--En Portugal, on ne se dit pas moins près d'en finir avec l'insurrection; mais jusqu'ici néanmoins on n'est pas parvenu à soumettra le comte de Boudin, et la seule vengeance qu'on ait pu tirer de lui a été de le destituer de son grade de maréchal de camp. On a de nouveau prorogé les cortès, dans l'espoir qu'à la fin de mars on pourrait se présenter devant elles avec quelques résultats obtenus, et être par conséquent en meilleure position pour se faire pardonner les moyens employés à les obtenir.
Les événements qui se passent à Montevideo deviennent de plus en plus graves. Les vexations et la cruauté de Rosas ont forcé presque tous les Français résidant à Buénos-Ayres de transporter leur domicile et leur industrie sur l'autre rive de la Plata. Montevideo en compte donc aujourd'hui 18,000 réunis. Presque tous ces Français sont Basques; ils sont catholiques, et par conséquent en position de se bien entendre avec une population d'origine espagnole. Montevideo semblait donc devoir devenir, dans un avenir très-prochain, une ville toute française. Pour protéger leurs propriétés et leur vie menacées par les attaques des troupes de Rosas contre la ville où ils s'étaient réfugiés, nos nationaux ont dû songer à s'armer. Un ordre du jour publié au nom du roi des Français par le vice-amiral Massieu, qui commande nos forces navales dans ces eaux, à la date du 17 décembre dernier, leur enjoint à quitter les armes immédiatement en raison de garanties qu'il vient d'obtenir de Rosas pour leur inviolabilité. Nos nationaux ne paraissent croire ni à l'inviolabilité qu'on leur fait espérer, ni à l'efficacité des garanties qu'on leur en donne, ni enfin à la parole et à la signature de Rosas, qui s'est montré ouvertement infidèle au traité qu'il avait signé avec l'amiral de Machan. Ils se montrent, et on le comprend, peu disposés à se laisser aller à la confiance qu'il leur est ordonné d'avoir. Cette situation commande toute l'attention et tout l'intérêt de notre gouvernement et des chambres.
On ne dit point encore quand pourra venir à la chambre des pairs la discussion de la loi sur l'instruction secondaire. En attendant, les prélats font des publications, et la cour d'assises vient de rendre un arrêt qui pourra servir à l'appréciation que la chambre du Luxembourg aura à faire du projet de M. Villemain.--L'Univers vient de nous faire connaître une adresse au roi signée de monseigneur l'archevêque de Paris, et de plusieurs évêques de la Province de Paris qui ne s'étaient pas encore engagés ostensiblement dans la lutte contre l'Université. Quant au jury de la Seine, il vient de déclarer coupable un écrit sur le même sujet de M. l'abbé Combalot. L'auteur a été condamné à quinze jours de prison et à 4,000 fr. d'amende.
On continue les travaux d'embellissement de Paris et de ses abords; mais le conseil municipal a été divisé par une proposition qui a paru étrange à un certain nombre de ses membres. On a demandé que la principale voie de la commune de Neuilly, celle qui va de l'arc de triomphe de l'Étoile au pont de Neuilly fût éclairée au gaz comme l'avenue des Champs-Elysées à laquelle elle fait suite, et cela aux frais du budget de la ville de Paris. Plusieurs conseillers municipaux ont cru ne pas bien entendre et ont demandé comment on comprenait que Paris dût s'imposer pour éclairer ses voisins. Malgré cette question, l'éclairage de l'avenue de Neuilly, aux frais de la ville de Paris, a été voté à une majorité de deux voix. M. le maire de cette commune, que ce premier vote a alléché, demande aujourd'hui que Paris lui éclaire également le chemin de la révolte. Au fait, M. le maire de Neuilly est logique.--M. le préfet de police, de son côté, poursuit les améliorations qui relèvent de la petite voirie. Il fait disparaître de nos boulevards intérieurs les rares perrons qui s'élevaient encore comme des monticules à la porte de quelques magasins et de quelque» cafés. Il fait combler le fossé qui se trouvait devant le café Anglais. Tout cela est fort bien: ces trottoirs déjà si larges deviendront ainsi plus vastes encore. Mais il serait plus pressant de prendre des mesures analogues pour faire disparaître les marches de magasins qui avaient sur des trottoirs très-étroits et occasionnent, le soir, de fréquents accidents. Pour notre part nous en avons vu arriver un rue de Choiseul, par suite de cette tolérance; et tout récemment un hussard s'est grièvement blessé à une porte de la rue Caumartin. Il est fort bon de travailler à rendre nos spacieux boulevards d'un aspect symétrique et irréprochable; mais rendre nos rues viables et sûres est certainement plus urgent encore.
Le cardinal de Richelieu avait donné à l'Académie française un règlement dont l'article premier portait: «Nul ne sera reçu à l'Académie qui ne soit agréable à Monseigneur.» Mais aujourd'hui il n'y a plus d'autre seigneurie que l'opinion publique; l'Institut ne peut le méconnaître. Nous aurions donc de la peine à croire au bruit répandu que, depuis le dernier scrutin, M. Sainte-Beuve aurait vu diminuer ses chances au profit d'une candidature qui n'a rien de littéraire. L'auteur des Messéniennes n'était entre à l'Académie que par l'ascendant de son talent et l'éclat de ses succès: c'est donc un littérateur qui doit lui succéder. Quant à la succession de Charles Nodier, M. Mérimée paraît appelé à la recueillir, et un semblable choix sera sanctionné par tout le monde.
L'Illustration a dit au commencement de ce numéro quels malheurs avait causés le débordement de la plupart de nos fleuves et de nos rivières. Cite avalanche de terre et de glace vient d'amener un désastre également épouvantable à Ferdrupt, près de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). Une maison a été engloutie par une masse qui s'est détachée de la montagne contre laquelle elle était adossée. Huit personnes qui se trouvaient réunies à table, le père, ses six enfants, et un domestique, et la mère, qui se trouvait dans la cuisine, ont été étouffées. La grand'mère, couchée à un étage supérieur, a été blessée et a succombé. Un septième enfant, qui venait de sortir, a seul échappé à la mort. Malgré les secours que les voisins ont immédiatement portés, personne n'a pu être sauvé; l'aînée des filles seule respirait encore et a pu proférer quelques paroles, puis elle a expiré.
M. Saubat, député de la Haute-Garonne, vient de mourir très-subitement à Paris, dans un âge peu avancé.--A Carolles (Saône-et-Loire) un homme instruit et estimé a fait attendre la mort plus longtemps pour lui payer sa dette. M. V. M. Ducercle, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes, a été frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante à l'àge de cent quatorze ans. Il laisse plusieurs enfants, dont l'aîné, âgé de quatre-vingt-sept ans, n'a pas, disent les journaux du département, un seul cheveu blanc.
Intérieur de la Chambre des Députés.
TRIBUNES DES DEUX CHAMBRES.
Depuis quelque temps les séances de la chambre des députés ont surexcité la curiosité publique, et les billets d'entrée au palais Bourbon sont plus vivement recherchés encore que ceux des concerts du Conservatoire. C'est en effet une tout autre harmonie. Les questeurs, les députés, sont accablés de demandes de leurs amis parisiens et de leurs commettants provinciaux, et parmi tant de solliciteurs il y a peu d'élus, car les tribunes réservées aux billet» sont en petit nombre et assez resserrées. Les artistes de l'Illustration ont pensé que te serait rendre service aux curieux qui n'ont pu satisfaire leur curiosité et dépasser la salle d'attente, que de leur montrer en gravure ce qu'ils n'ont pu voir en réalité.