Gîtes métallifères de l'Italie.--M. Amédée Burat, professeur à l'École Centrale, a fait connaître les résultats de ses nombreuses explorations du sol de l'Italie. Il a reconnu les restes des exploitations de l'antiquité et du moyen âge, et il signale les gisements nouveaux qui offrent aujourd'hui plus d'avantages à l'industrie, bien que les anciens gisements n'aient pas été épuisés en beaucoup de points.
Géologie de l'Amérique méridionale.--Deux longs et intéressants rapports nous ont donné les détails les plus circonstanciés et les plus curieux sur la constitution géologique de cette moitié du continent américain. Le premier, relatif à un mémoire de M. Pissis sur la position géologique des terrains de la partie australe du Brésil et les soulèvements qui, à diverses époques, ont changé le relief de cette contrée, est du à M. Dufrenoy. M. Élie de Beaumont est l'auteur du second, qui se rapporte à un mémoire de M. Alcide d'Orbigny, intitulé; Considérations générales sur la géologie de l'Amérique méridionale. Il nous est malheureusement impossible de donner une analyse de ces travaux consciencieux, sans suivre les savants rapporteurs dans une véritable description géologique de l'Amérique méridionale entière, et par conséquent sans sortir des bornes que nous devons nous imposer. Disons seulement que les conclusions des deux rapports ont été extrêmement favorables à MM. Pissis et Alcide d'Orbigny. Le mémoire de ce dernier est destiné à paraître prochainement dans le grand ouvrage qu'il publie sur les contrées visitées par lui.
Changements du niveau dans les rivages des anciennes mers.--Il y a déjà dix-huit mois environ que M. Élie de Beaumont avait lu à l' Académie un rapport très-approbatif sur un mémoire extrêmement remarquable où M. Bravais, membre de la commission scientifique du Nord, et professeur d'astronomie à la faculté de Lyon, avait mis en évidence, avec une précision que l'on n'avait pas encore introduite dans les mesures géologiques, la mobilité des niveaux relatifs des continents et de la mer sur les rivages de la Scandinavie. Ces changements remontent à une période déjà reculée, et continuent encore de nos jours. La péninsule Scandinave n'est pas la seule confiée où l'on remarque d'anciens niveaux de la mer; divers savants en ont signalé en Morée et en Sicile.
Ces faits intéressants, qui se sont accomplis depuis les dernières révolutions du globe, ont-ils eu lieu dans les temps géologiques anciens'? Telle est la question que la publicité donnée au travail de M. Bravais a suggérée à M. Coquand, professeur de géologie à Aix, question à laquelle il a trouvé une solution affirmative dans les études géologiques auxquelles il s'est livré en Provence. Plusieurs faits très-curieux signalés par ce professeur sont de nature à prouver que les terrains secondaires du midi de la France fournissent un exemple d'émersion analogue à cette qui a lieu encore actuellement sur les rivages de la Scandinavie.
Géologie du département de la Somme.--M. Buteux est l'auteur d'un mémoire accompagné d'un essai de carte géologique sur ce sujet. Nous enregistrons ici les conclusions favorables du rapport lu par M. Élie de Beaumont: «Le mémoire de M. Buteux présente une statistique fort étendue des faits géologiques et minéralogiques que le sol du département de la Somme offre à l'observation. On sera surpris, en le lisant, de voir le grand nombre de remarques intéressantes que peut fournir un pays presque plat et d'une apparence monotone. Nous pensons que la recherche de cette multitude de faits locaux dont le sol de la France fourmille est d'une grande utilité pour la géologie, lorsqu'elle est faite avec conscience et résumée avec méthode. Le travail de M. Buteux, nous ayant présenté ce double caractère, nous paraît digne des encouragements de l'Académie.»
Formation crétacée des versants sud-ouest et nord-ouest du plateau central de la France. «Le travail dont nous rendons compte à l'Académie, a dit M. Dufrenoy dans un rapport approbatif, est le fruit de longues et consciencieuses explorations. M. le vicomte d'Archiac s'est, depuis plus de huit ans, livré à l'étude des formations crétacées, l'un des groupes les plus importants des terrains secondaires, par l'étendue qu'il recouvre, par la diversité des caractères qu'il présente, et par la variété des corps organiques qu'il renferme. Ce travail est l'histoire complète d'une des formations les plus importantes du midi de la France. En effet, il comprend à la fois la position des différentes couches qui composent les formations crétacées de cette contrée, la manière dont ces couches se groupent ensemble pour former des étages, enfin la distribution et la nature des fossiles qui caractérisent chacun d'eux. Il sera un guide précieux pour les personnes qui désireront étudier le terrain de craie du midi de la France; il le sera également pour ceux qui voudront en faire la géologie détaillée en leur indiquant la marche à suivre dans une pareille étude.»
Mercure natif en France.--Une des plus curieuses communications que nous ayons à mentionner est celle qui a été faite par M. Leymerie sur un gisement de mercure natif qui existerait dans le département de l'Aveyron, vers l'escarpement occidental du plateau de Larzac. On appelle ainsi le plateau jurassique étendu qui termine les Cévennes du côté de l'occident. Il résulte d'une espèce d'enquête faite par M. Leymerie et M. Boulomié, ancien substitut à Rodez, et le premier qui ait été mis sur la voie de ces recherches, qu'à diverses époques des traînées, des amas ou des globules de mercure coulant ont été observés par les habitants de Saint-Paul. Le petit ruisseau qui traverse cette commune paraît être le réceptacle général de tous les suintements mercuriels qui proviennent de bancs maffieux appartenant à l'étage inférieur du système éolithique.
Plusieurs autres faits relatés par M. Leymerie viennent ajouter un nouveau degré de probabilité à celui qu'il signale. Ainsi à Montpellier, de l'autre côté du Larzac, le mercure et le calomel natifs ont été trouvés dans les marnes subapennines. La présence de ces minerais dans les terrains tertiaires les plus modernes, signalée en 1760 par l'abbé de Sauvages, et constatée en 1830 et en 1834, a paru très-extraordinaire; pendant longtemps on n'a pas voulu y croire. Cependant ce fait n'est pas unique; car, d'après M. Daniel Sharpe, on a exploité dans le siècle dernier, au milieu des sables tertiaires supérieurs de Lisbonne, une mine de mercure qui s'est trouvée épuisée seulement en 1801.
Si de plus on compare le gisement du Larzac à ceux de Montpellier, de Peyrot (Haute-Vienne) et de Métaldot près Saint-Lô (Manche), on remarque que ces quatre gisements, les seuls qui jusqu'à ce jour aient été signalés dans le sol français, se trouvent exactement distribués sur une même ligne droite qui traverse toute la France diagonalement et dans la direction nord 32 degrés ouest, qui est très-voisine de celle que M. Élie de Beaumont a assignée au soulèvement principal du Mont-Viso (Alpes françaises). M. Leymerie pense que cette relation si frappante n'est pas due au hasard; qu'à l'époque du soulèvement du Viso un fendillement s'est opéré dans la direction signalée, et que les vapeurs mercurielles ont, plus tard, probablement à l'époque du dernier soulèvement des Alpes, profité de cette zone de facile pénétration pour venir se répandre et ensuite se condenser en différents points assignés suivant sa direction.