NOUVELLE MARITIME
(Suite et fin.--Voir t. II, p. 393 et 406, t. III, p. 9.)
IV.
La mer était dure et plus, contraire à la marche du léger brick qu'à celle de la vaillante frégate qui le poursuivait; mais don Graviel ne parut pas inquiet un seul instant. Il changea la route pour se rapprocher des brisants qui bordent au nord de l'île de Cuba entre la Havane et le cap San-Antonio. Les bas-fonds sur lesquels il naviguait avec une incroyable confiance lui servaient de rempart contre la frégate, dont l'équipage avait été remis au complet. Nous n'ajouterons pas que le capitaine Bertuzzi et ses négriers avaient obtenu du gouverneur l'ordre de monter à son bord.
Le lendemain au point du jour, le cap San-Antonio était doublé; la Santa-Fé apparaissait encore à l'horizon. Don Graviel essaya de plusieurs allures et vit qu'en serrant le vent, il avait un avantage marqué sur son chasseur; mais au moment où il prenait cette direction, qui le menait à l'île des Pins, un grand navire se dressa sur l'avant tout à coup.
Les corsaires l'examinaient attentivement.
«Frégate anglaise!, dit en toussant le lieutenant Fernando.
--Que diable! répondit don Graviel, nous sommes en force.
--En force? murmura le garde-marine.
--Oui, tu vas voir. Hissez le pavillon anglais! et gouvernons droit.»