courroux de Poète le titre du son livre, titre qui a le double but d'afficher une prétention et un défaut de caractère. Mais nous préférons rendre justice au mérite de quelques-unes des pièces de son Recueil. Ainsi nous citons volontiers l'Adieu au village natal, la Pièce à Gilbert, celle intitulée Fécamp, parce qu'elles nous paraissent inspirées par des sentiments vrais.
Plan détaillé de La Rochelle et de ses environs, accompagné d'une Notice historique; par M. Guy, capitaine au 13e de ligne, à Rochefort.--Chez madame Theze, imprimeur-libraire.
Le Plan de La Rochelle a surtout un intérêt local; la Notice qui l'accompagne et qui est, dans des limites trop resserrées, l'histoire même de la ville, a un intérêt général d'autant plus grand, que le nom de La Rochelle est lié à des événements considérables de l'histoire de France. M. Guy fait une revue rapide de ces événements parmi lesquels figure en première ligne, par sa durée et son importance, la lutte que cette ville soutint dans l'intérêt de la reforme protestante de 1568 à 1628, époque de sa soumission au roi Louis XIII, après le siège mémorable dont la gloire, comme les cruautés qui l'accompagnèrent, reviennent au cardinal de Richelieu. Cette publication, faite avec beaucoup de luxe, a reçu les encouragements du conseil municipal de La Rochelle et des plus notables habitants de cette ville.
Notice sur le monument érigé à Paris par souscription à la gloire de Molière, suivie de pièces justificatives et de la liste générale des souscripteurs; publiée par la commission de souscription.--Paris. Perrolin, 1844. In-8º.
Il faut en vérité plus que du courage à la commission du monument du Molière pour venir encore affronter la critique. Combien l'oeuvre qu'elle a entreprise et menée à fin ne lui a-t-elle pas attiré de mordantes épigrammes et de méchancetés attiques! Quel succès a eu le malin farceur qui, le premier, a trouvé et dit que M. Regnier avait inventé Molière! Qu'il y a donc, dans une certaine presse, et surtout dans de certains feuilletons des loustics aimables et de satanés critiques! Si vous survivez aux traits de ces espiègles, vous avez la vie dure ou la peau bien cuirassée. M. Regnier fait semblant de n'être pas mort, et d'être applaudi tous les soirs; la commission fait semblant de vivre et d'avoir accompli la tâche qu'elle avait entreprise, et que tant d'autres avant elle avaient laissée inachevée; mais tout cela n'est qu'un jeu joué. Il n'y a de vivant que le feuilleton, né malin, et malin bien redoutable.