Ils ont cru superflu de reproduire la salle des Pas-Perdus, que tout le monde connaît, cette salle que traverse, entre deux haies de gardes nationaux et tambours battants, M. le président Sauzel, précédé des huissiers et suivi du bureau de la chambre, pour se rendre de l'hôtel de la présidence à ce fauteuil, qu'il remplit, mais qu'il n'occupe pas, disent les mauvais plaisants. La salle des Pas-Perdus est l'unique théâtre où brillent bon nombre de députés. Il y en a plus d'un qui est à peine arrivé à se faire connaître de ses collègues, et qui, pour acquérir au moins au-dehors la notoriété qu'il n'a pas pu obtenir, nous ne dirons pas à la tribune, mais même dans les bureaux, dans les couloirs de la Chambre, se donne le plaisir, chaque jour, de venir plusieurs fois dans cette salle extérieure faire crier à haute voix par un garçon de service: Qui a demandé M. ***?
Les artistes, un autre jour, vous montreront le salon du Roi, qu'Eugène Delacroix a illustré de si admirables peintures; vaste et beau travail, le plus beau peut-être de ce maître et le moins connu, précisément à cause de la place qu'il occupe.
Ils ont ajourné aussi la reproduction de la salle des Conférences, que M. Heim vient d'orner de compositions remarquables, bien conçues dans leur ensemble, bien exécutées dans leurs détails, pour laquelle également M. Moine a sculpté deux statues accroupies, d'un fini irréprochable sans doute, mais dont les formes prononcées, nues et éclatantes de blancheur, produisent un singulier effet et forment une bizarre saillie sur la vaste cheminée vert de mer, où elles sont assises.
Un autre jour peut-être, et quand Delacroix en aura terminé le plafond, ils vous montreront l'élégante bibliothèque de la chambre. Ils pourront vous faire voir aussi la Buvette, qui n'a ni la recherche ni les déjeuners à la fourchette de la Buvette de la chambre des pairs, mais qui est un local convenable, offrant aux ambitieux, aux incorruptibles, aux mécontents, aux optimistes, aux orateurs et aux muets des consommations, des petits pains, des sirops et de la limonade gazeuse. Le rhum y a pénétré et y a amené à sa suite un diplomate, un inspecteur des haras et un magistrat, pour lesquels les produits de Taurade paraissent avoir peu de charmes. Potier disait, dans le Bénéficiaire, que le vin de Bordeaux convient parfaitement aux chanteurs et même aux personnes qui ne chantent pas. Le rhum peut avoir la même vertu pour les orateurs; jusqu'ici l'expérience n'a été faite que sur ceux qui ne le sont pas.
Nos dessinateurs pourront aussi, avec le crayon, promener nos lecteurs dans ce long vestiaire où chaque armoire porte le nom de deux députés auxquels elle est consacrée. Bien peu d'entre nos représentants font servir ces armoires à leur véritable destination. Presque tous y amoncellent ces distributions quotidiennes d'imprimés que font les ministères aux membres des deux chambres, et qui passent intacts, non coupés, de l'armoire du vestiaire à la boutique de l'épicier.
Aujourd'hui l'Illustration se borne à faire voir la salle des séances. Mais, pour suivre l'ordre constitutionnel, nous commençons par reproduire la tribune du Luxembourg et l'aspect de son bureau, où préside M. le chancelier Pasquier.
Tribune des Orateurs, à la Chambre des Pairs.
Au palais Bourbon, où la foule est grande, où il faut arriver de bonne heure pour trouver place, en attendant que la séance s'ouvre, on cherche des distractions. La tribune des journalistes, non pas des sténographes qui viennent écrire les discours à la dictée, mais des rédacteurs en chef qui viennent pour apprécier l'effet de la séance, est un des spectacles qui attirent le plus l'attention avant le lever du rideau parlementaire. Le provincial demande qu'on lui montre dans cette tribune, qui est placée au second rang et à l'angle extrême de la gauche, le rédacteur en chef de la Gazette de France, et de la Nation, M. l'abbé de Genoude, assis, au grand étonnement du curieux, auprès des rédacteurs en chef des journaux ministériels.