Un mot encore cependant, pour réparer un oubli incroyable. Dans un voyage aussi consciencieux, nous avons donné la géographie scientifique, historique et pittoresque du Paris souterrain, nous avons parlé de ses habitants, vivants et morts, et nous n'avons décrit ni le commerce ni la Flore des carrières! Grand Dieu! que diraient les économistes et les botanistes?--Eh bien! la Flore des carrières se compose... de champignons! C'est dans les excavations de Montrouge que de soigneux jardiniers cultivent en grand, et font éclore à l'aise ce précieux comestible.--Et c'est le seul produit commercial indigène que les habitants des Catacombes exportent sur les marchés de Paris.

Histoire de la Semaine.

La chambre des députés prouve bien, dans les lois qu'elle discute, qu'elle est fatiguée, mais néanmoins elle ne se repose pas. Nous suspendions, il y a huit jours, la mise sous presse de notre bulletin pour annoncer le résultat de la séance du vendredi, où elle avait fini par se prononcer, après deux journées orageuses, sur la proposition d'ordre du jour motivé de M. Ducos, à l'occasion des affaires d'O'Taïti. Le lendemain s'ouvrait la discussion sur les conclusions du rapport de M. Allard, relatif aux pétitions sur les fortifications de Paris. La commission, on le sait, proposait, par l'organe de son rapporteur, de passer à l'ordre du jour. Si les orateurs qui ont combattu ces conclusions se fussent placés sur le même terrain que la plupart des pétitionnaires, et fussent venus demander la destruction de tous les ouvrages de fortifications élevés autour de Paris, le débat n'eût pas été long et son issue un instant incertaine; mais aucun d'eux n'a voulu accepter la responsabilité d'un pareil système, et MM. Lherbette, de Tocqueville et de Lamartine se sont bornés à demander le renvoi à M. le ministre de la guerre des pétitions qui protestent contre les travaux entrepris et exécutés en dehors des prescriptions de la loi de 1841, et contre l'armement des forts et de l'enceinte. Dans ces termes, la réclamation devenait sérieuse, et la chambre, qui n'avait entendu que MM. Chabaud-Latour. Paixhaus et le ministre de la guerre, dont les discours répondaient plutôt aux pétitions les moins raisonnables qu'aux arguments des précédents orateurs, n'a pas voulu clore la discussion. Elle l'a ajournée à la séance du 9, à l'ordre du jour de laquelle se trouvait déjà la discussion sur la prise en considération de la proposition de M. Lombard de Leyval, sur le vote par division. C'est ce même samedi encore que viendra probablement aussi la vérification des pouvoirs de M. Charles Laffitte nommé à Louviers. Voilà bien des questions excitantes accumulées. Évidemment cet ordre du jour ne pourra être épuisé dans cette même séance.

La discussion de la loi des patentes a été reprise, et elle se poursuit dans un esprit de fiscalité que nous avons déjà signalé et qui, nous le croyons, n'assurera pas au trésor un surcroît de produits en rapport avec les justes plaintes auxquelles il donnera lieu, et que le mode de répartition, si on l'eût adopté, lui aurait épargnées. Du reste, les articles les plus importants, les dispositions les plus graves, passent presque inaperçus et comme si nos représentants qui les votent en ignoraient complètement la portée. Un député, cependant, se fait remarquer par ses efforts persévérants et par l'étude qu'il a faite du projet de loi et de ses inconvénients; mais M. Taillandier, seul sur la brèche, n'a pu, malgré les excellente considérations qu'il a fait valoir, empêcher l'introduction dans la loi du premier paragraphe de l'article 9, qui stipule que le droit proportionnel est établi sur la valeur locative, tant de la maison d'habitation que des magasins, boutiques, usines, etc., servant à l'exercice des professions imposées. La législation était demeurée fort obscure quant à la question de savoir si le droit proportionnel devait atteindre la maison d'habitation, jusqu'à la fin du 21 mars 1831, qui avait tranché cette question dans l'intérêt du fisc. D'excellentes raisons ont été données contre le maintien de cette disposition; on a fort bien fait observer qu'établir, dans tous les cas, le droit proportionnel sur la maison d'habitation, qui paie déjà l'impôt mobilier, c'est, contrairement au principe, imposer deux fois le même objet. Les patentés de Paris, dans une pétition que nous avons déjà mentionné, disaient fort judicieusement; «Soyez capitaliste oisif, habitez un palais, et vous n'aurez à payer que l'impôt mobilier; mais gardez-vous d'appliquer vos capitaux à un travail productif, car des lors il vous faudra payer, d'abord l'impôt mobilier comme citoyen, et ensuite le droit proportionnel comme commerçant.» Les objections, fort justes à nos yeux, n'ont pas prévalu, et le premier paragraphe de l'article 11 a été adopté par la majorité du très-petit nombre de députés, qui assistent à cette discussion.

Le projet de loi pour le complément de fonds secrets à accorder à M. le ministre de l'intérieur a été prescrit par lui, et renvoyé à l'examen préalable des bureaux. Sur neuf commissaires, l'opposition n'a pu faire passer qu'un seul de ses membres. M. Duchatel a annoncé que c'était à la fois un voie de nécessité et de confiance qu'il venait demander à la Chambre. Les questions de cabinet ne sont donc pas encore épuisées.

