Les résultats suivants ont été obtenus dans les vingt-sept départements où les travaux ont été exécutés. 68 forages donnant des eaux jaillissantes au-dessus du sol, 66 forages donnant des eaux ascendantes, 3 forages donnant de l'huile de pétrole jaillissante au-dessus du sol, 1 forage donnant de l'eau salée jaillissante au-dessus du sol, 13 forages ayant amené la découverte de houille ou d'anthracite, 9 forages ayant amené la découverte d'asphalte ou de sables bitumineux, 12 forages ayant amené la découverte de kaolin ou de gisements de plâtre, 20 forages exécutés pour puits d'amarres de ponts suspendus, 12 forages exécutés pour absorption d'eau, 16 forages pour exploration de terrains propres à la construction; 220 soudages ont donné les résultats cherchés, 48 sondages n'ont rien produit. Sur ce nombre, 8 sont encore en cours d'exécution. Le nombre moyen des forages exécutes par aimée est de 18. La profondeur; moyenne par année, de 1 151 mètres; la profondeur moyenne des forages, de 64 mètres 42 centimètres; la dépense moyenne de chaque forage, de 4,193 fr. 07 c. L'eau coulant au-dessus du sol par les 68 puits jaillissants, donne un produit de 27 971 litres par minute, ou 40,278 mètres cubes par jour. Celle qu'on extrait au moyen des pompes et des machines à vapeur alimentées par les 66 puits à eaux ascendantes, donne au moins un produit égal, ce qui fait par jour un volume total de 80 556 mètres cubes. Cette eau est utilisée soit comme force motrice, soit pour l'irrigation de prairies, de jardins, pour l'alimentation de villes, d'usines, pour l'approvisionnement de bains, l'entretien d'étangs, l'embellissement de propriétés particulières, les usages variés d'établissements publics et les nombreux besoins de l'agriculture et de l'industrie.
Appareils de sûreté contre les explosions du gaz.--L'Académie, (sur le rapport de M. Régnault), a donné son approbation à un appareil extrêmement ingénieux, imaginé par M. Chuard, pour indiquer, soit dans les mines de houille, soit dans les appartements éclairés par le gaz, la présence, dans l'air, d'une certaine quantité de ce gaz, avant qu'elle soit devenue assez considérable pour donner des craintes d'explosion. Malheureusement, cet appareil est fragile et d'une construction délicate; et il est à craindre que la routine aussi bien que cette cause ne soient des obstacles très-grands à son adoption dans la pratique.
Métallurgie.--L'attention depuis quelques années, s'est portée sur les produits gazeux qui se dégagent dans diverses grandes opérations relatives à la métallurgie, à la carbonisation, etc. On doit citer au premier rang, parmi les travaux faits à ce sujet, ceux de M. Ebelmen, ingénieur des mines, qui, non content d'étudier la question au point de vue théorique, en a tiré des applications utiles, des perfectionnements réalisables dans le domaine de la pratique. Son idée fondamentale consiste à opérer sur les gaz extraits de divers combustibles par voie de distillation, au lieu de brûler immédiatement ces combustibles eux-mêmes. Il obtient ainsi, dans beaucoup de cas, une chaleur beaucoup plus intense que celle qui résulte de l'ancien mode de combustion. MM. Laurens et Thomas, ingénieurs civils, ont aussi communiqué à l'Académie quelques faits intéressants relatifs à l'usage des gaz sur une grande échelle. Le plus important peut-être consiste en ce que la vapeur agissant seule, à une température qui ne surpasse pas 300 degrés, suffit pour carboniser complètement la houille, le bois et la tourbe; il se dégage des gaz combustibles applicables à divers usages après leur passage dans un conducteur. Le résidu en charbon est considérable, et ce charbon présente une assez grande dureté, lors même qu'il provient de la tourbe.
Emploi des mortiers hydrauliques.--On sait que, grâce aux travaux de M. Vical, il est possible aujourd'hui de bâtir partout, sous l'eau comme en plein air, avec des mortiers hydrauliques, c'est-à-dire jouissant de la propriété de durcir dans un temps plus ou moins rapide. Les convenances réciproques des chaux et des ciments, et les proportions suivant lesquelles les mélanges doivent être opérés, ont été déterminées d'avance pour tous les cas possibles par cet illustre ingénieur, de manière à ne rien laisser à désirer. Seulement, lorsque la chaux hydraulique naturelle vient à manquer, on y supplée de plusieurs manières; soit par la confection de toutes pièces d'une chaux hydraulique artificielle, comme celle que l'on fabrique à Meudon, près Paris, et dans une foule d'autres localités; suit par le mélange d'une chaux grasse avec une pouzzolane. Les substances de ce genre sont fort nombreuses; tantôt on les trouve dans la nature, notamment à Puzzuolo, en Italie, d'où vient leur nom; tantôt on les forme artificiellement par la cuisson de certains argiles.
