Tribune des Journalistes, à la Chambre des Députés.
Sonnette du président de la Chambre des Députés.
Mais bientôt la séance est ouverte et la tribune est occupée, quelquefois par un orateur, le plus souvent par un député. Il tourne le dos au président, qui le domine pour le rappeler à l'ordre ou le protéger contre les interruptions, aux secrétaires de la chambre et aux secrétaires rédacteurs, qui sont placés ainsi au milieu et en face de l'assemblée pour prononcer sur les votes par assis et levé, et faire l'analyse des discours, qui doit entrer dans leur rédaction du procès-verbal de chaque jour.
Tribune des Orateurs, à la Chambre des Députés.
La banquette inférieure de chacune des trois sections du centre, placées vis-à-vis de la tribune et du bureau, porte écrit en lettres de drap blanc, appliquées sur le casimir rouge qui recouvre tous les dossiers des banquettes: Banc des ministres. L'attention se porte particulièrement sur celui qu'occupent M. le maréchal Soult et M. Guizot, à côté desquels M. Villemain prend place. Une cause nouvelle d'étonnement pour le provincial, qui doit, en entrant à la chambre, se préparer à marcher de surprise en surprise, c'est de voir un des orateurs les plus redoutables pour les ministres, M. Berryer, occuper la place la plus rapprochée de leur banc, et donner quelquefois asile, à l'extrémité du sien, à son voisin M. le ministre de l'instruction publique. Toutefois, comme il arrive apparemment que l'illustre orateur ne se trouve pas toujours inspiré par le voisinage, et qu'il sent intérieurement que, pour ne pas vivre en trop mauvaise intelligence, il fera mieux de se livrer au culte des beaux arts qu'à la conversation, M. Berryer sculpte avec un canif le pupitre en bois qui est placé devant lui. Nous sommes assez heureux pour avoir été mis à même de reproduire ce travail auquel l'élu de Marseille va pouvoir venir mettre la dernière main.
Pupitre de M. Berryer, à la
Chambre des Députés.
Nous ne pouvions oublier un instrument qui joue un grand rôle dans les séances de la chambre. On a bien pour réclamer de l'assemblée du calme et de l'attention la voix des huissiers, assis et adossés à la base de la tribune, et criant: Silence, messieurs. Mais leur recommandation est parfois vaine et leur prière méconnue. C'est pour ces trop fréquentes occasions qu'a été inventée la sonnette du président. C'est un instrument assez lourd et fort assourdissant. M. Sauzel croit à coup sûr en bien jouer, car il en joue souvent, et au grand détriment du tympan de l'orateur qui est à la tribune et sous le coup par conséquent de cette détonation. Aussi, dans la séance si agitée de la discussion de l'adresse, où M. Guizot eut à faire tête à un si grand orage, se retournant vers le président qui sonnait comme un sourd, il lui dit: «Vous m'achevez, monsieur.» On peut dire que M. Sauzel s'écoute sonner, car il se livre parfois à cet exercice au milieu d'un calme parfait, comme cet huissier somnolent qui, se réveillant pendant que M. Royer-Colard prononçait à la tribune un discours religieusement écouté, s'écria, par habitude en entendant cette voix unique qui retentissait: Silence, messieurs.