Les cinq députés légitimistes qui avaient donné leur démission par suite de la flétrissure prononcée dans l'adresse, ont tous été réélus par leurs commettants, au jugement desquels ils avaient appelé de la décision de la majorité de la Chambre.--On a dit que M. de Villele avait de grandes chances d'y être également envoyé par le collège de Villefranche (Haute-Garonne), qui a à pourvoir au remplacement de son député décédé; mais il parait qu'une grande partie des électeurs des oppositions ont adopté une autre candidature; c'est celle de M. le contre-amiral Dupetit-Thouars.

Les gouvernements des Deux-Siciles et de Belgique se mettent en mesure d'opérer une réduction dans l'intérêt de leur dette. Le roi de Naples a décrété le remboursement des obligations 5 pour cent. Ce remboursement sera effectué par tirage au sort deux fois l'an. Ceux qui, après le tirage, voudraient se soumettre à une réduction d'intérêt de 1 pour 100, sont garantis contre tout remboursement pendant dix ans. A Bruxelles, le ministre des finances a proposé une loi pour convertir en 4 1/2 l'emprunt 5 pour 100 de 1831. Ces modifications, dans le taux de l'intérêt de l'argent à l'extérieur ont paru à nos capitalistes et à nos joueurs pouvoir déterminer chez nous la réalisation d'une mesure analogue. On a colporté une pétition adressée au ministère pour l'engager à intervenir auprès du gouvernement belge afin d'empêcher qu'une mesure qu'on présente comme contraire aux intérêts français ne soit prise trop brusquement. D'un autre côté, on a annoncé le prochain dépôt sur le bureau de la Chambre des Députés, par un ancien ministre des finances, M. Gouin, d'une proposition tendant de nouveau à faire réduire ou rembourser la rente 5 pour 100 au choix des porteurs. Le cours de cette valeur s'en est vivement ressenti.

M. le ministre des travaux publics a présenté à la Chambre des Députés un projet de loi relatif aux chemins de fer de Paris à la frontière du nord, et d'Orléans à Vierzon. Les lignes de Paris à Lyon et d'Orléans à Tours étant aujourd'hui demandées, en concurrence avec les compagnies qui s'étaient déjà présentées, par d'autres compagnies qui proposent de les pousser plus loin, seront postérieurement l'objet de deux autres projets. Pour le tracé du chemin du Nord, le ministre adopte simultanément les trois ponts de Boulogne, Calais et Dunkerque, comme points extrêmes de la ligne de Paris au littoral de la Manche. Quant au mode d'exécution, le projet modifie essentiellement les dispositions de la loi de juin 1842. Il dispose que la voie de fer posée par la compagnie concessionnaire du chemin du Nord sera acquise gratuitement à l'État à la fin du bail, et qu'après un prélèvement de 8 pour 100 au profit des actionnaires, l'excédant des bénéfices sera partagé entre l'État et la compagnie. La durée du bail ne pourra être de plus de vingt-huit ans. On stipule une diminution de deux centimes sur les droits à payer par les trois classes de marchandises. Il y aura trois classes de voitures à dix, sept et demi, et cinq et demi centimes par kilomètre. C'est une augmentation d'un demi-centime pour la troisième classe; mais les wagons devront être couverts, et fermés au moyen de rideaux. Enfin, l'État conserve la faculté de racheter le chemin au bout de douze ans, aux conditions fixées précédemment pour le chemin de Paris à Orléans, mais avec réduction de moitié sur la prime à ajouter au dividende net. Les conditions du bail sont analogues pour le chemin de Vierzon, si ce n'est que la durée de la concession est portée à trente-cinq ans, et que le partage des bénéfices ne doit commencer qu'à la sixième année de l'exploitation. Un des derniers articles de la loi renferme une disposition qui confie l'exécution complète des deux chemins à l'État, au cas où, dans les deux mois de la promulgation de la loi, il ne se serait pas présenté de compagnie pour en accepter les charges. L'exploitation serait alors confiée, pour une durée de douze ans, à des compagnies fermières qui se borneraient à fournir le matériel.

Un acte de violence commis dans le port de Marseille par des marins anglais contre l'équipage d'un navire français, est venu y causer une émotion que n'aideraient malheureusement point à calmer, chez notre population des ports et à bord de nos vaisseaux, certaines paroles prononcées à la tribune anglaise, le ton de quelques feuilles de Londres et la situation faite à un de nos amiraux. Nous devons toutefois reconnaître que, dans la chambre des communes, le 1er mars, précisément au moment même où la cause de cet officier général se débattait dans notre parlement, l'amiral Napier et le capitaine Hous ont parlé de notre personnel maritime comme des hommes qui, se respectant eux-mêmes, savent respecter leurs rivaux.

Les nouvelles d'Espagne se suivent et se ressemblent. On est toujours au moment de s'emparer d'Alicante et de soumettre Carthagène, mais néanmoins les deux villes rebelles tiennent toujours. A Bilbao il y a eu, a-t-on dit, conspiration découverte, et par suite arrestations nombreuses. Des ecclésiastiques ont été incarcérés; on parle de tentatives, sur plusieurs points, d'anciens partisans de don Carlos qui voudraient aujourd'hui unir et proclamer Charles VI et Isabelle. La reine Christine poursuit en Espagne la série d'entrées royales, de réceptions, de revues et de défilés auxquels elle s'était déjà livrée en France. On songe à expédier dans le Maroc, sous le commandement du général Prim, toutes les troupes peu sûres, et à demander compte à l'empereur de quelques griefs plus ou moins sérieux.