On employait depuis quelques années la pouzzolane naturelle d'Italie aux travaux du port d'Alger, lorsque l'extension considérable projetée pour ces travaux fit émettre l'idée de la remplacer par une pouzzolane artificielle beaucoup moins coûteuse. Des expériences récemment faites à Toulon par M. Noël, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ont prouvé qu'il était fort heureux qu'aucune suite n'eût été donnée à cette idée. Des briques fabriquées dans ce port avec une pouzzolane artificielle, tombaient en miettes après quelques jours d'immersion dans l'eau de mer, en se brisant des surfaces au centre graduellement. Placées dans l'eau douce, elles s'y maintenaient très-bien. Apprenant que dans la Manche, et notamment à Cherbourg, où l'on fait une assez grande consommation de pouzzolanes artificielles, rien de pareil ne s'était jamais manifesté, M. Vicat a été conduit à comparer la composition chimique des eaux de L'Océan avec celles de la Méditerranée, et il a vu que sur 1 000 parties celles-ci contiennent 7.02 de sulfate de magnésie, tandis que les eaux de la Manche n'en contiennent que 2,29. C'est en se substituant à la chaux dans les bétons immergés, que la magnésie joue un rôle si fâcheux.
Nouvel éclairage.--Les essences de schiste, de houille, de térébenthine, renferment une proportion de carbone telle que jusqu'à présent on n'avait pu en brûler la fumée avec les cheminées de tirage les plus énergiques, à moins d'y ajouter une certaine quantité d'alcool qui constitue, avec l'essence de térébenthine, le mélange employé depuis quelques années dans certaines lampes sous le nom impropre d'hydrogène liquide. MM. Busson-Dumourier et Rouen annoncent qu'ils sont parvenus à obtenir une combustion parfaite de ces essences, en projetant dans l'atmosphère un jet de vapeur d'une d'entre elles, sous une pression de 4 à 5 centimètres de mercure; l'inflammation n'a lieu qu'à quelques centimètres de l'orifice d'émission. Suivant les inventeurs, le prix de leur éclairage serait, pour la même quantité de lumière, quatre fois moindre que celui du gaz, et six fois moindre que celui de l'huile.
Désinfection des latrines.--Une commission dont M. Boussingault était le rapporteur, a rendu le compte le plus satisfaisant des effets d'une poudre désinfectante proposée par M. Siret, pharmacien à Meaux. Après de longues et laborieuses recherches, puisqu'elles ont été commencées en 1834, M. Siret a reconnu qu'un mélange de charbon et de sulfate métalliques, dans lesquels domine le sulfate de fer, agit dans toutes les circonstances comme un désinfectant des plus efficaces. 15 grammes de la poudre Siret délayée dans 5 ou 6 décilitres d'eau, ont complètement et subitement fait disparaître l'odeur de la matière fécule rendue par un individu. Cette expérience a été répétée à plusieurs reprises; elle a été faite en grand sur une fosse servant à trente-cinq locataires, et elle a complètement réussi. Aussi les conclusions du rapport de M. Boussingault ont-elles été très-favorables à M. Siret. Il est vivement à désirer, dans l'intérêt de la salubrité publique, que cette heureuse découverte soit connue et propagée surtout dans les grandes villes. M. Siret estime la dépense de désinfection par son procédé à deux centimes par ménage composé de trois à quatre personnes.
Communications diverses.--M. Reech, ingénieur des constructions navales, a adressé à l'Académie, sur les principes de la mécanique industrielle, un travail remarquable à tous égards, mais dont il ne nous sera possible de rendre compte que lorsque l'auteur abordera les applications qu'il a annoncées. M. Sarrut a annoncé qu'il était parvenu, de son côté, à plusieurs des résultats obtenus par RI. Reech, et à quelques autres qui lui sont propres.
VI.--Géologie et Minéralogie.
Dépôts métallifères de la Suède et de la Norvège.--Tel est le titre d'un mémoire de M. Daubrée, ingénieur des mines, professeur à la faculté des sciences de Strasbourg, auquel on doit déjà plusieurs autres études importantes sur la Scandinavie, bien que l'excellent ouvrage de M. Hausman et la géographie minéralogique de M. Hisinger renferment de précieux documents sur beaucoup de districts de mines, M. Daubrée a eu occasion d'y faire un assez grand nombre d'observations nouvelles.