Sans dévier de sa route, et seulement en ralentissant sa course, le brick-goélette naviguait entre les lieux frégates, et ménageait son élan de manière à les mettre en vue l'une de l'autre, ce qui ne tarda point. Les Anglais furent persuades que le brick chassé par un navire espagnol était un compatriote; don Graviel compléta cette erreur en virant de bord, comme s'il eût voulu les seconder au feu; il fit voiles aussi vers la Santa-Fé. Celle-ci prit la fuite mais trop tard; à la hauteur du cap San-Antonio, l'Anglais engagea l'action.
Dona Juana, respectée à bord comme si elle eût été la femme du capitaine, se tenait à côté de don Graviel.
«Pour l'amour de Dieu! capitaine, dit maître Brimbollio en s'avançant, pourriez-vous m'apprendre ce que nous fabriquons ici; laissons les se hacher à leur aise, et gagnons le large.
--Qui t'a demandé ton avis, maître hâbleur? répondit sèchement Graviel. Tu prophétise le malheur depuis le commencement; je suis las de tes observations.»
Prenant alors sa voix de commandement:
«Branle-bas général de combat!» ajouta-t-il.
Fernando, sans demander d'explications, se rendit à la pièce à pivot; force fut au contre-maître de distribuer des armes et de la poudre à tous les corsaires.
«Vous voyez, tendre idole de mon cœur, que je n'hésite point, dit alors don Graviel. Quand le combat sera bien en train, je vais amener le yacht britannique et arborer la noble bannière de Castille. Aussitôt après vous descendrez, je vous prie.
--Oh! non, répliqua la jeune fille d'une voix émue; permettez-moi de rester auprès de vous.»
Après un moment de réflexion, don Gravie! y consentit d'un signe de tête.